Re­vi­si­ter l’his­toire

Le ci­néaste André For­cier sait dé­jà que son film est tou­chant. Il a vu les gens de Val-d’Or pleu­rer lors de l’avant-pre­mière de Je me sou­viens, la se­maine der­nière. Pour lui, c’était le signe du de­voir ac­com­pli.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA - Mi­chelle Cou­dé-Lord Le Jour­nal de Mon­tréal

« Il y a une femme qui est ve­nue me dire qu’elle n’avait ja­mais vu une mine de sa vie et que son père et son ma­ri y ont pour­tant tra­vaillé. C’est ce que ça donne quand on re­vi­site notre his­toire. Ce­la nous per­met de mon­trer les vraies choses au monde », ra­conte le ci­néaste.

André For­cier est franc, di­rect et ne s’en­farge pas dans les fleurs du ta­pis pour dire ce qu’il pense. Ce film, il l’a fait à bout de bras, à peine fi­nan­cé avec un bud­get de 1,5 mil­lions de dol­lars. Il sor­ti­ra dans une quin­zaine de salles du Qué­bec. Les co­mé­diens: beau­coup de gros noms. Ré­my Girard, Roy Du­puis, David Bou­tin, Hé­lène Bour­geois Le­clerc, Cé­line Bon­nier, Mi­chel Ba­rette ont tous ac­cep­té de tra­vailler pour un pe­tit ca­chet.

Je me sou­viens, c’est les an­nées noires de Du­ples­sis re­vi­si­tées par André For­cier.

« Je vou­lais trou­ver une nou­velle fa­çon d’en par­ler. Le temps est pro­pice, car même dans notre Qué­bec contem­po­rain, il y a une dé­mis­sion col­lec­tive, un vi­rage vers la droite et notre éter­nelle contra­dic­tion avec les fé­dé­ra­listes au pou­voir au Qué­bec et les sé­pa­ra­tistes et le Bloc à Ottawa. Notre Qué­bec se cherche: quoi de mieux que de re­tour­ner en ar­rière? Ce n’est pas une ré­vo­lu­tion tran­quille ni d’ar­rê­ter d’al­ler à la messe qui ont vrai­ment chan­gé les choses. »

Dans Je me sou­viens, il a vou­lu évo­quer aus­si le bien et le mal. La ré­con­ci­lia­tion pos­sible entre les deux.

Le film d’André For­cier ra­conte la route d’un homme qui dé­sire de­ve­nir chef syn­di­cal d’une mine dans les an­nées 50. Le film est en noir et blanc. « C’était la seule ma­nière de mon­trer la vé­ri­table poé­sie de l’Abi­ti­bi», ré­vèle le ci­néaste.

Hé­lène Bour­geois Le­clerc joue Ani­ta, « une femme amou­reuse qui fe­rait tout pour son homme, jus­qu’à ce qu’elle soit vic­time de tra­hi­son. Eh oui, l’amour peut faire souf­frir, on le sait», lance l’ac­trice, com­blée par ce rôle.

« La gang s’est te­nue très fort. Comme nous tra­vail­lions avec un pe­tit bud­get, ce­la nous a ame­nés, cha­cun, à être plus ima­gi­na­tifs. Ce fut une belle ex­pé­rience hu­maine. »

Hé­lène Bour­geois Le­clerc a ai­mé pas­ser par toute une gamme d’émo­tions dans ce film.

Du ci­néaste André For­cier, elle di­ra tout sim­ple­ment: « C’est un homme de grand gé­nie. C’est un pri­vi­lège de re­ce­voir son scé­na­rio. »

RÉ­MY GIRARD

Même son de cloche du cô­té de Ré­my Girard, le Mgr Ma­dore choi­si par André For­cier.

« Ce film ex­plore avec une grande clar­té l’af­fron­te­ment entre le pou­voir po­li­tique et re­li­gieux. For­cier, dans sa belle mé­ta­phore, m’a de­man­dé de le jouer un peu ri­sible sans être ri­di­cule. J’es­père avoir réus­si », ra­conte ce­lui que tous les réa­li­sa­teurs s’ar­rachent.

« Il ne faut ja­mais oublier cette époque du Qué­bec dé­chi­ré entre deux pou­voirs, les pou­voirs po­li­tique et re­li­gieux. For­cier sait le dire et le ra­con­ter avec grand hu­ma­nisme. »

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