UN UNI­VERS DE BD

Film d’Érik Ca­nuel: met­tant en ve­dette Syl­vie Bou­cher, Pa­trick Huard, Ju­lie Le Bre­ton, Marie Bras­sard, Christopher Heyer­dahl et Ch­ris­tian Bé­gin. À l’af­fiche pré­sen­te­ment.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA - De­nise Mar­tel Le Jour­nal de Qué­bec

Af­freux, sales et... pas mé­chants! Pas vrai­ment, plu­tôt désa­bu­sés et to­ta­le­ment dé­pas­sés par les évé­ne­ments qui, aus­si sau­gre­nus soient-ils, n’ont l’air de sur­prendre per­sonne. Bien­ve­nue dans l’uni­vers sor­dide de Ca­davres.

Après avoir tâ­té dif­fé­rents genres, dont le po­lar avec La loi du co­chon, le ro­man­tisme avec Nez rouge, le drame bio­gra­phique avec Le der­nier tun­nel, le film d’époque avec Le Survenant et la co­mé­die po­li­cière avec Bon cop, bad cop, Érik Ca­nuel aborde le film noir et l’humour ab­surde avec Ca­davres.

Sor­tant d’un bar après une énième brosse avec So­lange (Syl­vie Bou­cher), sa mère, le soir d’Hal­lo­ween, Raymond (Pa­trick Huard) ne sait trop que faire quand celle-ci trouve brus­que­ment la mort sur le che­min du re­tour... Le moins que l’on puisse dire, c’est que le réa­li­sa­teur nous fait ra­pi­de­ment en­trer dans le vif du su­jet.

Quelque peu désem­pa­ré après s’être dé­bar­ras­sé du corps, Raymond dé­cide d’ap­pe­ler sa soeur, An­gèle (Ju­lie Le Bre­ton), qu’il n’a pas vue de­puis 10 ans. Contre toute at­tente, celle-ci vient le re­joindre. De­ve­nue star­lette de la té­lé dans une si­mi­li sé­rie po­li­cière de troi­sième ordre jus­te­ment bap­ti­sée Ca­davres, An­gèle se montre plu­tôt scep­tique et tente d’en sa­voir plus.

Sauf que les évé­ne­ments et l’ir­rup­tion de dif­fé­rents per­son­nages, dont un couple de punks-dea­lers (Marie Bras­sard et Christopher Heyer­dahl) dans un contexte to­ta­le­ment lou­foque, un po­li­cier (Ch­ris­tian Bé­gin) béat d’ad­mi­ra­tion de­vant la « ve­dette », et fi­na­le­ment son pro­duc­teur (Gilles Re­naud), l’em­pêchent d’al­ler au fond des choses.

Heu­reux tout d’abord de re­trou­ver sa soeur tant ai­mée, Raymond voit ses sen­ti­ments de­ve­nir de plus en plus confus, tout en n’ayant d’autre choix que de faire dis­pa­raître les ca­davres qui lui tombent des­sus bien mal­gré lui.

HUMOUR AB­SURDE

Comme on dit dans le lan­gage po­pu­laire, le scé­na­rio de Ca­davres est ca­po­té, mais l’his­toire tient la route avec une co­hé­rence éton­nante dans un monde où rien ne fonc­tionne nor­ma­le­ment. Scé­na­ri­sé par Be­noît Gui­chard d’après le ro­man de Fran­çois Bar­ce­lo, Ca­davres fait dans l’humour ab­surde. En fait, l’ab­surde l’em­porte sur l’humour. Quoique dans une salle mieux gar­nie qu’un vi­sion­ne­ment de presse en ma­ti­née, l’humour peut l’em­por­ter.

Dif­fi­ci­le­ment com­pa­rable même si on peut, en for­çant, pen­ser à De­li­ca­tes­sen, du tan­dem Ca­ro-Jeu­net (1991), l’uni­vers de Ca­davres fait très BD. Presque tout le film se passe dans la mai­son des Mar­chil­don, dans un dé­cor sombre et sale, voire in­sa­lubre, avec des per­son­nages à l’air aus­si ra­goû­tant, sauf An­gèle. En fait, le dé­cor est si re­pous­sant qu’on a presque en­vie de se bou­cher le nez en re­gar­dant le film.

Tant qu’à faire dans l’humour noir, Érik Ca­nuel s’est fait plai­sir et a beur­ré épais. Le film est au­da­cieux et le trai­te­ment vi­suel, ju­di­cieu­se­ment as­sor­ti. Les images sont... bonnes et la mu­sique de Mi­chel Cor­ri­veau ap­puie très bien la trame sor­dide du film.

Dans un vé­ri­table rôle de com­po­si­tion, Pa­trick Huard com­pose un per­son­nage pa­thé­tique qui ar­rive à nous tou­cher avec son apa­thie, tan­dis que Ju­lie Le Bre­ton rend à mer­veille le rôle de la star­lette qui n’a pas tout à fait ou­blié ses ori­gines. La distribution est im­pec­cable et co­lo­rée à sou­hait.

PHOTO D’ARCHIVES

Ju­lie Le Bre­ton et Pa­trick Huard dans Ca­davres.

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