L’ami­tié triomphe tou­jours

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA -

On a tou­jours l’im­pres­sion que tout a été écrit ou mon­tré sur la Se­conde Guerre mon­diale. Pour­tant, il y a des fa­cettes qui n’ont vrai­sem­bla­ble­ment pas été abor­dées, comme le montre Le chant des ma­riées, film dans le­quel l’ami­tié fait un beau pied de nez à la na­ture hu­maine.

Deuxième long mé­trage réa­li­sé par Ka­rin Al­bou ( La Pe­tite Jé­ru­sa­lem), Le chant des ma­riées nous trans­porte à Tu­nis, en 1942. Amies de­puis l’en­fance, Nour et My­riam n’ont pas de se­crets l’une pour l’autre et sont à l’âge où les ado­les­centes rêvent du prince char­mant. Mu­sul­mane, Nour (Olympe Bor­val) croit bien l’avoir trou­vé en se fian­çant à Kha­led, le cou­sin à qui elle a été pro­mise, tan­dis que My­riam (Liz­zie Bro­che­ré), sa voi­sine juive, rêve en­core du grand amour tout en fré­quen­tant les bancs d’école.

Pen­dant ce temps, Nour rêve de ma­riage, mais de­vra pa­tien­ter tant que Kha­led n’au­ra pas trou­vé de tra­vail. Les temps sont durs, la guerre sé­vit en Eu­rope et le monde des deux jeunes filles bas­cule le jour où les Al­le­mands dé­barquent à Tu­nis, se­con­dés par l’ar­mée fran­çaise. Tout do­ré­na­vant les sé­pare au point où leur ami­tié va­cille...

Bien do­cu­men­tées et sur­tout mon­trées de belle fa­çon, les dif­fé­rences de culture et de men­ta­li­té à tra­vers les cou­tumes et les moeurs jaillissent sous l’im­pact de la guerre et de la pré­sence fran­co-al­le­mande dans le scé­na­rio écrit, de fa­çon sen­sible et in­tel­li­gente, par la réa­li­sa­trice et ac­trice Ka­rin Al­bou qui in­ter­prète Ti­ta, mère de My­riam.

Sans in­sis­ter à ou­trance sur le sen­ti­men­ta­lisme pas plus que sur la trame dra­ma­tique, le film tra­duit une his­toire d’ami­tié très plau­sible, belle et tou­chante, avec une jus­tesse de ton qui nous fait dé­cou­vrir une fa­cette mé­con­nue de cette époque im­pré­gnée par la guerre. À no­ter qu’il ne s’agit pas d’un film de guerre à pro­pre­ment par­ler, mais plu­tôt d’un drame hu­main dé­cou­lant des contre­coups de celle-ci.

Les deux jeunes in­ter­prètes offrent un jeu so­lide et tou­chant, com­bi­nant la can­deur, la crainte, la ten­dresse et l’amour. Un jeu d’au­tant plus im­pres­sion­nant qu’elles ne sont pas arabes et que l’une d’elles, Olympe Bor­val, n’avait ja­mais joué avant. Le chant des ma­riées souffre bien de quelques lon­gueurs et se ter­mine un peu abrup­te­ment, mais l’ori­gi­na­li­té et le trai­te­ment du su­jet de même que la per­for­mance des ac­trices valent le dé­pla­ce­ment.

- De­nise Mar­tel

PHOTO COUR­TOI­SIE

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