L’Écosse à La Li­corne

Écosse et Qué­bec, même com­bat ? Une pièce de théâtre, écrite par un jeune dra­ma­turge écos­sais in­con­nu par ici, fait un ta­bac par­tout où elle passe au Qué­bec de­puis deux ans. Les jeunes Qué­bé­cois semblent se re­con­naître dans Les Points Tour­nants de Steph

Le Journal de Montreal - Weekend - - THEATRE - Be­noît Au­bin

C'est sûr que c'est plus fa­cile de rem­plir La Li­corne que la Place des Arts, mais quand même. Les Points Tour­nants ont te­nu pen­dant 36 soirs à gui­chets fer­més au pe­tit théâtre de la rue Papineau en 2006. Et les billets partent vite pour cette nou­velle sé­rie de re­pré­sen­ta­tions, du 24 fé­vrier au 28 mars.

La pièce a tous les at­tri­buts du « jeune théâtre mo­derne » qui est la spé­cia­li­té de la mai­son. Les noms au pro­gramme disent tout : tra­duc­tion d'Oli­vier Choi­nière, mise en scène de Philippe Lam­bert, avec, en ve­dette, Maxime Dé­nom­mé, Ch­ris­tine Beau­lieu et David Sa­vard.

Les Points Tour­nants, c'est un « road mo­vie » sur scène. Deux jeunes gars, pleins de vie et de fun mais un peu per­dus et pau­més, se dé­placent, à bord d'un ba­zou fi­ni, dans une aven­ture dont la fi­na­li­té est as­sez vague, et a moins d'im­por­tance que les ren­contres et les aven­tures qui se mul­ti­plient en che­min. La vie, quoi.

QUÊTE DU PAR­TY

Ces jeunes « Écos­sais des ré­gions » voyagent dans leur ar­rière-pays à eux, les High­lands du nord-ouest, comme, ici, on par­ti­rait un été pour plan­ter des sa­pins dans l'Un­ga­va ou faire du surf aux Îles de la Ma­de­leine. Même fuite li­bé­ra­trice, même re­cherche de sa vé­ri­té iden­ti­taire, même quête du par­ty le soir ve­nu.

« La dra­ma­tur­gie mo­derne de l'Ir­lande et de l'Écosse touche beau­coup aux pré­oc­cu­pa­tions des jeunes Qué­bé­cois », ex­plique M. Pierre Bro­deur, pro­fes­seur de théâtre au Cé­gep Marie-Vic­to­rin.

« Elle montre des jeunes qui veulent res­ter fi­dèles à leur mi­lieu, même s'il est par­fois mé­diocre. Mais ces jeunes, en même temps, souffrent de se sen­tir éloi­gnés des grands centres, de là où les choses se pas-

sent vrai­ment. »

QUÊTE DE SOI

Dans la pièce de Ste­phen Green­horn, les deux jeunes en ca­vale ren­contrent une géo­logue ca­na­dienne qui tra­vaille dans les High­lands. Elle les in­vite à un cei­lidh, une fête tra­di­tion­nelle écos­saise, mais ani­mée par un Fran­çais où on danse sur la mu­sique de John­ny Cash…

La quête d'iden­ti­té per­son­nelle de ces jeunes hommes dans leur voyage tout croche dé­bouche ra­pi­de­ment sur un ques­tion­ne­ment plus vaste, avec le­quel les Qué­bé­cois sont très fa­mi­liers : qu'estce que nous sommes, main­te­nant que nous ne sommes plus ce que nous étions ?

Le suc­cès de Les Points Tour­nants vient, en par­tie, de cette conso­la­tion que nous offre la pièce de Green­horn : nous ne sommes pas les seuls à nous po­ser ce genre de ques­tions.

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