Même si on le sait condam­né à l’ex­cel­lence, l’hu­mo­riste Mar­tin Matte en no­mi­na­tion cette an­née pour l’Oli­vier de l’an­née, avoue être to­ta­le­ment « dé­pas­sé » par son suc­cès ac­tuel.

350 000 billets ven­dus, 295 re­pré­sen­ta­tions, 80 000 billets par­tis en quelques heures à Qué­bec. Du ja­mais vu. Pas surprenant qu’on l’ait cour­ti­sé pour ani­mer le Bye Bye, offre qu’il a dû re­fu­ser. « Pour­tant c’était le temps, car la barre est basse » lance

Le Journal de Montreal - Weekend - - LA UNE - Mi­chelle Cou­dé-Lord

Il donne prio­ri­té à cette vic­to­rieuse tour­née ins­crite au ca­len­drier jus­qu’en 2010. Tou­te­fois dans quelques mois il fe­ra d’im­por­tants choix de car­rière, car les pro­jets s’ac­cu­mulent.

Entre l’ani­ma­tion d’un talk-show à la David Let­ter­man ou un dé­mé­na­ge­ment en France pour quelques mois, il hé­site.

« La France me tente, des pro­duc­teurs nous ont ap­pro­chés. C’est sé­rieux. Rien n’est dé­ci­dé mais ce ne se­rait pas surprenant que je mette le cap sur la France pour en­fin tes­ter ce nou­veau mar­ché. Je m’y ins­tal­le­rai avec ma femme et mes deux en­fants de 6 et 5 ans. La dé­ci­sion est im­por­tante car elle im­plique ma fa­mille », confie l’hu­mo­riste en en­tre­vue au Jour­nal de Mon­tréal.

MES­SAGE À HUARD

À 39 ans, après 15 ans de mé­tier, ja­mais Mar­tin Matte ne pen­sait tou­cher à un tel suc­cès.

« C’est hal­lu­ci­nant et an­gois­sant en même temps. Les gens achètent leurs billets dix mois à l’avance, m’en­voient des cour­riels pour me dire qu’ils ont hâte au show. C’est presque dé­me­su­ré, mais Dieu que je sa­voure chaque ins­tant car il y a tel­le­ment de tra­vail. Je ne crois pas vrai­ment à la chance », af­firme l’hu­mo­riste.

Il a d’ailleurs un pe­tit mes­sage pour Pa­trick Huard, son mo­dèle. En­fin… son an­cienne idole.

« À mes dé­buts, il y a quinze ans, il était big. C’était l’hu­mo­riste à at­teindre. Or, là je l’ai vrai­ment dé­pas­sé. Au fait, je suis tel­le­ment loin, pra­ti­que­ment in­at­tei­gnable mais je lui dis de ne pas lâ­cher. Un jour peut-être il ar­ri­ve­ra à me voir sur sa route. Mais je pense que c’est le tra­vail d’une vie pour lui. »

FAIRE RIRE, ÉMOU­VOIR

Gé­rer un tel suc­cès est ef­fec­ti­ve­ment un tra­vail en soi. Mar­tin Matte l’ac­cepte avec une belle sa­gesse et un très grand res­pect en­vers ce pu­blic qui l’ac­clame.

« Ça an­goisse un peu. Tu dois don­ner plus que ton maxi­mum, car l’at­tente est tel­le­ment énorme. À ville de La Baie la se­maine der­nière, ils étaient 2300 à at­tendre que j’ar­rive sur scène. Je re­gar­dais par le ri­deau dans les cou­lisses et je sen­tais à la fois l’ex­ci­ta­tion mais aus­si une belle res­pon­sa­bi­li­té de les faire rire mais aus­si de les émou­voir, car j’aime aus­si leur faire vivre plu­sieurs émo­tions. C’est la vie quoi. »

LE CI­TOYEN EN­GA­GÉ

Sur scène, Mar­tin Matte part de la mort de son père, de l’ac­ci­dent de son frère ac­ci­den­té à la tête. Ce­lui-ci n’a plus de mé­moire im­mé­diate et vit main­te­nant dans la mai­son que Mar­tin Matte a fait construire. Ils sont onze per­sonnes han­di­ca­pées à pro­fi­ter de la gé­né­ro­si­té de l’hu­mo­riste. Et il veut que de telles mai­sons de ré­pit et d’ac­cueil pour des per­sonnes han­di­ca­pées poussent un peu par­tout au Qué­bec.

« Quand j’ai ou­vert la mai­son, c’était la réa­li­sa­tion d’un grand rêve et la fin de plu­sieurs an­nées de souf­frances vé­cues par mes pa­rents. C’est l’un des plus beaux jours de ma vie », confie Mar­tin Matte, l’homme, le ci­toyen en­ga­gé.

SA­VOU­RER LE SUC­CÈS

Tout à coup, son suc­cès se trans­forme sous ses yeux en un geste du coeur. Il aime ce­la.

Il pense dé­jà à l’après-tour­née. Que faire après une telle vic­toire?

« Ça met de la pres­sion sur l’après, c’est cer­tain. Mais j’ai confiance. Je crois que le suc­cès en­gendre le suc­cès à la condi­tion que le tra­vail soit tou­jours pré­sent. Le dé­fi se­ra en­core plus grand. »

Il ne croit pas qu’il fait des ja­loux chez ses col­lègues de l’humour.

« La réus­site de l’autre ça en­cou­rage… au fait, ils le savent bien que je suis juste un pe­tit meilleur qu’eux… » conclut, avec son sou­rire vic­to­rieux, l’unique M. Big de l’humour du Qué­bec.

PHOTO JO­CE­LYN

MA­LETTE GRAPHISME BE­NOIT DUS­SAULT

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