Sobre de­puis trois mois, Éric La­pointe ap­pri­voise sa nou­velle vie au quo­ti­dien et se sur­prend même à ai­mer la so­li­tude sans avoir à ses cô­tés son an­cienne blonde nom­mée...Vod­ka. Il pré­sente l’al­bum Ailleurs, des col­la­bo­ra­tions avec des ar­tistes de re­nom q

Le Journal de Montreal - Weekend - - ACTUALITÉS - Mi­chelle Cou­dé-Lord

Il a ré­per­to­rié une tren­taine de chan­sons qu’il of­fri­ra sur deux al­bums. Le pre­mier ar­ri­vait en ma­ga­sin cette se­maine et un autre est pré­vu d’ici la fin de l’an­née.

À l’aube de ses 40 ans, qu’il fê­te­ra le 28 sep­tembre pro­chain, l’in­ter­prète a vou­lu ras­sem­bler, comme il le dit fort bien, « ces mo­ments de créa­tion et de gé­né­ro­si­té qui m’ont per­mis de briller avec de nom­breuses étoiles. » De Cé­line Dion, en pas­sant par les Du­bois, Fer­land, Bi­gras, Isa­belle Bou­lay.

Il nous donne ren­dez-vous dans un pe­tit ca­fé de la rue Saint-Laurent...en fin de ma­ti­née.

Dé­jà bien dif­fé­rent de l’oi­seau de nuit qui avait l’ha­bi­tude de ren­con­trer la presse dans les bars, et sur­tout pas avant la fin de l’après-mi­di.

L’homme est re­po­sé, éner­gique, heu­reux et fiè­re­ment sobre.

« C’est moins pire que j’au­rais pen­sé. J’ai du plai­sir; plus de fa­ci­li­té à m’ex­pri­mer et à faire mon mé­tier qui est ma rai­son de vivre, ma pas­sion », confie d’em­blée le sage ro­ckeur.

UN HOMME À DÉ­COU­VRIR

Il tient le coup avec as­su­rance. « Je re­dé­couvre mes amis, je ne pen­sais pas que j’en avais au­tant. Des bons. Des vrais. J’ai dit à ma gang de mu­si­ciens et de tech­ni­ciens qu’ils pou­vaient conti­nuer de boire avant et après les shows s’ils le vou­laient. Ils m’ont dit qu’ils jouaient mieux à jeun. Je com­mence à croire qu’ils se re­layaient cha­cun pour boire avec moi mais que ce n’était pas leur­bag», lance en riant Éric La­pointe.

Il sent sa voix plus so­lide, plus pure. Sur scène, il af­fiche une nou­velle as­su­rance.

« C’est bi­zarre, on di­rait que je dé­couvre un per­son­nage qui s’ap­pelle Éric La­pointe. Je ne le connais­sais pas. Sur scène, j’ai été ner­veux, les pre­miers spectacles. Je ti­tube en­core un peu, de vieilles ha­bi­tudes d’un gars qui a per­for­mé par­fois avec de la bois­son dans le corps. Je ne sais pas où pla­cer mes mains, j’avais sou­vent une bou­teille de bière dans la main. Mais j’ai tel­le­ment plus de fun », avoue-t-il avec sin­cé­ri­té.

AU FOND DE LA NUIT

Ex­tré­miste, Eric La­pointe est al­lé au fond de la nuit. « Mon ado­les­cence fut longue, très longue. J’ai tout fait pour mou­rir jeune. Et là, ayant at­teint 40 ans, me voi­là trop vieux pour mou­rir jeune. Je dois faire d’autres plans, comme m’ha­bi­tuer à vivre le jour. Je me suis sou­vent de­man­dé à quoi les gens qui ne vi­vaient pas la nuit oc­cu­paient leur jour­née. Quoi faire de tout ce temps? Or, au­jourd’hui, je manque de temps. C’est une drôle de sen­sa­tion. »

Il avoue flir­ter en­core avec la nuit, al­ler voir ses amis mu­si­ciens dans les bars. «C’est mon monde. Mon uni­vers. Mais je sais ré­sis­ter et bien me pro­té­ger. J’ai eu des pe­tits mo­ments d’an­xié­té et là je prends mes pi­lules pour m’ai­der. Ça ne m’est pas ar­ri­vé très sou­vent. Je suis fier. »

Il dit que les ar­tistes at­ter­rissent dans ce mé­tier parce qu’ils sont «en quête d’amour». Tout sim­ple­ment. Éric La­pointe est chan­ceux, car il en re­çoit énor­mé­ment.

Les pro­jets se mul­ti­plient. Par­ti­ci­pa­tion à l’al­bum en an­glais de Lost Fin­gers, à ce­lui de Mar­jo, à un autre sur les 30 ans du Fes­ti­val de jazz, et il tour­ne­ra dans la té­lé­sé­rie LesBoys.

« J’ai tout ce que je peux dé­si­rer dans la vie. Je vis de mon art, de ma pas­sion, j’ai des fans in­croyables, j’ai dû ajou­ter deux dates au Mé­tro­po­lis, même en ces temps plus durs. Je suis pri­vi­lé­gié. »

SO­BRIÉ­TÉ RIME AVEC TI­MI­DI­TÉ

L’homme est fiè­re­ment sobre, mais aus­si plus ti­mide de­puis qu’il a sor­ti de sa vie, sa blonde Vod­ka.

« Je suis com­plè­te­ment désar­mé de­vant les femmes. Je ne sais pas quoi dire. C’est peut-être pour ce­la que j’ai com­men­cé à boire...», lance Éric La­pointe avec son sou­rire de pe­tit gars.

Il se rap­pelle. « J’ai vé­cu une his­toire d’amour pas­sion­née avec l’al­cool. Ça m’a don­né des nuits folles d’in­ten­si­té, des al­bums, des femmes in­croyables que je n’au­rais ja­mais pen­sé avoir. Mais l’al­cool me tuait. Je ne bu­vais plus par pas­sion, mais par be­soin phy­sique. Mou­rir ou chan­ger de vie. J’ai dé­ci­dé d’ap­prendre à vivre le jour », conclut Éric La­pointe main­te­nant Ailleurs.

Un titre d’al­bum qui l’ha­bille par­fai­te­ment.

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