LE BEAU RISQUE

L’an der­nier, les pro­duc­teurs de théâtre d’été crai­gnaient que la fête du 400e de Qué­bec ne leur bouffe leur clien­tèle. Cet été, ils ont peur que la ré­ces­sion ne re­tienne les ama­teurs à la mai­son. Il n’y en a ja­mais de fa­cile, pour ces bu­si­ness­men de la c

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noît Au­bin

Ils sont pré­sen­te­ment en train de fi­gno­ler les ré­pé­ti­tions, d’im­pri­mer les af­fiches, et de mettre en branle les cam­pagnes de pro­mo­tion pour la sai­son qui s’amorce dès le dé­but de juin.

Avec plus d’une tren­taine de pièces à l’af­fiche un peu par­tout au Qué­bec cet été, les pro­duc­teurs ne peuvent que se croi­ser les doigts et es­pé­rer qu’à dé­faut de faire for­tune, ils pour­ront au moins faire leurs frais.

C’est que la ma­jo­ri­té des dé­ci­sions stra­té­giques qu’ont dû prendre ces en­tre­pre­neurs de la culture (choix des pièces, né­go­cia­tions des droits, des ca­chets, chasse aux co­mé­diens ve­dettes) re­montent dé­jà à l’été der­nier, avant que le ciel éco­no­mique ne nous tombe sous la tête.

« Dans l’in­dus­trie du spec­tacle, tout le monde est tou­jours en état de crise ap­pré­hen­dée, de toute fa­çon », dit Alain Mo­nast, se­cré­taire de l’As­so­cia­tion des pro­duc­teurs de théâtre pri­vé.

200 000 $

« Opé­rer un théâtre d’été est une en­tre­prise très ris­quée, dit-il. Je ne vois pas comment on pour­rait pro­duire un spec­tacle, même mo­deste, pour moins de 200 000 $. En se lan­çant dans cette aven­ture, un pro­duc­teur doit être prêt à perdre 70 000 $. si les choses ne tournent pas rond. »

Chaque été, il y a tou­jours deux ou trois spectacles qui se plantent, pour une rai­son ou une autre. « Mais de­puis quelques an­nées, le théâtre d’été connaît une cer­taine sta­bi­li­té, dit Alain Mo­nast. Les pro­duc­teurs sont des pro­fes­sion­nels qui savent gé­rer le risque et éva­luer le mar­ché. »

Si la ma­jo­ri­té d’entre eux re­viennent chaque sai­son, alors que l’offre se main­tient à une tren­taine de pièces par été, c’est donc qu’il y a de l’ar­gent à faire...

40 RE­PRÉ­SEN­TA­TIONS

De l’ar­gent, oui, cer­tai­ne­ment, mais pas le pac­tole : nous sommes au Qué­bec, et même pour une pièce po­pu­laire, l’été s’ar­rête en sep­tembre, et ne per­met pas plus qu’une qua­ran­taine de re­pré­sen­ta­tions par sai­son.

La meilleure fa­çon de ren­ta­bi­li­ser son in­ves­tis­se­ment se­rait de ré­pé­ter le même spec­tacle pour une deuxième sai­son, mais il y a là un autre risque : ce­lui de perdre les clients les plus fi­dèles.

Le théâtre d’été fait aus­si face à une forte concur­rence : les fes­ti­vals.

« Trente pièces de théâtre par été, c’est à peu près ce que le mar­ché est ca­pable de sou­te­nir », conclut Alain Mo­nast.

PHOTO LE JOUR­NAL

Une chance qu’on s’aime, Théâtre Mar­cel­lin-Cham­pa­gnat.

L’Amour en recyclage, Théâtre des Cas­cades.

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