DE LA CARTE POS­TALE À LA CA­RI­CA­TURE

Film de Ro­bert Ménard : met­tant en ve­dette Ré­my Girard, Louise Portal, Pierre Ri­chard et Syl­vie Tes­tud. À l’af­fiche pré­sen­te­ment.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINEMA - De­nise Mar­tel Le Jour­nal de Qué­bec

Dé­cor en­chan­teur, mi­lieu hos­tile... Bien­ve­nue chez les... ti-Sa­gue­néens, bos­well! Entre carte pos­tale et ca­ri­ca­ture, Le bon­heur de Pierre ap­pa­raît comme un mé­tis­sage entre Bien­ve­nue chez les Ch’tis et La grande sé­duc­tion en mode in­ver­sé, avec un humour des­si­né au crayon gras.

Veuf et ren­du à l’âge où plu­sieurs sont dé­jà re­trai­tés, Pierre Mar­tin (Pierre Ri­chard) en­seigne à Paris la phy­sique quan­tique, théo­rie qui re­pose gros­so mo­do sur la dua­li­té du monde dans le­quel on vit — le bien et le mal — se­lon la­quelle tout est une ques­tion de per­cep­tion et, par consé­quent, d’at­ti­tude.

Il n’en croit pas ses oreilles quand il re­çoit un ap­pel d’un no­taire l’in­for­mant du décès de sa tante Jeanne, qu’il n’a pas vue de­puis son dé­part au Ca­na­da, il y a 56 ans. Elle lui cède tous ses biens, dont une au­berge à Sain­teSi­mone-du-Nord, dans le fjord du Sa­gue­nay. À ses yeux, c’est un signe du des­tin pour en­fin vivre la grande aven­ture dont il a tou­jours rê­vé. Il doit tou­te­fois convaincre sa fille, Ca­the­rine (Syl­vie Tes­tud), jour­na­liste de mode et Pa­ri­sienne jus­qu’au bout des ongles, de le suivre...

Ac­cueillis cha­leu­reu­se­ment, du moins en ap­pa­rence, par le maire du vil­lage, Mi­chel Dolbec (Ré­my Girard), qui est aus­si pro­prio du dé­pan­neur, maître de poste et fer­me­ment convain­cu que l’au­berge et le ter­rain sur le­quel elle se trouve lui re­viennent de droit, Pierre et Ca­the­rine ne sont pas, comme on dit com­mu­né­ment, sor­tis de... l’au­berge!

Con­trai­re­ment à La grande sé­duc­tion/, qui a connu le suc­cès que l’on sait et qui se joue aus­si en ré­gion éloi­gnée, tout le vil­lage se ligue non pas pour convaincre « l’étran­ger » de res­ter, mais plu­tôt de par­tir au plus sa­crant. Pour ce qui est de la mé­ca­nique du scé­na­rio, le prin­cipe est le même.

Par ailleurs, comme dans Bien­ve­nue chez les Ch’tis, Le bon­heur de Pierre table sur la cou­leur lo­cale en ex­ploi­tant à ou­trance l’ac­cent et les ex­pres­sions ty­pi­que­ment sa­gue­néennes.

Même que Louise Portal, ori­gi­naire de Sa­gue­nay et in­ter­prète de la femme du maire, celle par qui sont ser­vies la ma­jo­ri­té des cou­leurs lo­cales, donne un cours de Sa­gue­néen 101 sur le Web. C’est vous dire...

CLI­CHÉS À PRO­FU­SION

Ce­la dit, bien que dé­jà vue, l’idée à l’ori­gine du film n’est pas mau­vaise en soi, sauf que le scé­na­rio écrit par Guy Bon­nier, éga­le­ment pro­duc­teur du film, ex­ploite des gags usés et sombre dans à peu près tout ce qu’il y a de cli­chés.

Il y a bien quelques scènes amu­santes, mais tel­le­ment pré­vi­sibles... L’humour est gros, très très gros.

Hon­nê­te­ment, on s’en­nuie de la fi­nesse des scé­na­rios de Claire Wo­jas, qui écrit nor­ma­le­ment les scé­na­rios des films réa­li­sés par Ro­bert Ménard. Réa­li­sa­teur d’ex­pé­rience, Ménard ( Crui­sing Bar, Amou­reux fou) réus­sit quant même à rendre une co­mé­die qui se tient et se laisse re­gar­der, d’au­tant plus que les images de Pierre Mi­gnot font très cartes pos­tales. Les grands es­paces, les traî­neaux à chiens, la pêche sur la glace, tout pour faire rêver les Fran­çais et ali­men­ter les vieux pré­ju­gés sur le Qué­bec.

Au cha­pitre de la distribution, rien à re­dire. Ré­my Girard, Louise Portal, Pierre Ri­chard et tous les autres ré­pondent aux at­tentes. Syl­vie Tes­tud se tire par­ti­cu­liè­re­ment bien d’af­faire dans un rôle dans le­quel on l’a ra­re­ment vue.

Reste à voir si la carte pos­tale plai­ra aux Sa­gue­néens d’abord et aux Qué­bé­cois en gé­né­ral, mais aus­si aux Fran­çais.

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