Les heu­reux pro­blèmes

Ce n’est pas parce qu’on in­ti­tule son der­nier al­bum Le pro­blème avec Antoine (Grat­ton) qu’on est déses­pé­ré. Bien au contraire, parce que c’est un type heu­reux, amou­reux, qui livre le fruit de ses der­nières ex­plo­ra­tions mu­si­cales.

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger

Or, si ce n’est la chro­nique d’un gars dé­pri­mé, quel est donc le pro­blème avec Antoine? Le prin­ci­pal in­té­res­sé éclate de rire quand on lui pose la ques­tion. « Faut l’écou­ter pour sa­voir », lance-t-il. « En fait, pour­suit le chan­teur à l’étoile, je pense que n’im­porte qui qui écrit des chan­sons pour­rait ap­pe­ler son al­bum Le pro­blème avec... Nous, les song­wri­ters, avons le luxe d’aé­rer, d’ex­té­rio­ri­ser nos pro­blèmes avec la mu­sique. Ça donne sou­vent des trucs sombres. Pour­tant, je ne suis pas quel­qu’un de sombre dans la vie. »

Pas sombre, mais tou­jours aus­si mar­qué par la mu­sique de sa jeu­nesse. L’au­di­teur dé­cou­vri­ra un Antoine Grat­ton qui puise en­core plus pro­fon­dé­ment dans ses in­fluences. Si le pre­mier ex­trait dis­po­nible sur MyS­pace, Ma­là­la­vie, nous rap­pelle ses tra­vaux pré­cé­dents, Why Do you Need it?, met en lu­mière son amour du rhythm’n’blues.

« J’ai tou­jours ado­ré cette mu­sique-là. Et avec Le pro­blème avec Antoine, je pense qu’on a mon­té ça d’une coche. », confie ce­lui qui s’est par­ti­cu­liè­re­ment écla­té en conce­vant un li­vret de 33 pages qui se dé­voile comme une ban­de­des­si­née. Chaque chan­son a son des­sin, réa­li­sé par Mi­kael Nel­son.

«J’ai eu l’idée de la bé­dé. Et Eloi (Pain­chaud) et moi, on s’est ren­du compte que ça fai­sait comme un pe­tit film, quelque chose de ci­né­ma­to­gra­phique.»

UN JU­NO, ÇA NE CHANGE PAS LE MONDE

Le pro­blème avec Antoine est le suc­ces­seur du très es­ti­mé Il était une fois dans l’Est, qui lui avait va­lu, à la sur­prise gé­né­rale, le Ju­no de l’al­bum fran­co­phone de l’an­née, en 2007. Cette ré­com­pense, sans dire qu’elle l’a lais­sé de glace, n’a pas bou­le­ver­sé la vie d’Antoine Grat­ton, loin s'en faut.

« Les Ju­no, ça ne veut rien dire au Qué­bec. Je suis bien content, mais ça n’a rien chan­gé cette af­faire-là », dit-il, re­con­nais­sant qu’il ne croyait pas tel­le­ment à toutes ces formes de concours entre ar­tistes.

« C’est tel­le­ment inu­tile d’avoir un es­prit com­pé­ti­tif dans ce mi­lieu-là. »

DES AMIS ET UNE AMOU­REUSE

Pour sa part, Antoine Grat­ton pré­fère « se nour­rir de col­la­bo­ra­tions ». Ain­si, comme ce fut le cas pour ses ef­forts pré­cé­dents, il a tra­vaillé avec son grand ami Éloi Pain­chaud, de même qu’avec Mar­tin Léon, Gi­nette, Marie-Pierre Four­nier et Jo­rane.

« C’est comme ça que j’ai gran­di dans la mu­sique. En la fai­sant en­semble, on se nour­rit l’un et l’autre. Si­non, ça de­vient de la mas­tur­ba­tion », ana­lyse le chan­teur, qui a aus­si ob­te­nu le concours de sa blonde, Ma­ra Trem­blay.

D’ailleurs, même si la conver­sa­tion se dé­roule au té­lé­phone, on sent des étoiles dans les yeux d’Antoine Grat­ton lors­qu’il nous parle de son amie de coeur.

« Je suis vrai­ment content d’avoir trou­vé quel­qu’un qui tripe sur la même lon­gueur d’onde, qui peut par­ler le même lan­gage. C’est tel­le­ment beau, vrai et à la bonne place dans mon coeur. »

Mais l’in­fluence de Ma­ra n’est pas a prio­ri ar­tis­tique, con­trai­re­ment à ce qu’on pour­rait spon­ta­né­ment croire. Antoine Grat­ton af­firme qu’elle joue « beau­coup sur son at­ti­tude ».

« Avoir cette pré­sence dans ma vie, ça in­fluence ma fa­çon de voir les choses. Je res­sens très fort cette pré­sence, mais en même temps, c’est in­dé­fi­nis­sable. »

PHOTO THIER­RY AVRIL

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