Su­san Boyle et la grippe por­cine

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉ­LÉ­VI­SION - Guy Four­nier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Plus de 100 mil­lions de per­sonnes à tra­vers le monde ont vi­sion­né sur YouTube la per­for­mance de Su­san Boyle à l’émis­sion Bri­tain’s Got Ta­lent. En une quin­zaine de jours, la vieille fille de 48 ans est de­ve­nue une cé­lé­bri­té mon­diale. Comme la grippe por­cine ! Mais, dans ce der­nier cas, il a fal­lu moins de temps en­core...

En plus de m’épa­ter, l’af­faire Su­san Boyle m’a fait beau­coup ré­flé­chir.

Elle a tout d’abord don­né la preuve que grâce à l’ap­pui d’in­ter­net, toute chaîne de té­lé­vi­sion peut mo­men­ta­né­ment de­ve­nir « mon­diale » plu­tôt que res­ter confi­née au ter­ri­toire qu’elle re­joint nor­ma­le­ment par ondes hert­ziennes ou par câble. ITV1, le plus vieux ré­seau de té­lé­vi­sion commerciale du Royaume-Uni, ne re­joint d’ha­bi­tude que les spec­ta­teurs d’An­gle­terre, d’Écosse et d’Ir­lande, mais le seg­ment de l’émis­sion d’ITV1 qui a ren­du Su­san Boyle cé­lèbre a été vu sur tous les conti­nents. D’abord par le biais de YouTube, puis par des di­zaines et des di­zaines de jour­naux en ligne qui in­vi­taient leurs lec­teurs à vi­sion­ner son éton­nante per­for­mance et don­naient le lien pour y ar­ri­ver.

Que nos pe­tites chaînes de té­lé ne déses­pèrent pas, un jour ou l’autre, elles connaî­tront la même cé­lé­bri­té. Es­pé­rons seule­ment que ce ne soit pas pour une bourde mo­nu­men­tale !

QUEL EST LE RAP­PORT ?

Mais quel rap­port, me di­rez-vous, entre Su­san Boyle et la grippe por­cine ? C’est tout simple : par le même che­min qui a fait connaître Su­san Boyle, le vi­rus qui cause la grippe por­cine est de­ve­nu en 48 heures, la « bi­bitte » la plus connue au monde. Du coup, la PEUR d’at­tra­per la grippe por­cine est de­ve­nue beau­coup plus conta­gieuse que la ma­la­die elle-même !

Vous ne vous en sou­ve­nez pro­ba­ble­ment pas, mais la grippe por­cine avait se­mé l’hys­té­rie aux États-Unis en 1976. Heu­reu­se­ment (ou mal­heu­reu­se­ment), à l’époque, il n’y avait ni in­ter­net ni ré­seaux d’information conti­nue, si bien que l’hys­té­rie n’avait pas dé­pas­sé les fron­tières amé­ri­caines. Elle n’en avait pas moins fait des vic­times. En 1976, exac­te­ment 32 Amé­ri­cains sont morts des suites du vac­cin ad­mi­nis­tré à 40 mil­lions de per­sonnes, mais la grippe elle-même n’a pra­ti­que­ment fait au­cune vic­time !

LES PA­NIQUES S’AC­CU­MULENT

Est-ce que je dois men­tion­ner le fa­meux « bogue de l’an 2000 » qui avait, on s’en sou­vient tous, se­mé une pa­nique pla­né­taire ? Ce pre­mier jour du nou­veau mil­lé­naire, com­bien de per­sonnes sont res­tées ter­rées chez elles croyant que le bogue al­lait, comme on leur avait ré­pé­té, rendre dan­ge­reux le trans­port aérien, faus­ser les sys­tèmes d’ai­guillage des trains sans par­ler du chaos qui frap­pe­rait les banques, les grandes usines et tout ce qui dé­pen­dait de l’in­for­ma­tique pour fonc­tion­ner !

Comme je ne suis pas éco­no­miste, je n’irai pas jus­qu’à pré­tendre que la crise éco­no­mique dont nous souf­frons tous a été for­te­ment ag­gra­vée par la même ins­tan­ta­néi­té des com­mu­ni­ca­tions qui a pro­pul­sé Su­san Boyle aux quatre coins de la pla­nète, mais je suis bien ten­té de le faire.

Cette conjonc­tion d’in­ter­net, Twit­ter, Fa­ce­book et YouTube, de jour­naux en ligne et de ré­seaux d’information conti­nue, cette conjonc­tion qui rend pos­sibles des phé­no­mènes comme Su­san Boyle, la crainte conta­gieuse du bogue de l’an 2000 et de la grippe por­cine, pour­quoi ne pas l’ap­pe­ler dé­sor­mais le « syn­drome Su­san Boyle », puis­qu’il risque de se re­pro­duire de plus en plus fré­quem­ment et avec de plus en plus d’in­ten­si­té ?

À comp­ter d’au­jourd’hui, j’in­vi­te­rais tout le monde, en par­ti­cu­lier jour­na­listes et com­men­ta­teurs, à ré­flé­chir sé­rieu­se­ment au syn­drome Su­san Boyle afin que la crainte d’une épi­dé­mie, d’une crise ou de tout autre ca­ta­clysme ne fasse pas plus de vic­times que l’évé­ne­ment lui-même.

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