LE FU­TU­RISME RÉ­TRO

La preuve que le temps passe vrai­ment vite : en écri­vant Star­ma­nia en 1978, Luc Pla­mon­don et Mi­chel Ber­ger vou­laient si­tuer leur oeuvre dans un fu­tur in­dé­fi­ni, mais en­core loin­tain. Ils avaient choi­si l'an 2000...

Le Journal de Montreal - Weekend - - THEATRE - Be­noit Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

Mi­chel Le­mieux et Vic­tor Pi­lon ont ima­gi­né un dé­cor vir­tuel, des images de grande ville et de sou­ter­rains un­der­ground pro­je­tées sur des ri­deaux de tulle in­vi­sibles, mais mo­biles.

Trans­po­ser Star­ma­nia à l'opé­ra ne La pre­mière mou­ture de Star­ma­nia — avec Diane Du­fresne, Claude Du­bois, Fa­bienne Thi­beault et Na­nette Work­man — s'est vite re­trou­vée au pal­ma­rès des 33-tours fé­tiches des jeunes fu­meurs de pot de cette loin­taine époque.

Mais vous voyez dé­jà le pro­blème d'au­jourd'hui : on fait quoi, main­te­nant que le fu­tur ima­gi­né par les au­teurs fait dé­jà par­tie du pas­sé des spec­ta­teurs ? « On fait dans le ré­tro­fu­tu­risme », ex­plique Mi­chel Le­mieux, qui signe la mise en scène avec son as­so­cié, Vic­tor Pi­lon. « On re­tourne voir comment on ima­gi­nait le mo­der­nisme dans le pas­sé; ça donne des trucs comme les vieilles bandes des­si­nées de Frank Miller, ou la Go­tham Ci­ty des pre­miers films de Bat­man... »

UN­DER­GROUND

change pas l'oeuvre — mais ce­la change la per­cep­tion qu'on en a, as­surent les met­teurs en scène. « En co­mé­die mu­si­cale, les chan­sons prennent le des­sus. On tape du pied, on claque des doigts. En opé­ra, l'his­toire, le ré­cit re­prennent leurs droits. »

C'est vrai. La trame de Star­ma­nia, son ré­cit dra­ma­tique, son mes­sage po­li­tique, ont été oc­cul­tés par le suc­cès des chan­sons. L'in­trigue est touf­fue, com­pli­quée, dra­ma­tique et dé­pri­mante — un vé­ri­table opé­ra !

MAÎTRE DU MONDE

Un homme d'af­faires to­ta­le­ment fa­cho veut se faire élire maître du monde. Il en­cou­rage la vio­lence des re­belles, pour mieux jus­ti­fier sa ré­pres­sion. Le ré­cit s'ar­ti­cule au­tour de la re­la­tion amou­reuse de trois couples — tous genres confon­dus — for­més de gens qui ai­me­raient tous être autre chose que ce qu'ils sont.

Et, ah oui !, Zé­ro Jan­vier, le bu­si­ness­man, trône dans une im­mense tour de cent étages, que les ter­ro­ristes rêvent de faire ex­plo­ser...

Les met­teurs en scène disent que la ver­sion pour l'opé­ra per­met de « ré­ha­bi­li­ter » le scé­na­rio de Star­ma­nia. Et Mi­chel Le­clerc, qui a ré­écrit la par­ti­tion — pour un choeur et un or­chestre sym­pho­nique, mais sans les gui­tares ni les syn­thé­ti­seurs — ar­rive à la même conclu­sion au plan mu­si­cal.

Dé­pouiller Star­ma­nia des ar­ti­fices du rock per­met d'ap­pré­cier le ly­risme in­tense de la mu­sique de Ber­ger. « Il n'y avait pas beau­coup de drums dans Puc­ci­ni non plus. »

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