UN CLAS­SIQUE RE­VI­SI­TÉ

Broad­way en a fait un suc­cès dans les an­nées 60. Hol­ly­wood en a fait une ex­tra­va­gance en tech­ni­co­lor qui a ré­col­té des Os­cars. De­puis, Un Violon sur le toit avait vieilli, de­ve­nant le sou­ve­nir d’un hit à pa­pa, pas­sé, dé­mo­dé, un peu rin­gard. De­nise Fi­lia­tr

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noit Au­bin Le Jour­nal de Mon­tréal

On ne construit plus de grosses églises de nos jours, on ne lance pas de nou­veaux jour­naux non plus, et, pour les mêmes rai­sons, on n’a plus les moyens de re­créer de vieux suc­cès de Broad­way dans un mar­ché comme Mon­tréal. Trop gros, trop cher. Voi­là pour les idées re­çues. Alors, il faut sa­luer l’au­dace de De­nise Fi­lia­trault, la di­rec­trice ar­tis­tique du Ri­deau Vert, qui a quand même te­nu à pro­duire Un Violon sur le toit, un coup de coeur, dit-elle.

Il faut aus­si sa­luer la créa­ti­vi­té de sa mise en scène. Au lieu de se lais­ser dé­rou­ter par l’en­ver­gure de la pro­duc­tion, elle l’a plu­tôt éla­guée, ré­duite et concen­trée sur les qua- li­tés es­sen­tielles qui ont fait son suc­cès à l’ori­gine : elle en fait res­sor­tir toute l’âme et le coeur; l’humour et les mé­lo­dies.

Le risque de pro­duire un suc­cé­da­né un peu chea­po d’une grande pro­duc­tion de Broad­way était très réel. Mais la Fi­lia­trault a fait tout le contraire : avec pa­nache, elle s’est ap­pro­prié ce block­bus­ter new-yor­kais, pour en faire une ver­sion ori­gi­nale, es­tam­pillée fiè­re­ment Mon­tréal 2009.

24 RÔLES

Pas de mu­si­ciens au Ri­deau Vert (trop cher), la mu­sique est en­re­gis­trée. Dix-huit co­mé­diens se par­tagent 24 rôles sur la scène exi­guë. Les dé­cors se ré­sument à quelques meubles et ac­ces­soires.

Les va­leurs vé­hi­cu­lées par cette his­toire un peu folk­lo­rique (une com­mu­nau­té juive tra­di­tion­nelle en Ukraine qui se trouve confron­tée aux « va­leurs mo­dernes » et à la vio­lence eth­no-po­li­tique il y a cent ans) touchent da­van­tage à l’uni­ver­sel, dé­pouillées comme elles le sont d’ar­ti­fice.

Cette pe­tite com­mu­nau­té qui s’iden­ti­fie par ses tra­di­tions de­vient fa­ci­le­ment qué­bé­coise, ti­bé­taine ou ta­moule. Et l’en­ne­mi est tou­jours le même : le jeune sol­dat ar­mé qui suit les ordres.

Le su­jet est dra­ma­tique, mais la re­pré­sen­ta­tion est lu­dique, drôle, tru­cu­lente, et sou­vent émou­vante. Dans le rôle prin­ci­pal du père de fa­mille dé­pas­sé par les évé­ne­ments, Mar­tin La­roque est co­los­sal, ins­pi­rant, drôle, et il chante juste.

Comme ville de théâtre, Mon­tréal est as­sez riche pour qu’on puisse y trou­ver des co­mé­diens qui savent chan­ter (Lin­da Sor­gi­ni, Lyn­da John­son) des chan­teurs qui savent jouer (Re­naud Pa­ra­dis, Syl­vain Scott) et un qua­tuor de dan­seurs russes ath­lé­tiques qui parlent le fran­çais en rr­rou­lant les r pour vrai...

Avec sa pe­tite salle et ses 400 et quelques places, le Ri­deau Vert ne pou­vait pas pro­duire ce spec­tacle seul, sans y lais­ser sa che­mise. Le Fes­ti­val Juste pour rire s’y est as­so­cié, et la de­mande fait que dé­jà les sup­plé­men­taires se mul­ti­plient, à la salle Pierre Mer­cure cet été.

En théâtre, Mon­tréal est vrai­ment une ville choyée. Un violon sur le toit, Ri­deau Vert, com­plet. Sup­plé­men­taires, Fes­ti­val Juste pour rire, salle Pierre Mer­cure, du 26 juin au 18 juillet

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