Cé­lé­brer son hé­ri­tage

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger

Ter­mi­née l’époque où Adam Co­hen cher­chait à prendre ses dis­tances vis-à-vis l’oeuvre de son père, l’im­mense Leo­nard Co­hen. Sur son pro­chain al­bum, le fils pro­met de cé­lé­brer à la fois son nom, sa fa­mille, son hé­ri­tage.

Au bout du fil, ce­lui qui ré­side à Los Angeles parle de son nou­veau rôle de pa­pa quand la conver­sa­tion dé­vie tout na­tu­rel­le­ment vers ce­lui qui a en­chan­té des gé­né­ra­tions de mé­lo­manes de­puis les an­nées 1960. Et Adam Co­hen passe aux aveux. « Je suis de­ve­nu pa­pa ré­cem­ment (son fils, Cas­sius, a deux ans), dit-il, donc les en­fants, c’est un su­jet qui me fas­cine et ça me lie avec mon père en­core plus pro­fon­dé­ment. J’ai re­trou­vé un amour pour la mu­sique et l’es­thé­tisme de mon père. Je me suis aus­si ad­mis qu’il y avait un peu de “contor­sion­nistes” dans ma mu­sique pour que je ne res­semble pas trop à mon père.

« Ce n’était peut-être pas fait de fa­çon cons­ciente, ex­plique-t-il, mais je vou­lais ap­por­ter ma propre contri­bu­tion. Tou­te­fois, je pense que je suis pro­ba­ble­ment al­lé trop loin des fois. Mais ça ne fait rien. Tout ça m’a me­né où je suis au­jourd’hui et je suis très content. Il y a quelque chose qui a pro­fon­dé­ment chan­gé ma vie, quand j’étais à table avec mon père à ma droite et mon fils à ma gauche. J’ai sen­ti une res­pon­sa­bi­li­té en­vers l’oeuvre de mon père et le code gé­né­tique dont j’ai hé­ri­té et que je passe à mon fils. »

AVEC PA­PA? OUI, MAIS...

Consé­quence: les gens qui vont tendre l’oreille à son pro­chain al­bum, qui doit sor­tir quelque part en 2009, « vont plus fa­ci­le­ment re­con­naître que je suis quel­qu’un qui es­saye de cé­lé­brer son père et son oeuvre. Ça ne res­semble pas à une con­tor­sion. »

Bi­zar­re­ment, ja­mais les Co­hen père et fils n’ont ja­mais en­re­gis­tré de chan­son en­semble.

« En fait, j’ai chan­té sur la ver­sion ori­gi­nale de Hal­le­lu­jah, dans les an­nées 80, cor­rige Adam. J’ai fait les choeurs, mais je dois vous ad­mettre qu’il ne les a pas uti­li­sés. »

Ai­me­rait-il par­ta­ger le mi­cro avec pa­pa? Po­ser la ques­tion, c’est presque y ré­pondre.

« J’ai­me­rais beau­coup, mais c’est un homme qui n’a pas be­soin de moi, dit-il en riant. Ce se­rait un grand luxe, mais en même temps, il oc­cupe mon oeuvre et mes pen­sées. Donc, ce n’est pas né­ces­saire. »

«FIS­TON, OU­BLIE LA MU­SIQUE»

Ce­la étant, Adam Co­hen jure ses grands dieux ne pas vou­loir que fis­ton suive ses traces et celles de pa­py Leo­nard.

« C’est trop dif­fi­cile. Il y a trop de dé­cep­tions, trop de mal­en­ten­dus entre l’art et le com­merce, trop d’egos mi­sés sur nos ef­forts. Et en plus, il y a une chute sé­vère de la va­leur de la mu­sique ré­cem­ment. Je ne veux pas contri­buer à l’hy­per­sa­tu­ra­tion de gens qui se sont mis à la mu­sique pour de mau­vaises rai­sons : pour la gloire, pour l’ar­gent, pour les femmes, pour l’illu­sion, pour le mythe », ex­plique Co­hen, qui en­tend dé­ployer mille et un stra­ta­gèmes pour ar­ri­ver à ses fins.

« J’ai l’in­ten­tion de ren­trer chaque soir avec un sté­tho­scope au­tour du cou et lui dire que les opé­ra­tions se sont bien pas­sées. Je veux éle­ver un chef cui­si­nier for­mi­dable, un chef re­con­nu », blague l’ar­tiste, qui se prend à rêver se faire ser­vir un ca­nard à l’orange par fis­ton. D’une ma­nière ou d’une autre, on reste dans le do­maine de l’art.

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