QUE SAIT-ON DES AUTRES?

Aux com­mandes du bul­le­tin de nou­velles de fin de soi­rée de TVA, So­phie Thi­bault a vite dé­ve­lop­pé sa propre si­gna­ture - «voi­ci vos nou­velles de fin de soi­rée.» Elle pos­sède le rare mé­lange d’as­su­rance et d’em­pa­thie qui fait les bons Pour­tant, au dé­but, ses

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an­chors.

À ses dé­buts comme jour­na­liste, des cadres de TVA la sur­nom­maient « le ca­det de l’es­pace. » On com­prend. Voi­ci les su­jets de reportage qu’elle pro­po­sait: « les vac­cins, le ra­cket des ani­maux de la­bo­ra­toire, les rapts ex­tra-ter­restres, la sor­cel­le­rie blanche.» Pas trop TVA, les rapts ex­tra ter­restres... So­phie Thi­bault ré­vèle avoir une re­la­tion am­bigüe avec son tra­vail, une re­la­tion d’amour-haine. La cé­lé­bri­té la flatte, mais la fait fuir. Elle souffre du syn­drome de l’im­pos­teur, ad­me­telle: « Ce per­son­nage à l’écran c’est quel­qu’un d’autre.» Elle avoue avoir sou­vent cho­ké, lit­té­ra­le­ment: « une étrange pa­nique res­pi­ra­toire s’ins­tal­lait dès que j’étais sur la sel­lette. Mon coeur s’em­bal­lait, ma gorge se ser­rait, l’air ne par­ve­nait plus à pas­ser... »

TOUT QUIT­TER

Un jour, crou­lant sous la pres­sion du tra­vail com­bi­née à une dé­tresse amou­reuse, elle a failli tout quit­ter.

En termes pu­re­ment sexistes, le ques­tion­ne­ment des pa­trons de TVA, avant de faire de So­hie Thi­bault le chef d’an­tenne du bul­le­tin de 22 heures, était le sui­vant: por­ter les nou­velles du jour à l’écran est un far­deau très lourd. Une femme peut-elle y ar­ri­ver sans flan­cher?

La per­for­mance de Mme Thi­bault à l’écran, soir après soir, dé­montre qu’il était ab­surde po­ser cette ques­tion en ces termes. Ses mal­heurs, ses in­quié­tudes, ses crises d’an­goisse, So­phie Thi­bault a su les ra­va­ler et les ca­cher - comme un homme, quoi! « De­vant les ca­mé­ras, dans mon cos­tume de spea­ke­rine, rien ne de­vait pa­raître. Ef­forts sur­hu­mains pour faire la grève des émo­tions. Je n’étais qu’un bloc de glace; sym­pa­thique, mais néan­moins fi­gée dans sa tor­peur de pe­tite fille ter­ro­ri­sée. » En d’autres mots: to­ta­le­ment seule. Au dé­tour d’une page, cette « spea­ke­rine de glace » qui abrite « une pe­tite fille ter­ro­ri­sée » pose cette ques­tion vrai­ment trou­blante: « que sait-on vrai­ment des autres? »

À la lec­ture de Telle mère, quelle fille?, on s’en pose une autre: est-ce qu’on veut vrai­ment tout sa­voir des autres?

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