Pause hi­ver­nale dans un «vrai» camp de bû­che­ron

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

Dame Na­ture est une fa­bu­leuse dé­co­ra­trice, tout par­ti­cu­liè­re­ment dans la ré­gion de Char­le­voix où elle semble prendre un plai­sir fou à créer des dé­cors féé­riques. C’est du moins ce qui nous vient en tête lorsque l’on fait halte au Camp Ar­thur-Sa­vard, un re­lais en fo­rêt fort sym­pa­thique et por­teur d’une belle his­toire.

Sur les hau­teurs de Saint-Si­méon, nais­sait en no­vembre 1998, l’Éco-vil­lage de Saint-Si­méon, de­ve­nu de­puis 2005, le Camp Ar­thur-Sa­vard, du nom d’un bû­che­ron de Char­le­voix qui a mar­qué l’ima­gi­naire.

Sur le site, quatre bâ­ti­ments en bois rond construits sans clous, comme on le fai­sait à l’époque, abritent une ca­fé­té­ria pou­vant ac­cueillir une cen­taine de per­sonnes, une forge, une écu­rie et, bien en­ten­du, un dor­toir (14 lits) à l’an­cienne. Que ce soit pour quelques heures ou quelques jours, cette pause en fo­rêt s’avère un ex­cellent moyen de mieux com­prendre la vie de ces hommes qui pas­saient l’hi­ver dans des ca­banes où l’air gla­cial leur des­si­nait des mous­taches de fri­mas du­rant la nuit et où le ré­veil exi­geait une bonne dose de cou­rage.

Car si les Miss Météo d’au­jourd’hui s’ex­ta­sient sur les tem­pé­ra­tures qui frisent les - 40 C lors­qu’elles tiennent compte du fac­teur éo­lien, il faut se rap­pe­ler que le vent exis­tait aus­si en ce temps­là, mais on n’en par­lait pas. En fait, ces hommes cou­ra­geux s’em­mi­tou­flaient, souf­flaient dans leurs mains, at­tra­paient leur « sciotte » et par­taient bû­cher. Il est vrai que cet exer­cice avait de quoi ré­chauf­fer son homme !

UN GRAND « PE­TIT » HOMME

Des bû­che­rons, il y en avait dans toutes les fa­milles, mais Ar­thur Sa­vard pos­sé­dait ce pe­tit quelque chose de plus qui per­met d’en­trer dans l’his­toire. D’abord, il n’était pas très grand, à peine 5 pieds 4 pouces (1 mètre 64), et puis, il était gen­til, ti­mide et dis­cret. Pour­tant, il n’en de­meu­rait pas moins un « grand bû­che­ron », ca­pable de bû­cher quatre à cinq cordes de bois par jour alors que ses col­lègues, plus cos­tauds at­tei­gnaient avec peine leurs deux ou trois cordes.

Ar­thur Sa­vard était aus­si re­con­nu comme un gars qui ne dé­ran­geait ja­mais. Beau temps, mau­vais temps, de sep­tembre à avril, il par­tait dans la fo­rêt dès son dé­jeu­ner ter­mi­né, avec son cha­peau de lin, ses cu­lottes mul­ti­co­lores, son car­ré de lard, ses su­cre­ries et, bien en­ten­du son « sciotte ». Il im­pres­sion­nait tel­le­ment qu’à l’en­trée de l’An­glo Pulp and Pa­per de Qué­bec (au­jourd’hui Papiers White Birch - di­vi­sion Sta­da­co­na) une plaque le dé­si­gnait comme étant le « Meilleur bû­che­ron du Qué­bec ! »

Après avoir bû­ché pen­dant plus de 45 ans et vé­cu au­tant d’an­nées dans un camp de bû­che­ron comme ce­lui qui porte son nom, Ar­thur Sa­vard est mort le 2 no­vembre 1980 à Pointe-au-Pic (au­jourd’hui la Malbaie). Il avait 87 ans.

AC­CÈS DIF­FI­CILE

Mal­heu­reu­se­ment, il faut être en forme ou pos­sé­der un vé­hi­cule ca­pable d’af­fron­ter les routes dif­fi­ciles pour at­teindre l’en­droit qu’ex­ploitent au­jourd’hui deux pas­sion­nés, Mar­tin et Marie-Claude Trem­blay. Les mo­to­neiges sont pri­vi­lé­giées puisque le sen­tier nu­mé­ro 3 des sen­tiers du ré­seau qué­bé­cois de mo­to­neige passe, de­puis peu, juste de­vant la porte du camp.

Il est éga­le­ment pos­sible de s’y rendre en ra­quettes ou en ski de fond en sui­vant la piste qui part de la halte rou­tière de Saint-Si­méon, mais il faut être en forme, car il faut comp­ter au moins 10 km (al­ler-re­tour). La randonnée dans ces sen­tiers qui ser­pentent à tra­vers les arbres em­mi­tou­flés sous leur lourd man­teau de neige est tout sim­ple­ment fan­tas­tique.

Au terme du cir­cuit, la halte au camp s’avère un vrai bon­heur que dé­cuplent les bonnes odeurs du « re­pas de bû­che­ron » pré­pa­ré par Marie-Claude, le poêle à bois qui dif­fuse sa cha­leur, les anec­dotes de Lu­cien Har­vey, pe­tit-fils de Ar­thur Sa­vard, ou sim­ple­ment par les ren­contres que l’on fait au­tour des tables.

Les moins spor­tifs peuvent tou­jours s’y rendre en au­to­mo­bile, mais il faut pos­sé­der un vé­hi­cule ca­pable de bien « tra­vailler » dans la neige. Si­non, il vaut mieux de­man­der l’aide de Mar­tin qui sau­ra bien trou­ver une so­lu­tion.

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