Comment se porte l’humour au Qué­bec ?

Le Journal de Montreal - Weekend - - LA UNE -

Le pire mo­ment sur scène ?

Dans mon cas il se porte plu­tôt bien… et je crois que c’est le cas pour le reste de l’humour au Qué­bec. Rire ré­pond à un be­soin. L’humour li­bère et met les choses en pers­pec­tive et c’est là à mon avis un signe de san­té que de re­la­ti­vi­ser la réa­li­té qui nous en­toure. Alors Rions!

Pour­quoi est-ce si dif­fi­cile de faire rire ?

Parce que l’humour touche à l’ombre chez l’hu­main. Ce qui est très drôle est sou­vent, en se­conde lec­ture, très dra­ma­tique. L’oeuvre de Char­lie Cha­plin n’est que drame: un an­ti-hé­ros, mésa­dap­té, vic­time. Il touche et pointe ces par­ties que l’on a tous en soi. Je crois que pour faire rire il faut ac­cep­ter de des­cendre dans ces zones-là en de­dans de soi et de re­mon­ter en l’ayant trans­for­mé d’un seul de­gré pour faire rire.

Comment les hu­mo­ristes sont-ils per­çus par les pairs de l’in­dus­trie cultu­relle au Qué­bec ?

Je ne penche pas sur ce genre de ques­tions. Je suis plu­tôt d’avis qu’il faut faire ce que l’on a à faire. Je crois que pen­ser à ce que les autres pensent de soi, c’est mettre le fo­cus au mau­vais en­droit. La fa­çon dont on est per­çu ne nous ap­par­tient pas.

Quel le nu­mé­ro qui vous a exi­gé le plus de tra­vail ?

Le nu­mé­ro de l’épi­ce­rie. C’est un nu­mé­ro qui a mi­jo­té très long­temps dans ma tête sans en connaître la na­ture. Des p’tits bouts de pa­pier ac­cu­mu­lés au fil des mois et tout d’un coup la lu­mière a al­lu­mé. Le dé­fi était d’oser al­ler à fond dans la fo­lie. De nom­mer ces ru­mi­na­tions in­ternes et les in­car­ner le plus pos­sible de fa­çon vraie. Ce fut un nu­mé­ro dif­fi­cile à écrire et qui reste exi­geant à jouer. Avant même le ro­dage, j’avais ca­sé un nu­mé­ro dans un bar. Au­cun rire, rien. Un ex­tra-ter­restre en avant. Pre­mière ré­ac­tion… dé­cou­ra­ge­ment. Deuxième ré­ac­tion... je me suis dit « ok, les gens m’ont trou­vé étrange… bien je vais al­ler en­core plus loin dans cette di­rec­tion-là. »

Si vous n’étiez pas hu­mo­riste vous se­riez…

Un gar­dien de mou­ton? Du moins ce se­rait un sou­hait. J’en­vie par­fois les mé­tiers tran­quilles. Éle­veur de chien chez Mi­ra par exemple. Com­plè­te­ment un autre mood, moins de stress.

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