Chez Ko­ké Cou­li­ba­ly, roi des Bam­ba­ras

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

SÉGOUKORO, (Mali) En guise de trône, un fau­teuil en ro­tin. Ac­cro­ché à l’épaule, son sceptre. Comme cou­vre­chef, un large cha­peau de paille. Comme ha­bit, une tu­nique blanche tis­sée d’un co­ton rêche. Comme membre de sa cour, entre ses ge­noux, une fillette de sa des­cen­dance. Le roi des Bam­ba­ras nous re­çoit chez lui.

En at­ten­dant que soit amé­na­gé le pa­lais royal nou­vel­le­ment construit se­lon les plans ini­tiaux du 18e siècle, Ko­ké Cou­li­ba­ly, l’au­guste des­cen­dant du fon­da­teur du royaume bam­ba­ra de Sé­gou, tient au­dience dans une simple salle de la conces­sion fa­mi­liale si­tuée au coeur du vil­lage.

Aux vi­si­teurs qui ont été priés de s’as­seoir tout au­tour de la pièce, le roi s’adresse en langue bam­ba­ra par le tru­che­ment d’un in­ter­prète.

DE­PUIS LE 18E SIÈCLE

En dres­sant son arbre gé­néa­lo­gique, Sa Ma­jes­té com­mence par se pré­sen­ter. Ses an­cêtres sont les treize rois qui ont ré­gné sur le royaume bam­ba­ra de Sé­gou, un ter­ri­toire qui cou­vrait alors la moi­tié de la su­per­fi­cie de l’ac­tuel Mali.

Le pre­mier de cette noble li­gnée, Bi­ton Ma­ma­ry Cou­li­ba­ly, fut le fon­da­teur du royaume au 18e siècle. L’an­cêtre est d’ailleurs, comme il se doit, en­ter­ré là à Ségoukoro, mo­deste vil­lage si­tué non loin de la ci­té ac­tuelle de Sé­gou, sur le bord du fleuve Ni­ger.

Le nou­veau pa­lais s’élève tout contre la tombe. Belle et haute construc­tion de ban­co - ma­té­riau com­po­sé d’un mé­lange d’ar­gile et de ma­tières vé­gé­tales - l’édi­fice com­prend une suc­ces­sion de sept salles qu’éclairent par­ci­mo­nieu­se­ment de pe­tites ou­ver­tures (que l’on peut ob­tu­rer à sa guise) amé­na­gées dans le toit en ter­rasse.

LE SI­ROP DE VÉ­RI­TÉ

On ra­conte qu’au temps ja­dis, les sol­li­ci­teurs étaient priés de pas­ser dans ce dé­dale, d’une salle à l’autre où on leur ser­vait force bols de bière de mil et aus­si d’hy­dro­mel, avant qu’ils n’aient ac­cès au roi.

Une fois dans la salle d’au­dience, as­su­ré­ment en état d’ébrié­té, ils ne pou­vaient que dire la vé­ri­té, es­ti­mait-on, et pro­non­cer soit de bonnes pa­roles, soit de mau­vaises pen­sées.

De la ter­rasse du pa­lais royal, on do­mi- ne une bonne par­tie du vil­lage de Ségoukoro, avec ses très mo­destes de­meures blot­ties au bord du fleuve. Les plus re­mar­quables édi­fices, éga­le­ment construits en ban­co, sont les mos­quées, dont celle édi­fiée à même la rive au­tour de 1800 est la plus an­cienne de Sé­gou.

Avec les ha­meaux en­vi­ron­nants, le vil­lage de Ségoukoro compte quelque 6 000 ha­bi­tants qui vivent de ma­raî­chage, de pêche et de com­merce.

FES­TI­VAL SUR LE NI­GER

À Sé­gou, fin jan­vier, dé­but fé­vrier, se dé­roule chaque an­née le Fes­ti­val sur le Ni­ger, sur l’es­pla­nade du mar­ché si­tuée sur la rive du grand fleuve.

Une barge amar­rée là sert de scène pour ac­cueillir les grands noms de la mu­sique afri­caine, du Mali sur­tout, mais aus­si des pays voi­sins.

Du­rant trois jours, des spectacles de ma­rion­nettes tra­di­tion­nelles al­ternent avec les pres­ta­tions de mu­sique et de danse. Des ar­ti­sans viennent éga­le­ment de tout le pays pré­sen­ter leurs créa­tions.

C’est une oc­ca­sion par­ti­cu­lière pour dé­cou­vrir Sé­gou en fête. (In­fo : www.fes­ti­val­se­gou.org)

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