La piste fa­mi­liale de Ka­rin Al­bou

C’est un peu par ha­sard, en li­sant des lettres de son grand-père, que la ci­néaste fran­çaise Ka­rin Al­bou a trou­vé le su­jet de son deuxième long mé­trage, Le chant des ma­riées, qui au­rait dû en fait être son pre­mier film.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - De­nise Mar­tel

« In­tri­guée, j’ai in­ter­ro­gé ma grand-mère qui m’a ap­pris que les Juifs d’Al­gé­rie avaient été dé­chus de leur na­tio­na­li­té fran­çaise pen­dant la guerre et qu’elle n’avait plus le droit de tra­vailler, parce qu’elle était juive. C’est pour elle que j’ai créé le per­son­nage de Ti­ta dans le film. Comme tout le monde, je ne sa­vais pas que les au­to­ri­tés fran­çaises avaient ap­pli­qué leur po­li­tique an­ti­sé­mite hors de la France, dans les co­lo­nies et dans les pro­tec­to­rats. Même en France, ce n’est pas connu », in­siste la réa­li­sa­trice jointe alors qu’elle fai­sait du tou­risme en Is­raël.

La dé­cou­verte de ces faits l’a ame­née à faire une re­cherche his­to­rique ri­gou­reuse et à ap­prendre que les Tu­ni­siens ont vé­cu pen­dant six mois sous l’oc­cu­pa­tion al­le­mande. « C’est ce qui m’a in­té­res­sée en écri­vant le scé­na­rio, parce que tous les films de la Se­conde Guerre mon­diale se passent en Eu­rope, ja­mais dans les co­lo­nies. »

L’AMI­TIÉ IN­ÉBRAN­LABLE

« Par ailleurs, je n’avais pas en­vie de tour­ner un film de guerre. D’où l’idée d’écrire un film sur deux ado­les­centes su­bis­sant les contre­coups de la guerre. Les per­son­nages sont fic­tifs, mais je suis sûre qu’une ami­tié très forte comme ça est ar­ri­vée. D’ailleurs, quand j’ai consul­té de vieilles femmes tu­ni­siennes pour vé­ri­fier cer­tains dé­tails, je leur ra­con­tais mon his­toire et plu­sieurs di­saient que c’était leur his­toire. Je vou­lais mon­trer que l’ami­tié sur­vit à tout, mal­gré l’ad­ver­si­té, les di­ver­gences cultu­relles et même l’amour... » pré­cise Ka­rin Al­bou au bout du fil.

Rê­vant de trou­ver des ac­trices nor­da­fri­caines pour in­car­ner les deux ado­les­centes du film, la réa­li­sa­trice a dû se ra­vi­ser. « Ce n’était pas évident. J’ai fait une au­di­tion en Tunisie, mais je n’ai pas pu trou­ver des filles aus­si jeunes qui jouaient bien. Comme le film com­por­tait plu­sieurs scènes de nu­di­té et que Nour de­vait em­bras­ser un gar­çon, les di­ver­gences cultu­relles ren­daient les choses très dif­fi­ciles.

« J’ai vu 300 filles d’ori­gine magh­ré­bine lors d’une au­di­tion sauvage en France qui a du­ré des mois, sans plus de ré­sul­tat. J’ai alors dé­ci­dé d’élar­gir ma re­cherche à des jeunes qui ne par­laient pas arabe et j’ai ren­con­tré Olympe Bor­val. Elle n’avait ja­mais joué, mais rê­vait de de­ve­nir ac­trice.»

DES RE­CRUES TA­LEN­TUEUSES

« Quant à Liz­zie Bro­che­ré qui in­ter­prète My­riam, ça a été plus simple, puisque c’est une jeune co­mé­dienne. Elle a dé­jà joué dans plu­sieurs films. Ni l’une ni l’autre ne par­laient arabe, mais elles avaient l’âge et dé­ga­geaient de l’émo­tion. Ça ne les gê­nait pas d’em­bras­ser un gar­çon», dit la ci­néaste fière de ses deux re­crues.

Elle pré­cise par ailleurs que Le chant des ma­riées a été écrit bien avant La Pe­tite Jé­ru­sa­lem, son pre­mier film. « C’était très com­pli­qué de faire le film il y a dix ans et je n’avais pas pu trou­ver l’ar­gent, mais de­puis les at­ten­tats de sep­tembre 2001, il semble y avoir plus d’in­té­rêt...»

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