Op­ti­mis­te­ré­cit d’une­com­bat­tante

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

Il y a cer­taines per­sonnes sur qui les mal­heurs s’abattent conti­nuel­le­ment. Par­fois, on se dit que cer­tains ont tel­le­ment souf­fert dans leur vie qu’il se­rait presque in­con­ce­vable qu’un nou­veau drame les ter­rassent. Mais ça ne se passe pas tou­jours comme ça. Pas pour Sy­bille Clau­del en tout cas. Après avoir pu­blié le ré­cit de son en­fance dif­fi­cile dans Même pas morte, l’au­teure ra­conte son com­bat contre le cancer dans Bon­jour ma douce vie.

Bon­jour ma douce vie, c’est le par­cours d’une com­bat­tante op­ti­miste. Ce­lui d’une femme qui veut vivre, qui n’ab­dique pas, qui s’ac­croche à la vie. Pour­tant, la co­mé­dienne et ex-Miss Météo à Ca­nal Plus au­rait pu en vou­loir à sa « chienne » de vie. Le par­cours chao­tique qu’elle a vé­cu dans son en­fance, d’un foyer d’adop­tion à la pros­ti­tu­tion en pas­sant par la men­di­ci­té et la drogue, au­rait pu l’anéan­tir. Mais Sy­bille Clau­del est une ré­si­liente. Dans Bon­jour ma douce vie, elle ap­prend dans le bu­reau d’un mé­de­cin qu’elle est at­teinte d’une leu­cé­mie et qu’elle doit com­men­cer la chi­mio­thé­ra­pie le len­de­main. Lorsque le doc­teur lui de­mande : « Tu marches ou tu crèves ? », elle ré­pond sans hé­si­ter « Je marche ».

C’est ain­si que com­mence sa des­cente aux en­fers. L’en­fer de la ma­la­die, des trai­te­ments éprou­vants, de la fa­tigue, de l’hô­pi­tal, mais aus­si, l’in­dif­fé­rence et la peur des gens face à sa ma­la­die.

« Dé­sor­mais la bou­lan­gère ne me rend plus la mon­naie di­rec­te­ment, elle la dé­pose dans la cou­pelle. Le fac­teur, qui au­tre­fois pre­nait le temps de des­cendre de son vé­lo pour faire un brin de cau­sette, file main­te­nant la tête dans le gui­don. Tout ce­la me semble très in­té­res­sant pour les pro­chains rôles que j’au­rai peut-être la chance d’in­ter­pré­ter. »

HUMOUR TOU­JOURS

L’humour, tou­jours, mal­gré l’en­fer du quo­ti­dien. Sy­bille Clau­del ne se cache pas der­rière sa ma­la­die, elle l’af­fronte. Elle souffre, elle pleure et le déses­poir la pour­suit, mais l’espoir n’est ja­mais bien loin. Elle s’ef­force de gar­der la tête hors de l’eau pour conti­nuer à vivre dans le monde des vi­vants. « Je suis de plus en plus dé­fon­cée, mais il n’est pas ques­tion de re­fu­ser une in­vi­ta­tion de mon amant. J’ai be­soin de me sen­tir dé­si­rable et je sais que je peux te­nir au moins deux heures sans m’ef­fon­drer », écrit-t-elle.

Avec Bon­jour ma douce vie, Sy­bille Clau­del nous offre une le­çon de vie. Non pas que l’au­teure nous fasse la mo­rale, loin de là. Son ré­cit est à cent lieues de tous ces livres de psy­cho­lo­gie de sa­lon. Mais en s’ac­cro­chant au moindre plai­sir et à la moindre sen­sa­tion pen­dant son com­bat, elle nous fait pen­ser à tous ces pe­tits plai­sirs de la vie que l’on ou­blie trop sou­vent. Et ça fait du bien.

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