La Gas­pé­sie, un joyau du Qué­bec

Lorsque la pêche et la fo­rêt tiennent leurs pro­messes, la pé­nin­sule res­sem­blait presque à une terre pro­mise. Puis le train s’est char­gé de la désen­cla­ver. La « re­vanche des ber­ceaux » rem­plis­sait à ras bord les écoles, alors que les barques des pê­cheurs r

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

DES AN­NÉES PLUS TARD

Au dé­but des an­nées 1990, pas très loin de Per­cé, un jeune couple en­thou­siaste et sur­tout un peu idéa­liste a rê­vé de faire re­naître une vieille école en la mé­ta­mor­pho­sant en gîte du pas­sant. De­nise et moi nous nous y sommes arrêtés. Tous les jours, de la fe­nêtre de la chambre, on pou­vait en­tendre le train sif­fler pour si­gna­ler son ap­proche à quelques ran­don­neurs in­do­lents.

Un pe­tit bruant des prés, un peu plus pe­tit qu’un moi­neau, ma­quillé de sour­cils jau­nâtres et de rayures sur la tête, avait élu do­mi­cile à deux pas de la voie fer­rée et s’épou­mo­nait de joie. L’en­droit était par­fait, car les brous­sailles as­su­raient au couple de bruants nou­vel­le­ment ar­ri­vé du Sud la dis­cré­tion et la tran­quilli­té tant re­cher­chées par cette es­pèce. Les ob­ser­ver, les pho­to­gra­phier à dis­tance était un pur dé­lice.

LE TRAIN

Il y avait bien ce fou­tu train qui fai­sait un bou­can de tous les diables, mais son pas­sage était aus­si bref que bruyant. Comme bien des Gas­pé­siens, les oi­seaux nou­vel­le­ment ar­ri­vés s’y étaient pro­gres­si­ve­ment ha­bi­tués, d’au­tant qu’après le pas­sage du convoi le si­lence se fai­sait ras­su­rant. Après maintes re­cherches, le couple de bruants avait en­fin trou­vé l’en­droit rê­vé pour éle­ver une pe­tite fa­mille.

En fu­turs pa­rents conscien­cieux, ils s’étaient em­pres­sés de ré­ser­ver un pe­tit pro­mon­toire à l’abri des inon­da­tions. Se­lon la tra­di­tion, l’en­trée, fort éloi­gnée, condui­sait au nid par un tun­nel si com­pli­qué qu’il de­ve­nait pra­ti­que­ment im­pos­sible de re­pé­rer la mère et ses quatre pe­tits oeufs en te­nue de ca­mou­flage. Tous les jours, mes ap­pa­reils photo épiaient les al­lées et ve­nues du mâle char­gé de ra­vi­tailler les af­fa­més ou de rem­pla­cer la fe­melle du­rant ses pé­riodes

d’éva­sion. Le bon­heur, quoi!

UN TIN­TA­MARRE IN­HA­BI­TUEL

Puis un jour, au loin, un tin­ta­marre in­ha­bi­tuel at­ti­ra l’at­ten­tion de tous, mais sur­tout du pa­ter­nel char­gé d’as­su­rer la sé­cu­ri­té des lieux. Pa­ni­quée, la fe­melle sor­tit de sa ca­chette pour ve­nir aux nou­velles. Un cu­rieux ma­chin mon­té sur rails s’avan­çait en fau­chant toute la vé­gé­ta­tion sur une dis­tance d’au moins trois mètres de chaque cô­té de la voie. Le nid y pas­sa, de même que les pe­tits. Tout de­vint propre et net, les bruants et leurs chants mé­lo­dieux avaient dis­pa­ru. Une autre école, celle de la vie et de ses mul­tiples en­sei­gne­ments ve­nait de fer­mer en Gas­pé­sie…

PHOTOS JEAN LÉ­VEILLÉ

1. Le nid et les pe­tits y pas­sèrent. 2. Nous avons tout per­du. 3. Il faut tout re­com­men­cer.

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