LE VRAI BON­HEUR DE PIERRE RI­CHARD

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA - Mi­chelle Cou­dé-Lord

Le titre du film dit tout... : « Le Bon­heur de Pierre ». Heu­reux Pierre Ri­chard?

Au bout du fil, de Paris, sa voix ne ment pas. Ce pre­mier tour­nage au Qué­bec l’a com­blé.

C’était en jan­vier 2008 à Sainte-Rose-duNord. Il se sou­vient fort bien.

« J’ai ado­ré le froid. Le vrai hi­ver du nord. À un tel point, que j’y re­tourne très bien­tôt re­faire une pro­me­nade de traî­neau à chiens » confie le Grand Blond.

C’est le pro­duc­teur et scé­na­riste, Guy Bon­nier, qui a convain­cu le grand Pierre Ri­chard de faire naître à nou­veau son per­son­nage du Grand Blond, dis­trait, mais avec une ten­dresse d’un homme qui a bien vieilli.

« Les co­mé­dies que je pré­fère sont celles qui se rap­prochent du drame. J’aime d’ailleurs dans ce film le rap­port avec ma fille, jouée par Syl­vie Tes­tud. Elle vit très mal ce dé­pay­se­ment. On peut faire rire et faire ré­flé­chir. Et dans ce cas-ci, fran­che­ment, je crois que nous avons réus­si », ex­prime l’ac­teur, en en­tre­vue.

Pierre Ri­chard a au­jourd’hui 75 ans et deux gar­çons dans la qua­ran­taine. Tous deux sont mu­si­ciens. Après un di­vorce, il vit de­puis quinze ans avec la même femme.

Le film ra­conte ain­si l’his­toire de Pierre Mar­tin, phy­si­cien quan­tique, qui hé­rite d’une au­berge dans un pe­tit vil­lage du Sa­gue­nay. À 65 ans, veuf, Pierre qui ne voit que les bons cô­tés de la vie... – peut-être un peu trop – comme le confirme Pierre Ri­chard, vou­dra mon­trer les joies de la vie à sa fille Ca­the­rine, car­rié­riste, Pa­ri­sienne jus­qu’au bout des ongles. Pierre se heur­te­ra à « un sale type », le maire du vil­lage, Mi­chel Dolbec, joué par Ré­my Girard.

LE QUÉ­BEC

Pierre Ri­chard ne se gêne pas pour faire l’éloge de Ré­my Girard et de toute l’équipe du Qué­bec, avec qui « il a ado­ré tra­vailler ». Le réa­li­sa­teur, Ro­bert Ménard, peut être fier.

« Rémi Girard est aus­si drôle qu’émou­vant. Je di­rais même qu’il est gé­nial. Il y a une telle spon­ta­néi­té chez les ac­teurs qué­bé­cois qu’on ne re­trouve nulle part ailleurs dans au­cun autre tour­nage », sou­ligne un Pierre Ri­chard sur un ton convain­cu.

Une de ses scènes pré­fé­rées est celle où il traîne sur ses épaules Rémi Girard… grâ- ce à un câble que la ma­gie du ci­né­ma a ef­fa­cé, il a traî­né le maire mau­dit sur ses épaules. Une scène qu’ils ont tour­née pen­dant plus d’une heure.

« Dieu qu’on l’a ri celle-là. Je m’en sou­viens par­fai­te­ment. Et cette scène m’a fait souf­frir, vous sa­vez. C’était gé­nial. », ré­pè­tet-il au bout du fil, en riant en­core de bon coeur.

Et con­trai­re­ment à plu­sieurs Fran­çais, Pierre Ri­chard fait la dif­fé­rence entre le Qué­bec et le reste du Ca­na­da.

« Pour moi, le Qué­bec, c’est le Qué­bec et ça parle le fran­çais. Et il y a des pay­sages mer­veilleux et les gens font at­ten­tion à leur pays. »

VI­VE­MENT LA VIE

Pierre Ri­chard avoue ne pas être aus­si dis­trait que son per­son­nage et même s’il prend bien la vie, il n’est pas ha­bi­té par l’op­ti­misme aveugle de son per­son­nage.

« J’es­saie par contre tou­jours de prendre la vie du bon cô­té. Je n’ai pas la no­tion de tra­vail. Que du plai­sir. Il y a une très jo­lie phrase dans une chan­son du grand Gilles Vi­gneault qui dit : ‘La vie est un beau mé­tier’. C’est ma dé­fi­ni­tion de la vie et je trouve que M. Vi­gneault a trou­vé les mots par­faits. C’est su­bli­me­ment beau. »

Pierre Ri­chard est dé­fi­ni­ti­ve­ment un homme heu­reux. Et il ne veut pas que ça s’ar­rête…

« La vie est une chose mer­veilleuse. Un ca­deau. Je suis re­con­nais­sant à la vie et je sais que je suis un pri­vi­lé­gié. Faut res­ter avide de la vie et tou­jours cu­rieux. Sans ce­la, on s’éteint. À 75 ans, j’ai en­core plein de pro­jets. Je vous an­nonce que, pour moi, la re­traite se­ra for­cée par la ma­la­die ou la mort. »

Il écrit un autre one man show et tour­ne­ra au prin­temps Les pe­tits ruis­seaux en France.

Même dans une so­cié­té très noire, très chao­tique, il croit que la co­mé­die mé­rite sa place. « Ça fait du bien de voir un film qui vous fait sou­rire. C’est aus­si ça la vie. Et la co­mé­die, je tiens à le rap­pe­ler, c’est ce qu’il y a de plus exi­geant », es­time Pierre Ri­chard.

Il sou­haite re­ve­nir tour­ner au Qué­bec, même en hi­ver. Son rôle de rêve? « J’en ai eu plein. Je suis com­blé par la vie. Je vous en­voie du bon­heur. », conclut M. Ri­chard.

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