Par­rii rréus­sii­pourr ll’’ écol­lo­giie

Gé­né­ra­le­ment, les éco­los m’énervent. Me donnent en­vie de me je­ter au bout du quai tel­le­ment tout va mal. Ou l’en­vie de les dé­non­cer quand eux se pro­mènent en jet-boats pour fil­mer la na­ture sauvage...

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES - Be­noit Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

Je ne suis plus ca­pable de voir des ac­ti­vistes en hé­li­co­ptères sur les glaces, plus ca­pable d’en­tendre par­ler des ours po­laires qui vont se noyer dans la ban­quise qui fond, plus ca­pable d’avoir l’im­pres­sion d’être un pa­ria quand je lave mon char. Et c’est jus­te­ment parce qu’il a su évi­ter ces prin­ci­paux écueils d’éco­los que j’ai bien ai­mé lire Le Qué­bec au fil de l’eau. Les textes de Marie-Jo­sée Au­clair ne tombent pas dans le prê­chi-prê­cha mi­san­thrope. Éco­lo­giste de pro­fes­sion, elle a choi­si de lais­ser le ly­risme au pho­to­graphe. Et les pho­to­gra­phies de la na­ture qué­bé­coise prises par Mathieu Du­puis sont brillantes, d’une lu­mi­no­si­té, et d’une fi­nesse tout à fait re­mar­quables. Dans une prose vive et me­su­rée, elle nous amène à mieux com- prendre cette sub­stance ab­so­lu­ment ex­tra­or­di­naire, com­po­sée de deux atomes d’hy­dro­gène pour un d’oxy­gène. Elle n’avait pas à for­cer la note; la phy­sique et la chi­mie de l’eau sont poé­tiques en el­les­mêmes; l’eau qui voyage dans les airs et tombe du ciel peut ge­ler, s’éva­po­rer, jaillir, dor­mir, di­luer des élé­ments, en char­rier d’autres, as­su­rer le cli­mat, nous faire rêver, nous noyer. C’est parce qu’il y a de l’eau qu’il y a de la vie sur terre.

EF­FI­CACE

C’est donc un su­jet de livre am­bi­tieux, qu’elle ex­plore avec mé­thode : eaux cou­rantes, eaux dor­mantes, eaux sous-ter­raines, eaux sa­lées, eaux har­na­chées, do­mes­ti­quées, eaux gas­pillées, eaux souillées par les usages que nous en fai­sons. Parce qu’il laisse aux photos la place qu’elles mé­ritent, le texte se fait dis­cret, ra­mas­sé, donc, ef­fi­cace et fa­cile à lire. On y trouve toutes sortes de don­nées in­té­res­santes. Par exemple, qu’à peine un pour cent de l’eau que nous uti­li­sons quo­ti­dien­ne­ment à la mai­son se re­trouve dans nos verres et nos as­siettes.

Qu’il faut 1400 litres d’eau pour pro­duire un ki­lo de maïs; 40 000 litres d’eau pour fa­bri­quer une au­to; et 100 000 litres pour pro­duire un ki­lo de viande de boeuf. Qu’aux États-Unis on consomme 500 litres d’eau par per­sonne par jour (400 au Qué­bec) contre 150 en France et 25 en Inde.

Et, pe­tit clin d’oeil éco­lo ici : ce livre est le pre­mier al­bum de photos im­pri­mé sur du pa­pier fait en­tiè­re­ment de ma­tières re­cy­clées. Ce nou­veau pro­duit, dé­ve­lop­pé par les papiers Cas­cade est plus doux à l’oeil que le pa­pier gla­cé, et donne un bel ef­fet. Le Qué­bec au fil de l’eau; Mathieu Du­puis (photos) Ma­rieJo­sé Au­clair (texte). Édi­tions de l’Homme, 240 pages, 49,95 $

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