Spectacles de pure beau­té

La beau­té de vivre dans une grande ville in­té­res­sante comme Mon­tréal, c’est qu’il s’y passe tout plein de trucs im­por­tants, qui ont une ré­son­nance in­ter­na­tio­nale cer­taine, mais passent qua­si­ment in­aper­çus aux yeux du grand pu­blic lo­cal. Le Fes­ti­val Trans-

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noît Au­bin

Si vous ne sa­vez pas dé­jà que Bru­no Bel­tao est un dan­seur bré­si­lien qui exerce à la li­mite du hip-hop et de la gym­nas­tique ex­trême, par exemple, ou que Kör­per ( Les corps) est une cho­ré­gra­phie de l’Al­le­mande Sa­cha Waltz, ou en­core que le truc des co­mé­diens du théâtre Re­pla­ce­ment de Vancouver est de se glis­ser la tête dans des dé­cors grands comme le four­neau de votre cui­si­nière, ce n’est pas vrai­ment grave.

Ce­la veut seule­ment dire que vous ne faites pas par­tie des ini­tiés à ces dé­marches ar­tis­tiques avan­cées, qui ex­plorent les li­mites et les confins du théâtre, de la danse, et du lan­gage comme ou­til de com­mu­ni­ca­tion.

Pas grave. On n’en meurt pas. Ce­pen­dant, un non-ini­tié non aver­ti qui se­rait pro­je­té au centre d’une per­for­mance de Kör­per, de Sin­gu­lar Sen­sa­tion de l’Is­raé­lienne Yas­meen God­der, ou de L’or­gie de la to­lé­rance du Belge Jan Fabre pour­rait bien su­bir un choc in­tel­lec­tuel et sen­so­riel mar­qué.

Cette per­sonne pour­rait conclure que ces spectacles sont consti­tués prin­pa­le­ment de gens à de­mi-nus qui crient, grognent, et se lancent ou se bous­culent dans toutes les di­rec­tions, au son d’une mu­sique qui écorche les oreilles et étour­dit l’es­prit.

Ce se­rait une conclu­sion hâ­tive et er­ro­née, of course. C’est que l’avant-garde, un peu comme la cui­sine co­réenne, ou la mu­sique qu’écoutent les ados, il faut l’ap­prendre, et s’y ap­pri­voi­ser, pour en ve­nir à mieux l’ap­pré­cier.

Il y a dans ces spectacles des mo­ments de grande ma­gie, de pure beau­té. Une saine ré­bel­lion contre les codes éta­blis, le confor­misme et le confort. Une vo­lon­té de pous­ser les li­mites, du corps hu­main, des for­mules clas­siques, ou de l’en­ten­de­ment des spec­ta­teurs.

CRI­TIQUE ET RÉ­FLEXION

Comme l’ex­plique la di­rec­trice du fes­ti­val, Marie-Hé­lène Fal­con, le FTA est un « lieu de prise de pa­role, il ali­mente la cri­tique et la ré­flexion ».

Il est im­por­tant de com­prendre où, exac­te­ment, se si­tuent les ar­tistes qué­bé­cois qui s’illus­trent au FTA. Ils sont nom­breux, et plu­sieurs sont bien connus in­ter­na­tio­na­le­ment, dans les mi­lieux d’ini­tiés, bien sûr.

Les Denis Mar­leau, les Syl­vain Émard, Be­noit La­chambre et autres Fré­dé­rick Gra­vel ont tous à peu près émer­gé d’un même un­der­ground ex­pé­ri­men­tal, un in­cu­ba­teur où ils ont gran­di loin des yeux du pu­blic.

Main­te­nant connus et re­con­nus, ils ap­par­tiennent à cette drôle de forme d’es­ta­blish­ment (l’avant-garde of­fi­cielle), une niche in­ter­na­tio­nale très riche et fer­tile, qui se dé­ploie juste en de­çà de la cé­lé­bri­té et de la po­pu­la­ri­té au­près du grand pu­blic.

Dans les mots de Mme Fal­con ces ar­tistes « sont des éclai­reurs, des dé­fri­cheurs de sens. Par le par­tage de leur vi­sion et de leur in­ter­pré­ta­tion du monde, ils nous ex­tirpent de notre quo­ti­dien... »

On le voit, c’est dif­fi­cile d’user de mots simples ou de for­mules claires pour par­ler de l’avant-garde.

Le plus simple se­rait en­core de vi­si­ter le site du fes­ti­val (www.fta.qc.ca). À la page d’ac­cueil, il y a une image de cha­cun des 24 spectacles au pro­gramme. En cli­quant sur l’image, vous ar­ri­ve­rez à un ex­trait vi­déo du spec­tacle.

Là, vous ver­rez un peu mieux ce que « nous ex­tir­per de notre quo­ti­dien » veut dire.

Kör­per, de l’Al­le­mande Sa­cha Waltz.

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