L’en­vo­lée de Pixar

Ils ont dé­jà fait des jouets, des monstres et un rat cui­si­nier. Ils ont par­cou­ru l’océan à la re­cherche d’un pois­son-clown, creu­sé des tun­nels avec une four­mi ex­cen­trique et ex­plo­ré l’es­pace avec un ro­bot aux grands yeux. Pixar n’avait donc pas le choix d

Le Journal de Montreal - Weekend - - STARS - Lind­sey Ward Sun Me­dia

C’est dans les airs que se dé­rou­le­ra le dixième film du cé­lè­bres­tu­dio d’ani­ma­tion ga­gnant de plu­sieurs Os­cars, le tout pre­mier à être pré­sen­té en 3D. Ce­la dit, les ob­jets vo­lants en ques­tion ne peuvent pas vrai­ment être qua­li­fiés de su­per­hé­ros. C’est un oi­seau ! C’est un avion ! Non ! C’est… c’est… un vieillard et un gar­çon do­du dans une mai­son at­ta­chée à des mil­liers de bal­lons.

Mais où peuvent-ils bien trou­ver des idées pa­reilles ? « Un jour, (le réa­li­sa­teur) Pete (Doc­ter) a des­si­né une image d’un vieil homme en­tou­ré de bal­lons. Il n’avait vrai­ment pas l’air de vou­loir les don­ner. L’homme le plus grin­cheux en train de vendre ces bal­lons, ex­plique le co-réa­li­sa­teur de Up, Bob Pe­ter­son. Pete et moi avons tout sim­ple­ment com­men­cé à écrire une his­toire à par­tir de cette image. »

Le vieil homme avec les bal­lons est de­ve­nu le pro­ta­go­niste, Carl Fre­de­rick­son (âgé de 78 ans et dont la voix ori­gi­nale se­ra as­su­rée par Ed As­ner), un veuf bour­ru qui s’en­vole en di­rec­tion du Ve­ne­zue­la avec sa mai­son avant qu’elle ne soit dé­mo­lie pour faire place à un centre com­mer­cial. Ce qu’il ne sa­vait pas, c’est qu’un jeune ex­plo­ra­teur éner­vant du nom de Rus­sell (Jor­dan Na­gai) était sur son per­ron au mo­ment du dé­col­lage. Les deux « com­parses » se­ront donc for­cés de sur­vo­ler la jungle sud-amé­ri­caine en­semble avec leurs nou­veaux amis Ke­vin (un oi­seau tropical rare) et Dug (un ado­rable chien mu­ni d’un col­lier qui parle pour lui).

Bref, ils forment un groupe as­sez hé­té­ro- clite, et avec un hé­ros sep­tua­gé­naire, on se de­mande bien comment ce film en images de syn­thèse va par­ve­nir à at­ti­rer les en­fants qui forcent en­core leurs pa­rents à écou­ter WALL-E sept jours sur sept.

« La dé­ci­sion (d’avoir un vieil homme) ne nous a ja­mais sem­blé ris­quée ou mau­vaise; nous trou­vons que c’est une idée unique qui re­joint un grand pu­blic, com­plè­te­ment dif­fé­rente de tout ce que nous avons dé­jà fait, af­firme Doc­ter qui a éga­le­ment réa­li­sé Monstres, Inc. Peut-être que c’est une er­reur, mais nous ne pen­sons ja­mais à nos films en termes de mar­ke­ting ou de suc­cès com­mer­cial. Nous pré­fé­rons nous concen­trer sur l’his­toire. Est-ce que j’ai en­vie d’ap­prendre ce qui va se pas­ser ? Est-ce qu’elle m’in­té­resse ? »

VOIX IN­CON­NUES

L’im­por­tance du scé­na­rio pré­vaut aus­si sur celle des voix cé­lèbres dans Up. Pixar a dé­jà uti­li­sé des voix de stars au­pa­ra­vant, comme Tom Hanks ( His­toire de jouets) et Owen Wil­son ( Les Ba­gnoles), mais ça ne se­ra pas le cas dans Up. As­ner était leur pre­mier choix pour in­car­ner Carl et le jeune Na­gai, âgé de neuf ans, a été choi­si à la place de son frère qui au­di­tion­nait pour le rôle de Rus­sell. Quant à la voix d’El­lie, elle se­ra as­su­rée par la fille de Doc­ter, Eli­za­beth.

« J’aime l’idée que les gens puissent ap­pré­cier ce film sans avoir à se de­man­der à qui ap­par­tient telle ou telle voix. J’ai re­gar­dé plu­sieurs films avec ma femme qui passe son temps à se creu­ser les mé­ninges à ce su­jet. À mon avis, elle de­vrait juste écou­ter le film sans s’in­quié­ter avec ça », af­firme Doc­ter.

De toute fa­çon, ce n’est pas comme si Pixar était en mau­vaise pos­ture. De­puis sa for­ma­tion en 1986 comme com­pa­gnie d’in­fo­gra­phie à Eme­ry­ville en Ca­li­for­nie (qui pro­dui­sait entre autres des an­nonces de gomme à mâ­cher), Pixar a dé­sor­mais neuf mé­ga-suc­cès à son ac­tif (dont un qui leur a per­mis d’en­gran­ger des pro­fits de 362 mil­lions $) ain­si que 22 Os­cars, en plus d’être en­cen­sé par la cri­tique.

Pas mau­vais pour un ré­per­toire in­cluant des per­son­nages aus­si mé­mo­rables qu’un cow-boy jouet dé­pas­sé, un pois­son avec une na­geoire en moins et un ro­bot net­toyeur avec une co­que­relle comme meilleur ami.

« À mon avis, le fait que nous soyons sous la di­rec­tion d’un ar­tiste, John (Las­se­ter) nous per­met d’ex­pé­ri­men­ter un peu », af­firme Doc­ter en dé­cri­vant les liens in­times qui

existent entre les membres de l’équipe ar­tis­tique de Pixar.

Même si ses pe­tits-en­fants le « tour­mentent » en fai­sant jouer His­toire de jouets à chaque fois qu’il leur rend vi­site, Ed As­ner (âgé de 79 ans) trouve que ses em­ployeurs sont « très doués ». « Ils com­prennent na­tu­rel­le­ment ce que les gens veulent et ça pa­raît dans leur art. Ils ont d’ex­cel­lentes idées et ils ont le ta­lent de les rendre sur pa­pier, et la sa­gesse de me choi­sir. »

As­ner les trouve ce­pen­dant très exi­geants. « Ils s’en pre­naient à moi, ils me bous­cu­laient pour que je craque sous la pres­sion, pour voir si je pou­vais mai­grir sous leurs yeux », a-t-il lan­cé à la blague lors d’une confé­rence de presse (ad­met­tant par la suite qu’il n’avait ja­mais tra­vaillé plus de cinq heures par jour pen­dant le tour­nage).

TOUR­NAGE EN 3D

En fait, c’est Doc­ter, Pe­ter­son et com­pa­gnie qui en avaient jus­qu’au cou avec des dé­fis de taille tels que la concep­tion d’une mâ­choire car­rée pour Carl (le so­sie de Spen­cer Tra­cy), un es­saim de 10 000 à 20 000 bal­lons flot­tant gra­cieu­se­ment dans le ciel tout en sou­te­nant la mai­son de Carl (en réa­li­té, il en fau­drait de 20 à 30 mil­lions) et bien sûr, le tout pre­mier tour­nage en 3D.

« Nous avions com­men­cé en 2D, comme d’ha­bi­tude, et c’est alors que John Las­se­ter est ve­nu nous voir et nous a dit “c’est le bon, avec le vol et la jungle et tout ça, c’est par­fait” », ex­plique Pe­ter­son.

Pixar prend quand même un cer­tain risque avec la nou­velle tech­no­lo­gie en 3D, mais à part pour quelques scènes dans les airs, no­tam­ment une ba­taille de di­ri­geables entre Carl et l’aven­tu­rier Charles F. Muntz (Christopher Plum­mer), ils ont adop­té une ap­proche plus sub­tile que celle des do­cu­men­taires étour­dis­sants sur IMAX.

« Nous ne vou­lions pas en faire trop non plus; il ne fal­lait pas que ça ait l’air d’une as­tuce pour at­ti­rer les gens, af­firme Pe­ter­son. Nous te­nions mor­di­cus à ce que Up soit re­gar­dable en 2D et en 3D et c’est pour­quoi nous n’avons pas mo­di­fié notre fa­çon de pro­cé­der. Nous avons mis l’em­phase sur le scé­na­rio et sur les per­son­nages, comme à notre ha­bi­tude. »

Pour­quoi ten­ter de ré­pa­rer ce qui a fonc­tion­né les neuf pre­mières fois ?

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