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Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Mi­chelle cou­dé-Lord Le Jour­nal de Mon­tréal

Erik Ca­nuel s’at­tend à être sé­vè­re­ment cri­ti­qué pour son film Ca­davres. Mais il s’en fout. Lui, il a plon­gé dans cette aven­ture pour « l’amour de l’art ».

« C’est violent. On le sait. Mais Ca­davres c’est aus­si l’ex­plo­ra­tion de l’être hu­main; c’est es­sayer de com­prendre ces per­son­nages-là qui ont dé­ci­dé de s’ai­mer sans res­pec­ter le code de la so­cié­té », confie le réa­li­sa­teur en en­tre­vue. Le scé­na­rio est de Be­noit Gui­chard. Ca­davres c’est l’his­toire de Raymond Mar­chil­don, joué par Pa­trick Huard, qui le jour de la mort de sa mère, re­noue avec sa soeur An­gèle, jouée par Ju­lie LeB­re­ton. Il veut re­trou­ver le monde de son en­fance. Les deux se re­créent un uni­vers to­ta­le­ment fou en ac­cu­mu­lant les ca­davres dans le sous-sol de la mai­son. Raymond veut de­ve­nir une meilleure per­sonne dans tout ce chaos in­fer­nal, mais il échoue la­men­ta­ble­ment.

Huard est criant de vé­ri­té. D’ailleurs, Erik Ca­nuel au­rait tour­né ce film qu’avec cet ac­teur, de­ve­nu son porte-bon­heur. Ils ont vé­cu le suc­cès de Bon Cop, Bad Cop en­semble.

« Les ac­teurs comme lui sont ex­trê­me­ment rares. Il est ta­len­tueux, cou­ra­geux. Il a dû pui­ser très loin pour jouer ce Raymond. C’est un rôle tel­le­ment dif­fi­cile. Il m’aime pour avoir ac­cep­té de le faire », pré­cise le réa­li­sa­teur.

Ain­si, pour son ami réa­li­sa­teur, Pa­trick Huard a ac­cep­té de se mettre nu et de se faire tour­ner pen­dant un après-mi­di pour la scène de la tou­pie... il a eu des maux de coeur, des maux de tête.

LA LOI DU CO­CHON

Il com­pare ce film à La Loi du co­chon, tour­né dans les an­nées 80.

« Ca va faire ja­ser, je m’at­tends à être cri­ti­qué, même du­re­ment, mais c’est aus­si ça le ci­né­ma. Au fait, Ca­davres c’est La Loi du co­chon amé­lio­ré. Ce film a sa rai­son d’être. C’est un cri de déses­poir d’un homme face à une hu­ma­ni­té qui ne fait rien pour le com­prendre. Les films doivent aus­si faire par­ler la ré­volte. La tou­cher. Je suis très fier de cet acte de créa­tion », ex­plique Erik Ca­nuel.

Ce réa­li­sa­teur de ta­lent ose, dé­range et at­tend aus­si du tra­vail. Le fi­nan­ce­ment au ra­len­ti du ci­né­ma l’in­ter­pelle, l’in­quiète.

Il nous a par­lé cette se­maine de To­ron­to. Car nos réa­li­sa­teurs de ta­lent doivent s’ex­pa­trier pour tra­vailler à cer­tains mo­ments de leur car­rière. C’est le cas pré­sen­te­ment d’Erik Ca­nuel et de Charles Bi­na­mé, in­vi­tés tous les deux pour tour­ner un épi­sode de la po­pu­laire sé­rie Fla­sh­point dif­fu­sée sur CTV et CBS.

Le film Ca­davres, tour­né de­puis 2007, a af­fron­té la tem­pête fi­nan­cière de Cris­tal Film de Ch­ris­tian La­rouche. Heu­reu­se­ment, Sé­ville a sau­vé la mise et ain­si as­su­ré la sor­tie de Ca­davres un an plus tard que pré­vu. C’est aus­si ça le ci­né­ma. Notre réa­li­té fi­nan­cière est de plus en plus dure même pour les gens de ta­lent.

« Je ne fais pas du tout confiance au gou­ver­ne­ment conser­va­teur. Le Qué­bec a un ta­lent im­mense. Mais ça prend des moyens pour tour­ner des oeuvres à la hau­teur de ce qu’on est ca­pables de faire. »

Il voit vite la dif­fé­rence lors­qu’il tourne sur des sé­ries au Ca­na­da an­glais.

« On a le temps de res­pi­rer. Nous, on fait des films avec 4 M $ et le tour­nage ne doit pas dé­pas­ser 30 jours. C’est fou. C’est triste de voir que nous sommes ren­dus là et qu’il y a des réa­li­sa­teurs de ta­lent qui ne tra­vaillent pas », ajoute Erik Ca­nuel.

Oui, il rêve que ces films voyagent; oui, il at­tend tou­jours que ses pro­jets avec les Amé­ri­cains dé­bloquent; oui, il ne chan­ge­rait pas de mé­tier pour tout l’or du monde et oui, il rêve de tour­ner un jour son Slum­dog Mil­lion­naire, le film ve­dette pré­sen­te­ment à Hol­ly­wood. Erik Ca­nuel a trou­vé sa pas­sion, le ci­né­ma. Pas de doute.

Pour ce, il as­sume to­ta­le­ment cha­cune de ses oeuvres ci­né­ma­to­gra­phiques. Il les dé­fen­dra tou­jours comme un père dé­fend ses en­fants.

« Les cri­tiques au­ront le droit de dire ce qu’ils veulent sur Ca­davres comme moi j’ai le droit de pen­ser qu’ils sont dans le champ. Ca­davres est un film ‘weird’ je le sais. Il faut le ci­bler adé­qua­te­ment. Il trou­ve­ra son pu­blic. »

√ Ca­davres sort en salle le 20 fé­vrier.

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