LES MAL­HEURS DESOPHIE

la cham­pionne des filles qui jouent et gagnent dans un monde de gars. Elle fut la pre­mière à por­ter un bul­le­tin de nou­velles-ré­seau au Ca­na­da.

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES - Be­noît Au­bin

Alors, quand So­phie Thi­bault pu­blie une au­to­bio­gra­phie, on at­tend, for­cé­ment, qu’elle nous ra­conte son aven­ture pro­fes­sion­nelle. Qu’elle nous dise comment c’est ar­ri­vé. Comment elle a coif­fé ses concur­rents, sur­mon­té les sté­réo­types sexistes, gra­vi tous les éche­lons. Comment elle a ac­cé­dé au som­met de sa pro­fes­sion : le poste du pré­sen­ta­teur des nou­velles à TVA, un per­choir qui était, avant elle, ré­ser­vé aux hommes.

Eh bien, non! Pas vrai­ment. Pas du tout. Au contraire. Mal­heu­reu­se­ment.

Telle mère, quelle fille? est un livre de fille, qui parle d’af­faires de filles. Un livre qui se dé­ploie dans l’uni­vers am­bigü des dif­fi­cul­tés re­la­tion­nelles, des sen­ti­ments heur­tés, des at­tentes dé­çues, des cha­grins qui couvent. Un livre dans le­quel la tris­tesse se mue par­fois en mal­heur, où les re­grets se muent sou­vent en re­proches, et où l’amour dé­çu se montre ca­pable de grandes cruau­tés.

AS­PI­RA­TIONS AMOU­REUSES

Et ces af­faires de filles, So­phie Thi­bault les dé­balle à la ma­nière des filles. Elle peut four­nir quan­ti­té de dé­tails sur cer­tains su­jets -l’in­ti­mi­té, pas vrai­ment en­viable, de ses pa­rents, par exemple. Mais elle peut tout aus­si bien pas­ser sous si­lence des in­for­ma­tions ca­pi­tales - sur ses propres as­pi­ra­tions amou­reuses, par exemple.

Dès les pre­mières pages, So­phie Thi­bault ex­plique qu’elle a des comptes à ré­gler avec sa mère, et avec le sale tour que la vie leur a joué à toutes les deux. La vie de Mo­nique La­rouche-Thi­bault, une écri­vaine pu­bliée, mais au­jourd’hui ou­bliée, a été gâ­chée par une ca­la­mi­té, une hor­rible ma­la­die in­cu­rable, la sclé­rose en plaque, qui vous mine un in­di­vi­du, corps et âme, len­te­ment, avant de le faire mou­rir.

So­phie a dû de­ve­nir la mère de sa mère. Tout le drame est là. « J’avais l’im­pres­sion d’être le pre­mier bé­bé né avant sa mère, écrit-elle. «Quand j’ai ap­pris à me te­nir de­bout, elle a com­men­cé à mar­cher as­sise. À l’époque où je son­geais aux en­fants, elle était aux couches. Et au­jourd’hui, je lui brosse les dents...»

RE­LA­TION DIF­FI­CILE

Cette confi­dence de la pre­mière page donne le ton à tout le livre, qui ré­vèle, sou­vent sans dis­cré­tion au­cune, les mal­heurs de trois gé­né­ra­tions de femmes qui ont été mal-ai­mées par leur mère - et qui, donc, ont mal ai­mé leurs en­fants, celles qui en ont eu, du moins.

Le livre fait ré­fé­rence à de nom­breuses thé­ra­pies sui­vies par So­phie Thi­bault, et sa mère, pour ve­nir à bout de ce que l’aî­née nomme « la si­nis­trose né­vro­tique et ca­tho­lique» qui court dans la fa­mille. On peut com­prendre que ces deux femmes aient sen­ti le be­soin d’écrire ce livre sur leur re­la­tion dif­fi­cile, un ré­cit­qu’ on lit avec l’avi­di­té un peu trouble de ce­lui qui épie une conver­sa­tion in­time au res­tau­rant et ne peut s’en dé­ta­cher.

Mais on s’ex­plique moins bien ce qui a pous­sé un per­son­nage en vue comme So­phie Thi­bault à dé­bal­ler toute cette lin­ge­rie in­time sur la place pu­blique.

PHOTO D’ARCHIVES

So­phie Thi­bault, une des pré­fé­rées des té­lé­spec­ta­teurs.

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