DES PRO­DIGES D’IMA­GI­NA­TION

Une des causes de la lon­gé­vi­té de la Ligue nationale d'improvisation, c'est que son pu­blic, sur­tout com­po­sé d'étu­diants, se re­nou­velle au­to­ma­ti­que­ment tous les cinq ans.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Be­noît Au­bin

Ce­la est sans doute vrai, mais ce n'est pas ab­so­lu­ment vrai. Si vous y al­lez un soir, je­tez un coup d'oeil à la table qui fait l'angle nord-est de la pa­ti­noire. Le co­losse moustachu aux yeux rieurs qui est as­sis là dit dé­te­nir « un billet de sai­son à vie ».

Mi­chel Beau­champ, opé­ra­teur de cha­riot élé­va­teur de son état, a man­qué seule­ment trois pe­tits matches ces 24 der­nières an­nées. « J'ai vu dé­fi­ler un ta­lent ex­tra­or­di­naire, et j'ai as­sis­té à des pro­diges d'ima­gi­na­tion », dit-il, content de lui.

On le com­prend : le bot­tin de l'Union des ar­tistes est pas­sé par la LNI. Nom­mez-les, il les a vus. « Syl­vie Le­gault était la meilleure, avec Gra­vel, bien sûr. »

MÊMES RÈGLES

Mi­chel Beau­champ dit que le jeu des co­mé­diens a chan­gé avec les an­nées. « C'est de­ve­nu plus phy­sique. Les co­mé­diens bougent plus, ils dansent. Avant, c'était plus cé­ré­bral, plus ver­bal. »

Il a rai­son, se­lon le di­rec­teur ar­tis­tique de la Ligue, Fran­çois-Étienne Pa­ré, qui est aus­si un pi­lier des Rouges : « Les règles sont res­tées les mêmes, mais le jeu s'est ac­cé­lé­ré. »

C'est que les jeunes qui dé­barquent au­jourd'hui à la LNI sont dé­jà rom­pus aux règles de cet art, qu'ils pra­tiquent sou­vent de­puis le se­con­daire.

« C'est Denis Bou­chard qui, le pre­mier, a ame­né l'el­lipse de temps; avant lui, le pro­ces­sus était plus li­néaire », ex­plique Pa­ré. Dans un mo­ment de gé­nie qui a fait époque, Bou­chard a eu cette phrase res­tée cé­lèbre à la LNI : « Met­tons qu'on se­rait ren­dus… »

CRÉA­TEURS

C'est vrai que trois gé­né­ra­tions de co­mé­diens sont pas­sées par l'arène de la LNI. Mais, se­lon Fran­çois-Étienne Pa­ré, ce sont les écri­vains, les créa­teurs qui y ont eu le plus de suc­cès. « Les in­ter­prètes purs ont moins de chances de s'y plaire. » Et ce­la, parce que la LNI « reste ce qu'elle est : du théâtre qui se dé­ve­loppe dans l'ins­tan­ta­né, où chaque mi­nute consti­tue un nou­veau pro­jet. »

PHOTO JO­CE­LYN MAL­LETTE

Fran­çois-Étienne Pa­ré

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