UN FILM CASSE-TÊTE

Ado­ra­tion

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Bruce Kirk­land Sun Me­dia

Un drame d’Atom Egoyan. Avec De­von Bos­tick, Scott Speed­man, Ra­chel Blan­chard, Ar­si­nee Khan­jian.

Le film Ado­ra­tion du réa­li­sa­teur Atom Egoyan a les mêmes sources d’ins­pi­ra­tion que ses films les plus im­por­tants tels que Spea­king Parts, The Ad­jus­ter, Exo­ti­ca ou De beaux len­de­mains.

En je­tant un coup d’oeil sur ces pro­duc­tions ci-nom­mées, vous se­rez peut-être in­tri­gué. Si tel est le cas, le film Ado­ra­tion vous pro­cu­re­ra la sti­mu­la­tion que vous cher­chez. Par contre, si la men­tion même du réa­li­sa­teur Egoyan vous étouffe, vous fait bon­dir ou vous rend mal à l’aise, alors dans ce cas, Ado­ra­tion n’est pas pour vous.

Dans ce drame, le pro­ta­go­niste se nomme Si­mon (le cha­ris­ma­tique De­von Bos­tick). C’est un jeune Canadien d’ori­gine chré­tienne-mu­sul­mane. Ses deux pa­rents sont morts dans un ac­ci­dent de voi­ture dans des cir­cons­tances mys­té­rieuses.

C’est son oncle qui l’élève (Scott Speed­man), un homme de goûts simples et de simple in­tel­lect. Ra­ciste ? Il l’est peut-être. Son père, donc, le grand-père de Si­mon (Ken­neth Welsh) l’est in­dé­nia­ble­ment. Le grand-père soup­çonne que la mort de la mère de Si­mon est cri­mi­nelle en rai­son des ori­gines mu­sul­manes du père de Si­mon.

Confus ? Vous n’avez rien vu avant de ren­con­trer l’en­sei­gnante de fran­çais de Si­mon (Ar­si­nee Khan­jian, muse d’Egoyan). Comme à cô­té, celle-ci en­seigne le théâtre. Elle s’in­té­resse sin­gu­liè­re­ment à Si­mon et l’en­cou­rage à in­ven­ter une his- toire fan­tas­ma­go­rique qu’il in­tègre à une pièce de théâtre à l’école.

EX­PLO­SION DE DÉ­BATS

Cette anec­dote est au coeur du film. Si­mon ra­conte en classe comment son père, un ter­ro­riste mu­sul­man, a vou­lu po­ser un geste po­li­tique en tuant sa mère. Ses col­lègues de classe le croient au mot. L’en­sei­gnante en ra­joute en ai­dant Si­mon à mon­ter cette his­toire sur scène. En­tre­temps, un groupe in­ter­net s’em­pare de cette his­toire qu’elle prend pour la Bible. Les échanges entre in­ter­nautes donnent lieu à une ex­plo­sion de dé­bats sur des thèmes aus­si va­riés que des dé­cla­ra­tions néo­na­zies et la pro­pa­gande pro-ter­ro­risme.

Fi­dèle à lui-même, Egoyan joue avec des sauts dans le temps, pas­sant d’une pé­riode à une autre, des ré­vé­la­tions par­tielles et de­mie-vé­ri­tés créées par la tech­no­lo­gie, des mo­tifs ca­chés et des as­pects contra­dic­toires au su­jet des per­son­nages. Tout comme ses autres films, Ado­ra­tion est un casse-tête que le ci­né­phile doit as­sem­bler avec une pa­tience à toute épreuve.

En même temps, il y a de nom­breux mo­ments sub­tils. Egoyan est un maître de belles scènes inon­dées de mé­lan­co­lie. Ces re­tours en ar­rière sont des sou­ve­nirs ro­man­cés.

Bien qu’exi­geant pour le ci­né­phile, il ne fau­drait pas sur­ana­ly­ser Ado­ra­tion dans une cri­tique. Ce film contient trop de sub­ti­li­tés pour y rendre jus­tice en quelques mots. Mieux vaut se lais­ser trans­por­ter par ses sen­ti­ments au fur et à me­sure puis s’en­ga­ger sur le plan in­tel­lec­tuel. C’est le propre des films Egoyan.

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