PARIRISQUÉ

LOS ANGELES – Bien que les su­per­hé­ros ne soient pas vul­né­rables au box-of­fice, le film Les Gar­diens du réa­li­sa­teur Zack Sny­der re­pré­sente tou­jours un risque bi­zarre et coû­teux pour ses créa­teurs.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA - Textes de Sun Me­dia

Zack Sny­der lance d’em­blée qu’il a fait de cette bande des­si­née un « film d’art bi­zarre ». Tou­te­fois, il est plu­tôt content et pas du tout in­quiet au su­jet de l’ave­nir de son film.

À l’ori­gine de ce film donc,il y avait une BD, créée par Alan Moore et Dave Gib­bons. Ses fans pensent que c’est une oeuvre mar­quante qui a mo­di­fié le genre. Un sen­ti­ment re­pris par Time Ma­ga­zine qui a bap­ti­sé Les Gar­diens « l’un des plus grands ro­mans du 20e siècle ». Pu­blié en 1986, Les Gar­diens évoque un monde où existent des jus­ti­ciers cos­tu­més.

À la dif­fé­rence des su­per­hé­ros qui font la mo­rale tels Su­per­man, L’homme-arai­gnée ou même Bat­man, les pro­ta­go­nistes de Gar­diens sont des gens per­tur­bés, des désaxés, des gens qui ont des hal­lu­ci­na­tions, des ten­dances meur­trières ou qui sont même im­puis­sants sur le plan sexuel.

Pas surprenant, donc, que cette oeuvre sombre et dense ait la ré­pu­ta­tion d’être im­pos­sible à re­pré­sen­ter au grand écran. Le pro­duc­teur Lar­ry Gor­don, qui a ten­té pen­dant une ving­taine d’an­nées d’adap­ter Les Gar­diens au grand écran, le voit ain­si : « Nous pen­sions qu’il n’était pas pos­sible de trou­ver des sources de fi­nan­ce­ment pour le faire. »

Au­tre­ment dit, quel di­ri­geant de stu­dio sain d’es­prit se­rait prêt à dé­pen­ser plus de 100 mil­lions $ sur une bande des­si­née qui a dé­cons­truit avec ju­bi­la­tion le genre et qui est peu­plée de per­sonnes né­vro­sées, peu­reuses et meur­trières ?

WAR­NER BROS.

La ré­ponse est la sui­vante : War­ner Bros. War­ner mise sur un lec­to­rat fa­na­tique et sur la ré­pu­ta­tion de Sny­der pour en faire la pre­mière su­per­pro­duc­tion de hé­ros en 2009. Après tout, per­sonne n’avait en­vi­sa­gé que le film 300 de­vien­drait un suc­cès mon­dial, en­core moins Sny­der. « On était cer­tain que 300 était un film ci­blé que per­sonne ne vou­drait voir sauf peut-être les fans mas­cu­lins et ceux qui aiment voir des films d’ac­tion. »

D’autres réa­li­sa­teurs ont flir­té avec le conte­nu des Gar­diens. En ef­fet, dans le sillage du film Bat­man de Tim Bur­ton en 1989, Ter­ry Gilliam des Mon­ty Py­thon a son­gé à faire Les Gar­diens. On était même al­lé jus­qu’à com­man­der un scé­na­rio de Sam Hamm, le scribe de Bat­man, et on son­geait à confier le rôle du Dr Man­hat­tan à Ar­nold Sch­war­ze­neg­ger. Lorsque Gilliam se dé­sis­ta, le pro­jet est res­té sur les ta­blettes pen­dant une dé­cen­nie. Puis, un nou­veau scé­na­rio de la plume de Ha­vid Hay­ter ( X-Men) a sus­ci­té de l’in­té­rêt de la part du réa­li­sa­teur Dar­ren Aro­nof­sky ( Le lut­teur, Re­quiem for a Dream) et de Paul Green­grass ( La mort dans la peau).

« Lorsque l’his­toire est bonne, c’est fa­cile à adap­ter à l’écran, pré­cise Hay­ter. Ce qui était plus dif­fi­cile, c’était de mar­chan­der pen­dant cinq ou six ans avec di­vers stu­dios et de pro­té­ger le ma­té­riel pour qu’il ne de­vienne pas quelque chose de mé­con­nais­sable. »

En fin de compte, Paul Green­grass a presque por­té Les Gar­diens au grand écran en 2005. Or, Pa­ra­mount a brus­que­ment mis fin au pro­jet après avoir dé­pen­sé 7 mil­lions $ en frais de pré­pro­duc­tion.

Peu de temps après, War­ner Bros. ache­tait les droits d’au­teur et en­ta­mait des dis­cus­sions avec Sny­der. Ce der­nier a in­sis­té pour que le scé­na­rio re­flète plus fi­dè­le­ment la ver­sion ori­gi­nale de ses au­teurs Moore et Gib­bons. Sous la gou­verne de Sny­der, l’his­toire re­tourne à l’an­née 1985 et Nixon est ré­ta­bli dans ses fonc­tions de pré­sident. La bande des­si­née sert de scé­na­ri­mage à ce film où les re­la­tions sexuelles et la vio­lence ne manquent pas.

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