Des geais bleus par­tagent notre pe­tit dé­jeu­ner

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME - Jean Lé­veillé Col­la­bo­ra­tion spé­ciale PHOTOS JEAN LÉ­VEILLÉ

Blot­tie­dans­lesLau­ren­tides, à en­vi­ro­nu­ne­heu­reet­de­miede Mon­tréal, une­sym­pa­thique mai­son­fa­mi­lia­lea­vai­té­té trans­for­mée­pa­ru­ne­éner­gique grand-mè­ree­nu­ne­char­mante au­berge.

Quelques jo­lies chambres ré­par­ties sur deux étages of­fraient aux vi­si­teurs un gîte calme et re­vi­go­rant. De­nise et moi nous ai­mions bien, au terme d’une se­maine exi­geante, nous y ré­fu­gier pour un wee­kend. Nous af­fec­tion­nions par­ti­cu­liè­re­ment cet en­droit du­rant l’hi­ver lorsque le froid vif et la neige écla­tante des­si­naient des pay­sages de cartes pos­tales. Nous ar­ri­vions ha­bi­tuel­le­ment le ven­dre­di soir. Les sa­lu­ta­tions étaient brèves tel­le­ment l’heure était tar­dive et que les lits douillets in­vi­taient au re­pos. Le len­de­main ma­tin des pas dis­crets et des arômes ir­ré­sis­tibles si­gna­laient qu’un pe­tit dé­jeu­ner co­pieux et dé­li­cieux se pré­pa­rait.

UN PE­TIT DÉ­JEU­NER PAR­TA­GÉ

Alors, on ou­vrait les lourdes ten­tures de la chambre pour dé­cou­vrir, à l’orée du bois, une pe­tite fa­mille de re­nards roux ve­nue par­ta­ger quelques dé­lices lan­cés par l’hô­tesse. Car, en plus d’un oa­sis pour nos corps et nos es­prits, les lieux avaient bien su pré­ser­ver l’en­vi­ron­ne­ment ex­té­rieur. Tôt le sa­me­di ma­tin, comme d’ailleurs tous les ma­tins, une foule bigarrée des ha­bi­tants des boi­sés voi­sins ve­naient par­ta­ger ces dé­li­cieux ins­tants de res­sour­ce­ments.

Le spec­tacle des al­lées et ve­nues d’un grand nombre d’es­pèces d’oi­seaux était sai­sis­sant. In­évi­ta­ble­ment, les mé­sanges à tête noire, les si­telles à poi­trine rousse, quelques pics mi­neurs ou che­ve­lus se dis­pu­taient les pre­mières places. Puis, su­bi­te­ment, une sé­rie de cris to­ni­truants qui res­sem­blaient à des grin­ce­ments d’une vieille corde à linge an­non­çaient l’ar­ri­vée d’une bande de geais bleus. Se­lon leurs ha­bi­tudes, les fa­milles de geais s’étaient ras­sem­blées à l’au­tomne pour for­mer, du­rant la sai­son froide, des bandes d’in­sa­tiables glou­tons. La horde qui avait fait sienne ce re­lais gas­tro­no­mique s’em­pres­sait de chas­ser les plus ti­mides et s’in­vi­tait au fes­tin.

La dame était par­ti­cu­liè­re­ment gé­né­reuse et elle veillait à re­nou­ve­ler ré­gu­liè­re­ment les pro­vi­sions de graines de tour­ne­sol, de sa­vou­reuses ara­chides, de fruits et de mul­tiples pe­tites at­ten­tions de son crû. Elle sus­pen­dait à sa ga­le­rie des bran­chettes abon­dam­ment re­cou­vertes de beurre d’ara­chides. Comme me le de­mandent sou­vent les éco­liers à qui je pré­sente ces photos; idéa­le­ment, elle choi­sis­sait leur pré­fé­ré; du beurre d’ara­chides cro­quant. Les geais étaient par­ti­cu­liè­re­ment friands des co­quilles d’oeufs qu’elle leur of­frait après nos pe­tits dé­jeu­ners.

RE­FAIRE LE PLEIN D’ÉNER­GIE

Mais, ces geais qui agré­mentent nos hi­vers ont de­puis long­temps ap­pris que les jours d’abon­dance sont par­fois sui­vis de jours maigres. Ras­sa­siés, ils conti­nuaient du­rant des heures leurs in­ces­santes raz­zias. Nous éprou­vions beau­coup de plai­sir à épier leur va-et-vient vers les quatre coins de la fo­rêt où les at­ten­dait un garde-man­ger se­cret. Car les geais bleus adorent faire des ré­serves. Ain­si, se dé­rou­laient ces plai­sants wee­kends où la na­ture et une hô­tesse at­ten­tive se char­geaient de re­gar­nir notre propre pa­nier de pro­vi­sions. Nous lui en sommes très re­con­nais­sants…

1. Un ama­teur de co­quilles d’oeufs. 2. À l’orée du bois un re­nard roux.

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