L'homme libre pren­dra large

Le Journal de Montreal - Weekend - - ACTUALITÉS - Mi­chelle Cou­dé-Lord

Il ne boit plus de­puis qua­torze ans. Il ne fume plus de­puis deux se­maines. À 45 ans, l’ac­teur ve­dette Roy Du­puis prend soin de lui. Parce que chaque mi­nute compte, parce qu’il sait en­core plus au­jourd’hui que « la vie est courte ». Sa mère est dé­cé­dée à la fin du tour­nage du film Je me sou­viens, d’André For­cier. Deux ans à peine après la mort de son père.

« Ça fait ré­flé­chir sur le temps qui nous reste », confie Roy Du­puis. Il a d’ailleurs trou­vé plus dif­fi­cile de ces­ser de boire que d’ar­rê­ter de fu­mer.

« En ces­sant de boire, il y a 14 ans, j’ai dû chan­ger mon mode de vie, ce qui n’est pas le cas avec la ci­ga­rette, et ce, même si je fu­mais beau­coup », ad­met-il.

Il par­le­ra très peu de sa mère. La dou­leur est en­core là. Ça se sent. Cette femme, qui lui a cou­su un pre­mier cos­tume pour le rôle de Re­nard, alors qu’il jouait, à la ma­ter­nelle, dans sa pre­mière pièce, ti­rée du Pe­tit Prince.

« Ta mère, c’est ta mère. C’est com­pli­qué, la mort, car ça te fait ré­flé­chir sur la vie. La der­nière par­tie du tour­nage avait lieu en Ir­lande, j’ai dû re­ve­nir pour les fu­né­railles. Ce fut très dur », pré­cise-t-il.

Il ré­flé­chit alors sur le temps qui passe trop vite.

« Quand tu perds tes pa­rents, tu te dis, le pro­chain c’est moi. Perdre mes pa­rents à deux ans d’in­ter­valle me donne une en­vie de vivre in­croyable ».

Sa voix est dy­na­mique, forte. On sent la vie, quoi.

RE­TOUR AUX SOURCES

FOR­CIER LE POÈTE

Le tour­nage du film Je me sou­viens, d’André For­cier, dans le­quel il joue avec jus­tesse un ré­vo­lu­tion­naire ir­lan­dais exi­lé en Abi­ti­bi, Liam Hen­nes­sy, fut un vé­ri­table re­tour aux sources pour l’ac­teur. « Mon grand-père est même res­té dans une des ca­bines uti­li­sées pour le tour­nage du film. L’Abi­ti­bi, c’est là que tout a com­men­cé pour moi. C’est aus­si mon chez-moi. J’aime y re­tour­ner. »

Roy Du­puis et le ci­néaste André For­cier ne font qu’un. L’ad­mi­ra­tion est grande entre les deux hommes.

For­cier dit ce­ci de Roy Du­puis: « Il est un des plus grands ac­teurs au monde ».

À son tour, Roy Du­puis n’a que des éloges pour un ci­néaste unique: « Tous ses scé­na­rios sont des poèmes. Tour­ner pour et avec lui est un ca­deau. Et il est un his­to­rien ex­tra­or­di­naire. »

Dans Je me sou­viens, André For­cier nous replonge dans les an­nées de Du­ples­sis, la Grande noir­ceur po­li­tique, le syn­di­ca­lisme, la re­li­gion.

Roy Du­puis parle alors de ce vi­rage à droite du Qué­bec ac­tuel qui l’in­quiète.

« Il faut faire at­ten­tion de ne pas re­tom­ber de­dans. On sent un re­tour de la re­li­gion en ce mo­ment, des va­leurs de droite qui pa­ra­lysent un peuple. Juste pour ce­la, ce film-là est im­por­tant. Pour se rap­pe­ler de la du­re­té de ce pas­sé et le re­fu­ser. »

Adu­lé, po­pu­laire, Roy Du­puis a le choix de ses créa­tions. Il avoue dire oui à un rôle « si le su­jet vient le cher­cher; lui ap­porte vrai­ment quelque chose ».

NON AU GLA­MOUR DE LOS ANGELES

Il au­rait pu avoir une car­rière in­ter­na­tio­nale. Il a re­fu­sé de s’ins­tal­ler à Los Angeles. La rai­son en est toute simple. La ré­ponse est claire, à la ma­nière de Roy Du­puis.

« Tout sim­ple­ment parce que chez nous c’est ici. Je le sais en­core plus au­jourd’hui. »

Il op­te­ra tou­jours pour des rôles qui « le sur­prennent com­plè­te­ment. »

EN­GA­GE­MENT

Il est tou­jours fier de son en­ga­ge­ment au­près de la Fon­da­tion Rivières. Il sent que le mes­sage peut faire chan­ger les choses. Le guide, qui se­ra four­ni d’ici quelques se­maines à la po­pu­la­tion, ai­de­ra les gens dé­si­reux de le faire, à mieux agir pour pré­ser­ver l’en­vi­ron­ne­ment et contri­bue­ra à la sau­ve­garde des rivières.

Il est en­cou­ra­gé par la ve­nue du nou­veau par­ti, Qué­bec So­li­daire, au gou­ver­ne­ment.

« Ce n’est que le dé­but, je crois. C’est une bonne nou­velle. Ce­la nous donne l’éner­gie de conti­nuer à nous battre. Car cer­tains po­li­ti­ciens écoutent notre mes­sage, d’autres non. Il faut que le peuple s’aper­çoive en­core plus du pou­voir qu’il a sur ses rivières, sur l’en­vi­ron­ne­ment. »

PRENDRE LE LARGE

Roy Du­puis af­firme qu’il a trop tra­vaillé l’an der­nier, ac­cu­mu­lant six films et une pièce de théâtre, Blas­té, très exi­geante. De­puis quatre ans, il pré­pare son ba­teau pour faire son tour du monde. Un rêve qu’il concré­ti­se­ra bien­tôt.

« À l’au­tomne 2010, je prends le large. J’amè­ne­rai ma ca­mé­ra et je par­le­rai de ce que m’ins­pire chaque pays. Peut-être que je fe­rai un do­cu­men­taire », lance-til, en homme libre.

Libre d’agir, libre de pen­ser. C’est pour­quoi l’ac­teur veut des rôles qui le sur­prennent, qui le font ré­flé­chir, qui dé­noncent, qui dé­voilent et qui touchent la réa­li­té de la vie.

C’est aus­si pour toutes ces rai­sons qu’il ne di­ra ja­mais non au ci­néaste-poète André For­cier.

Roy Du­puis, l’homme, n’a ja­mais au­tant ai­mé la vie.

√ Le film Je me sou­viens sort en salle le 6 mars pro­chain.

PHOTO GRA­CIEU­SE­TÉ PRO­DUC­TIONS ATOPIA

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