DIA­LOGUES SUR FOND BLANC

Pa­trice Du­bois, co­di­rec­teur du théâtre PàP, et son com­parse Mar­tin La­brecque pro­posent leur nou­veau jeu de clair-obs­cur, La grande ma­chi­ne­rie du monde, à l’Es­pace Go.

Le Journal de Montreal - Weekend - - THEATRE - Agence QMI

C'est en 2003, avec la pièce Eve­ry­bo­dy's Welles pour tous, que se dé­ve­loppe leur pro­ces­sus de créa­tion as­sez in­or­tho­doxe. L'ac­teur, au­teur et met­teur en scène Pa­trice Du­bois et le concep­teur d'éclai­rages La­brecque ima­ginent une écri­ture faite au­tant de lu­mière et d'ombre que de mots et de si­lence. Or, si cette pre­mière col­la­bo­ra­tion avait pro­duit un « mo­no­logue sur fond noir », La grande ma­chi­ne­rie, elle, s'avère un tis­sage ser­ré de « dia­logues sur fond blanc ».

« Je vou­lais ra­con­ter une his­toire toute simple, confie Pa­trice Du­bois, une pe­tite his­toire, ins­pi­rée d'un fait vé­cu, qui s'est pas­sée à la fin des an­nées 80 à Qué­bec. Très vite, dans le pro­ces­sus, est ap­pa­rue la né­ces­si­té de re­mettre l’his­toire dans le contexte. C'était un peu le même fee­ling qu'on res­sent quand on plonge dans nos sou­ve­nirs et qu'on se rend compte, avec le re­cul, qu'il se pas­sait aus­si plein de choses dans le monde.

C'est comme ça qu'est né le spec­tacle La grande ma­chi­ne­rie du monde, un terme uti­li­sé par les ar­tistes de la Re­nais­sance pour ex­pri­mer la ma­nière dont ils com­pre­naient le monde, à un mo­ment où ils se met­taient à faire des cartes de la pla­nète et du ciel, tout en dis­sé­quant des corps pour voir comment la pe­tite his­toire s'em­boî­tait dans la grande. »

CONSÉ­QUENCES AS­TRO­NO­MIQUES

La pièce est faite d'évé­ne­ments tri­viaux dont le sens échappe aux per­son­nages; de pe­tits heurts quo­ti­diens aux consé­quences as­tro­no­miques.

En er­rant dans les cou­loirs de McGill, Ri­chard (Sté­phane Franche) tombe sur une pro­jec­tion de photos où il re­con­naît l'un des mo­dèles. En com­pa­gnie de l'ar­tiste dont il re­trouve la trace, Ri­chard re­monte de 20 ans le cours de sa mé­moire.

En 1989, Ch­ris­tian (Alexandre Goyette), l'ami re­con­nu sur la photo, est un drop out dont la vie va de pe­tits crimes en gros trips. Kate (So­phie Ca­dieux) ter­mine une maî­trise en his­toire de l'art qu'elle oriente sur la Re­nais­sance. Leur his­toire ne dure qu'un bref mo­ment : Kate dis­pa­raît une fois sa maî­trise ter­mi­née, alors que Ri­chard laisse son ami pour al­ler voir tom­ber le mur en Al­le­magne. Ch­ris­tian en­tre­prend lui aus­si un voyage où il meurt de ma­nière pré­ma­tu­rée... non sans avoir lais­sé en ce monde une trace in­dé­lé­bile de son pas­sage.

DÉ­COR SYM­BO­LIQUE

Par le vaste sys­tème de ré­fé­rences que les per­son­nages et l'ac­tion mettent en branle, Pa­trice Du­bois plante un dé­cor sym­bo­lique.

« Je me suis ren­du compte qu'il fal­lait que je joue les si­tua­tions telles quelles, pour­suit-il. Il ne fal­lait pas que les per­son­nages com­prennent les consé­quences de leurs gestes au mo­ment où ils les po­saient. Que ce soit au mo­ment où on ra­conte l'his­toire ou au mo­ment où on plonge dans l'his­toire, c'est sans consé­quence pour les per­son­nages. Ils agissent concrè­te­ment et en­tiè­re­ment. »

Le re­cul né­ces­saire pour com­prendre est donc un luxe que seul le spec­ta­teur peut s'of­frir — un ren­dez-vous que la pièce prend le pa­ri de fixer.

À l'Es­pace Go, du 24 fé­vrier au 21 mars.

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