Djen­né, la ville my­thique du del­ta in­té­rieur du Ni­ger

DJEN­NÉ, Mali | Le del­ta in­té­rieur du Ni­ger, qui tra­verse le Mali sur une dis­tance de 1780 km, forme une vaste et riche plaine al­lu­viale en plein coeur du pays. Là, au mi­lieu des eaux, la ci­té de Djen­né a connu à tra­vers les siècles un fa­bu­leux des­tin lié

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME - Paul Si­mier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Les crues sai­son­nières du Ni­ger ont fait de cette ré­gion cen­trale un gre­nier qui consti­tua à tra­vers les siècles l’en­jeu de conquêtes et de­vint le siège de vastes em­pires.

On dit de Djen­né, bâ­tie au mi­lieu des eaux aux abords du Ba­ni, un af­fluent du Ni­ger, qu’elle est la plus belle ville du Mali, si ce n’est de toute l’Afrique oc­ci­den­tale.

Ses ori­gines re­montent au XIIIe siècle. En­tiè­re­ment construite en ban­co, la pe­tite ci­té, qui n’a guère chan­gé de­puis lors, forme un en­semble har­mo­nieux.

LA GRANDE MOS­QUÉE

La grande mos­quée (clas­sée au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té), avec sa place du mar­ché, forme le coeur de Djen­né. Il s’agit du plus grand mo­nu­ment en ban­co au monde.

Trois mi­na­rets émergent de cette construc­tion mas­sive pou­vant ac­cueillir 50 000 fi­dèles, confé­rant au mur la­té­ral don­nant sur la place toute son har­mo­nie.

Des poutres en bois de pal­mier rô­nier res­sortent un peu par­tout de la struc­ture. Il s’agit d’ob­jets à la fois dé­co­ra­tifs et pra­tiques, puisque, mis à mal par les in­tem­pé­ries du­rant l’hi­ver­nage, il faut chaque an­née re­faire tout le cré­pi du bâ­ti­ment.

Dans l’his­toire, l’es­sor de Djen­né s’ex­plique par l’im­por­tance com­mer­ciale qu’avait la ville, car­re­four à la fois des ca­ra­vanes ter­restres et des routes flu­viales. Les com­mer­çants mu­sul­mans du Magh­reb ve­naient y tro­quer de l’or, des es­claves et des pro­duits tro­pi­caux contre du sel et des épices.

C’est ain­si que, dès le XIIe siècle, l’is­lam s’im­plan­ta dans la ville. Bien­tôt, outre les mos­quées, les uni­ver­si­tés et les bi­blio­thèques se mul­ti­plièrent, confé­rant à Djen­né une grande ré­pu­ta­tion à tra­vers tout le monde mu­sul­man.

Pro­fes­seurs et sa­vants de tout le monde arabe et aus­si d’Asie conver­geaient alors vers la ci­té. C’est en par­ti­cu­lier la re­cherche en mé­de­cine qui fai­sait la no­to­rié­té de Djen­né.

DJEN­NÉ, LA MA­RO­CAINE

À la fin du XVIe siècle, Djen­né, qui avait suc­ces­si­ve­ment ap­par­te­nu à plu­sieurs em­pires stric­te­ment ouest-afri­cains, tom­ba sous la coupe du sul­tan ré­gnant sur ce qui com­po­sait alors le Ma­roc. Ce pou­voir magh­ré­bin res­ta en place jus­qu’au XIXe siècle.

Mais dé­jà les forces com­mer­ciales qui al­laient chan­ger le des­tin de toute l’Afrique oc­ci­den­tale étaient en ac­tion. Les Eu­ro­péens créèrent en ef­fet des comp­toirs puis des postes de traite d’es­claves tout le long des côtes afri­caines, chan­geant du coup le rap­port de force à l’in­té­rieur du con­tinent. Ce fut le dé­but du dé­clin inexo­rable de Djen­né.

Si l’on veut sai­sir d’une part le pro­ces­sus de l’is­la­mi­sa­tion de l’Afrique oc­ci­den­tale en­ga­gé il y a bien des siècles, d’autre part l’éton­nant mé­tis­sage des so­cié­tés magh­ré­bines, il faut vi­si­ter Djen­né (ou en­core Tom­bouc­tou qui, plus au nord, a eu la même im­por­tance his­to­rique).

PHOTOS LE JOUR­NAL

La mos­quée de Djen­né est clas­sée au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té. Le trans­port en com­mun se fait en pi­nasse. L’ac­cès à la ville de Djen­né né­ces­site la tra­ver­sée du Ba­ni, un af­fluent du Ni­ger. Scène de mar­ché à Sé­gou. La vente de sou­ve­nirs aux tou­ristes per­met aux jeunes de ga­gner quelques sous. Re­tour du mar­ché à Sé­gou. Le port de Sé­gou, sur le fleuve Ni­ger.

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