Une bande de moi­neaux à Paris

Les jar­dins du Pa­lais Royal un sa­me­di ma­tin d’au­tomne à Paris. Nous avons à nou­veau ren­dez-vous avec JeanJacques, ce grand spé­cia­liste qui, de­puis près de 20 ans, car­net en main, note chaque va­riante de com­por­te­ment d’une bande de moi­neaux.

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME - DRÔLES D’OI­SEAUX

Tout y est; anec­dotes, sautes d’hu­meur, ri­va­li­tés, com­pli­ci­tés et bien sûr l’émou­vante fi­dé­li­té de cette vieille ré­fu­giée russe pour qui ces pe­tits em­plu­més consti­tuent le seul re­mède ca­pable de sou­la­ger un peu sa so­li­tude.

Comme à chaque jour, il est là en­tou­ré de quelques merles, de jo­lis pi­geons, mais sur­tout de ceux qu’il af­fec­tionne par­ti­cu­liè­re­ment, ceux que les Eu­ro­péens ap­pellent leurs pe­tits Pier­rots. Il les connaît tous de­puis leur nais­sance et cette re­la­tion est si in­time qu’il a at­tri­bué à cha­cun un pré­nom.

D’ÉTONNANTES PER­SON­NA­LI­TÉS

Ils sont une ving­taine, à at­tendre cette main ten­due qui bien­tôt va leur of­frir des crois­sants. Oui ! Des crois­sants frais du ma­tin, rien de moins pour ces pe­tits pri­vi­lé­giés du cé­lèbre parc si­tué à deux pas du Louvre.

On croi­rait, De­nise et moi, par­ti­ci­per à une éton­nante ren­contre entre de vieux com­plices. Le ton du maître de la cé­ré­mo­nie est doux et calme. « Par ici, Vif-ar­gent, cet ori­gi­nal af­fu­blé d’une plume blanche, ou at­tend un peu Fu­tée, celle qui réus­sit tou­jours à s’en­vo­ler avec les plus grosses prises ». Passe-par­tout, la doyenne, a main­te­nant huit ans et elle com­mence à ti­rer un peu de l’aile. Par­fois, il se re­tourne pour nous si­gna­ler un dé­tail : « Voyez, là Gras­souillet, tou­jours le pre­mier à s’em­pif­frer et qui souffre d’em­bon­point. Alors ! Isa­bel­la, ma plus ti­mide, un pe­tit ef­fort ». Celle-là, il faut tou­jours l’in­vi­ter sur mon épaule avant qu’elle dé­cide de re­joindre la bande. « Pas de gas­pillage, les amis regardez toutes ces miettes par terre, il faut les ra­mas­ser avant de re­ve­nir dans ma main ! »

L’OI­SEAU SUR LA MANCHE… C’EST MOI !

À nou­veau, tous se pré­ci­pitent dans la main aux crois­sants, sauf un qui, sur­gi de nulle part, se ré­fu­gie sur la manche. L’air pi­teux et ren­fro­gné, il se tient à l’écart, il n’ose plus bou­ger. Alors, JeanJacques nous dé­crit com­bien le strict res­pect des règles de la vie de groupe chez les oi­seaux est es­sen­tiel. Cha­cun oc­cupe une place, a un rôle bien dé­fi­ni au sein d’une hié­rar­chie com­plexe et que l’on ne peut mo­di­fier im­pu­né­ment. Quelle faute a bien pu com­mettre ce re­je­té, notre spé­cia­liste l’ignore. Un jour, il s’est ins­tal­lé sur ma manche et il a at­ten­du que je chasse les autres avant de s’ap­pro­cher de ma main. Regardez d’ailleurs comme les autres le sur­veillent du coin de l’oeil… Il est dé­fi­ni­ti­ve­ment re­je­té du groupe…

De­puis, lorsque je pré­sente cette photo dans une école, as­sez sou­vent un ou une élève vient me chu­cho­ter à l’oreille : « Tu sais le moi­neau sur la manche du mon­sieur : c’est Moi !!! »

PHOTOS JEAN LÉ­VEILLÉ

Res­pec­ter la hié­rar­chie. Un pe­tit re­je­té sur la manche. De­nise et Jean-Jacques au Pa­lais royal à Paris.

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