Chez les Do­gons : la sur­vi­vance des cou­tumes et des croyances

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME - Paul Si­mier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

BAN­DIA­GA­RA, (Mali) | L’en­vi­ron­ne­ment dans le­quel ils vivent tout au­tant que leurs cou­tumes sont à ce point par­ti­cu­liers que les Do­gons de­meurent pour les tou­ristes le point de mire dans ce pays cultu­rel­le­ment très riche et très va­rié.

Le Pays do­gon, comme on dé­signe ce ter­ri­toire, se com­pose d’un vaste pla­teau dé­nu­dé où la roche de grès rouge af­fleure. Dans les rares dé­pres­sions, là où la terre a dé­va­lé, des re­te­nues d’eau per­mettent la culture de riz, de mil et de sor­gho.

Seuls quelques villages sont es­sai­més sur le pla­teau. L’es­sen­tiel de la po­pu­la­tion de l’eth­nie do­gon (en­vi­ron 250 000 per­sonnes) se trouve concen­tré dans une tren­taine de villages pour la plu­part ados­sés à la fa­laise abrupte de Ban­dia­ga­ra longue d’une cen­taine de ki­lo­mètres, et aus­si épar­pillés dans la plaine.

PRÉ­SER­VER LA CULTURE

C’est là que leurs an­cêtres se sont re­fu­giés il y a plu­sieurs siècles. Ils fuyaient des ter­ri­toires si­tués bien plus au sud de­vant un mou­ve­ment mar­qué alors no­tam­ment par un fort cou­rant d’is­la­mi­sa­tion.

Fiers de leurs cou­tumes et de leur re­li­gion ba­sée sur l’ani­misme (le culte des es­prits de la na­ture et des an­cêtres), les Do­gons vou­laient avant tout pré­ser­ver leur mode de vie.

C’est en­core au­jourd’hui leur prio­ri­té, lors­qu’ils dé­fi­nissent aux nom­breux vi­si­teurs leurs propres règles.

On ne rentre pas dans leurs villages n’im­porte comment. Il faut obli­ga­toi­re­ment être ac­com­pa­gné d’un guide do­gon.

On ne se ha­sarde pas non plus n’im­porte où dans le dé­dale des sen­tiers abrupts qui par­courent les ha­meaux. Cer­tains lieux, consi­dé­rés comme sa­crés, sont in­ter­dits aux étran­gers.

On ne mi­traille pas non plus n’im­porte qui. Cha­cun veille à te­nir les vi­si­teurs en res­pect.

POUR LA COM­MU­NAU­TÉ

La prin­ci­pale conces­sion faite aux tou­ristes consiste - moyen­nant ac­cord préa­lable et versement d’un mon­tant des­ti­né à la com- mu­nau­té - pour les au­to­ri­tés de cer­tains villages à or­ga­ni­ser des danses des masques.

Le choeur des an­ciens, re­vê­tus d’ha­bits de cou­leur in­di­go, qu’ac­com­pagnent des joueurs de tam-tams, donne le ton pour des danses ef­fré­nées exé­cu­tées par les jeunes hommes, por­tant des cos­tumes de cou­leurs vives. Les masques tra­di­tion­nels, rem­plis de sym­bo­lisme, in­carnent les es­prits de la na­ture.

Dans un cir­cuit or­ga­ni­sé, les tou­ristes, alors re­pus de cli­chés, font un pe­tit tour puis se re­plient vite fait vers les bour­gades les plus proches du Pays do­gon, soit San­gha, soit Ban­dia­ga­ra, où se trouvent les hô­tels.

On peut au contraire choi­sir de de­meu­rer plus long­temps au sein de la com­mu­nau­té do­gon en lo­geant par­mi eux, dans un gîte chez l’ha­bi­tant, ou en­core en dor­mant sur la ter­rasse d’une mai­son.

Il est dès lors pos­sible d’avan­cer un peu dans la com­pré­hen­sion d’un mode de vie d’un groupe eth­nique fas­ci­nant qui se trouve de plus en plus confron­té aux cou­rants d’as­si­mi­la­tion que pro­voque no­tam­ment l’exode des jeunes vers les villes.

1. Chaque type de masque a une sym­bo­lique dans les croyances des Do­gons. 2. Le vil­lage d’Iré­li est ac­cro­ché à la fa­laise. 3. Les grottes creu­sées dans la fa­laise abritent des tombes. 4. À l’in­ten­tion des tou­ristes, cer­tains villages do­gons or­ga­nisent des danses des masques. 5. Les Do­gons vivent d’éle­vage et d’agri­cul­ture. 6. Les vi­vants et les morts co­ha­bitent dans les villages do­gons.

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