Une île char­gée d’his­toire !

Que l’on s’y rende pour sa beau­té, pour la paix qu’elle dé­gage ou pour sa par­ti­ci­pa­tion à notre His­toire, Grosse-Île ne laisse per­sonne in­dif­fé­rent.

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME - Lise Gi­guère Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Il est vrai qu’elle a mo­di­fié la vie de mil­lions d’im­mi­grants, mais aus­si ce­lui de mil­liers de Qué­bé­cois qui ont tra­vaillé sur ce site, unique en Amé­rique du Nord. Cette an­née, on pro­fite des cé­lé­bra­tions en­tou­rant le 100e an­ni­ver­saire de sa croix cel­tique pour la dé­cou­vrir.

En 1832, l’ar­rêt sur cette île iso­lée était obli­ga­toire pour TOUS les na­vires qui ar­ri­vaient d’Eu­rope. Il s’agis­sait d’une pré­cau­tion, dé­cré­tée par le gou­ver­ne­ment du Bas-Ca­na­da qui sou­hai­tait pro­té­ger la po­pu­la­tion de l’épi­dé­mie de cho­lé­ra asia­tique qui sé­vis­sait alors en Eu­rope. Elle de­vient donc « L’île de la qua­ran­taine » et 51746 im­mi­grants d’Ir­lande et d’An­gle­terre y sont exa­mi­nés sur un to­tal de 61800 re­çus au Ca­na­da. Pour­tant, ces ef­forts ne suf­fisent pas et l’épi­dé­mie se pro­page à Qué­bec (3800 vic­times) et Mon­tréal (1900 vic­times), en 1833-1834.

En 1847, l’Ir­lande est dé­ci­mée par une grande fa­mine. Nom­breux sont les Ir­lan­dais qui fuient, mal­gré une épi­dé­mie de ty­phus. En­tas­sés dans des na­vires qui mettent de 6 à 9 se­maines, plu­sieurs meurent en mer (on parle de quelque 5000 ca­davres je­tés à la mer) et de nom­breux autres dé­barquent ma­lades à la sta­tion de qua­ran­taine de l’Île.

TOP SE­CRET

En 1937, de­ve­nue inu­tile pour l’avan­cée de la mé­de­cine, la Sta­tion est fer­mée. Mais en 1947, cette île, pour­tant en­chan­te­resse, est in­ter­dite au pu­blic. C’est que les ar­mées ca­na­diennes et amé­ri­caines y mènent des ex­pé­riences bac­té­rio­lo­giques se­crètes. Se­lon l’his­to­rien qué­bé­cois Yves Bernard, on au­rait peut-être fait ces der­nières sur des pri­son­niers de guerre Al­le­mands et il se­rait éga­le­ment ques­tion d’An­thrax, mais d’autres his­to­riens pré­tendent qu’il s’agit de lé­gendes ur­baines.

Quoi qu’il en soit, vers 1952, quand l’ar­mée se re­tire, l’île re­de­vient un lieu de qua­ran­taine, mais cette fois-ci, pour les ani­maux im­por­tés au Ca­na­da. Ce n’est qu’en 1984 qu’elle est ré­amé­na­gée et qu’elle de­vient un lieu his­to­rique na­tio­nal ap­pe­lé Grosse-Îleet-le-Mé­mo­rial-des-Ir­lan­dais et que la Cor­po­ra­tion pour la mise en va­leur de Grosse-Île, en col­la­bo­ra­tion avec Parcs Ca­na­da, en­tre­prennent la res­tau­ra­tion de plu­sieurs bâ­ti­ments an­ces­traux.

JOUER L’HIS­TOIRE

Il en au­ra fal­lu du temps pour voir en­fin des vi­sages joyeux et sou­riants et une am­biance fes­tive sur cette île. Mais de­puis quelques an­nées, grâce à Parcs Ca­na­da et à l’ani­ma­tion de co­mé­diens, c’est chose faite.

S’ap­puyant sur des faits vé­cus, ces der­niers in­vitent à tra­ver­ser le temps et à re­vivre la dure réa­li­té de ces hommes et de ces femmes qui fuyaient leur pays dans l’espoir d’un ave­nir meilleur.

Ain­si dès que le ba­teau ac­coste, les pas­sa­gers sont ac­cueillis par le Dr Mar­ti­neau ou l’in­fir­mière Sa­rah Wade. Ils sont gui­dés vers l’édi­fice de dés­in­fec­tion et là, on pro­cède à l’exa­men afin de dé­tec­ter s’il n’y au­rait pas des signes évi­dents de ma­la­die. Me­née de joyeuse fa­çon, l’exa­men n’en res­pecte pas moins le ri­tuel pra­ti­qué au­tre­fois. On dé­couvre ain­si comment étaient exa­mi­nés les pas­sa­gers des na­vires qui tran­si­taient vers Qué­bec, comment on dé­tec­tait la pré­sence de la ma­la­die, comment on dés­in­fec­tait leurs vê­te­ments et de quelle fa­çon étaient sé­pa­rées les fa­milles dont l’un des membres étaient at­teints. Le groupe peut en­suite, vi­si­ter à son rythme, l’exposition mul­ti­mé­dia, les étuves de dés­in­fec­tion ori­gi­nales, les douches et les salles d’at­tente.

Après ce rap­pel d’un pas­sé dif­fi­cile, on peut choi­sir de faire le tour de l’île à pied ou op­ter pour le train-ba­lade. Dans ce lieu pai­sible, à peine trou­blé par le chant des oi­seaux, une qua­ran­taine d’édi­fices sont tou­jours de­bout. Cer­tains sont ou­verts au pu­blic. Des mises en si­tua­tion des co­mé­diens, des plaques com­mé­mo­ra­tives, des ar­té­facts, des té­moi­gnages et des ex­po­si­tions per­mettent de re­vivre cette époque.

Au pied de la col­line, de­vant le Mé­mo­rial dé­dié aux im­mi­grants et aux em­ployés en­ter­rés à la sta­tion rap­pellent que 7553 per­sonnes sont mortes sur l’île, dont plus de 5000 du­rant la seule an­née 1847.

C’est en leur mé­moire et pour com­mé­mo­rer la Grande Fa­mine Ir­lan­daise que le 15 août 1909, l’An­cien Ordre des Hi­ber­niens a éri­gé une croix cel­tique sur le point le plus éle­vé de l’île, dans le sec­teur ouest. Et, cette an­née, à la même date, mais 100 ans plus tard, une im­por­tante dé­lé­ga­tion de membres de cet ordre ef­fec­tue­ra un pè­le­ri­nage au pied de ce sym­bole.

PHOTO LE JOUR­NAL

Un guide-in­ter­prète pré­sente la croix cel­tique dé­diée aux mil­liers d’im­mi­grants ir­lan­dais dé­cé­dé en 1847.

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