Pre­nez les col­lines de Lis­bonne

LIS­BONNE | (Sun Me­dia) On ap­pelle Lis­bonne la Ville aux Sept Col­lines avec rai­son : quand on part en pro­me­nade, on est presque tou­jours en mon­tée ou en des­cente.

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

Les pentes peuvent être raides ou lé­gères, mais deux choses sont cer­taines: cha­cune offre des vues spec­ta­cu­laires et est pleine de vie vi­brante. Peut-être qu’une ma­ni­fes­ta­tion se dé­roule, peut-être un ma­riage dans une vieille église de pierre, peut-être la pe­tite foule d’un ca­fé se dé­verse-telle dans la ruelle. C’est ce qui fait de Lis­bonne une ville vi­vante, sen­suelle même, qui semble nous em­bras­ser dans l’heure de notre ar­ri­vée.

Il y a un autre as­pect moins connu de Lis­bonne: son pas­sé se per­pé­tue tou­jours dans son pré­sent. Même des évé­ne­ments ter­ribles — comme le 1er no­vembre 1755, 30000 ré­si­dants ou plus pé­rirent dans ce qu’on ap­pelle le Grand Trem­ble­ment de terre — sont en­core là.

« Les Por­tu­gais en parlent constam- ment comme si ça ve­nait d’ar­ri­ver, dit l’écri­vain Ma­rion Ka­plan qui vit à Lis­bonne de­puis de nom­breuses an­nées. Ils en parlent comme d’une ex­pé­rience per­son­nelle. C’en est une, par cer­tains cô­tés. »

C’est la vie de Lis­bonne. C’est la « sau­dade », le dé­sir ar­dent du pas­sé qui n’est ja­mais vé­ri­ta­ble­ment pas­sé. Comme vous vous pro­me­nez dans ses pas­sages le soir, cette lan­gueur nos­tal­gique est évi­dente dans les chan­sons mé­lan­co­liques du fa­do qui émanent de pe­tites ta­vernes.

Cette fois à Lis­bonne, mon épouse et moi — ac­com­pa­gnés par notre fils, sa femme et notre pe­tit-fils — avons choi­si l’hô­tel Ti­vo­li sur la pro­me­nade prin­ci­pale, Ave­ni­da da Li­ber­dade. L’ave­nue est large de 100 m, bor­dée de hauts pal­miers et s’en­gouffre au nord pen­dant 1,5 km, en des en­droits res­sem­blant aux grands bou­le­vards de Londres ou de Paris.

L’hô­tel Ti­vo­li, ou­vert en 1933, est le rêve d’un jeune homme d’af­faires et son ami avo­cat. C’est un éta­blis­se­ment un peu for­mel avec un hall brillant et un per­son­nel cour­tois.

L’em­pla­ce­ment est idéal pour ceux qui, comme nous pré­fèrent être près de ce que nous vou­lons voir. C’est fa­cile d’ex­plo­rer à pied à l’aide des trois fu­ni­cu­laires — ou « ele­va­dores » — qui vous em­mènent sur les pentes. Les prin­ci­paux vieux quar­tiers dont les noms font par­tie du vo­ca­bu­laire de la ville — Bair­ro Al­ta, la Baixia et le plus his­to­rique, l’Al­fa­ma — sont par­faits pour la marche.

L’AL­FA­MA

Il est pro­ba­ble­ment vrai que de tous les quar­tiers de Lis­bonne, l’Al­fa­ma est le plus du­rable. Il n’a pas été dé­truit pas le Grand Trem­ble­ment de terre et il a cer­tains des plus vieux bâ­ti­ments de la ville. Ça vaut le coup de pas­ser une par­tie d’une jour­née à er­rer dans ses rues (ap­pe­lées « be­cos ») qui sont les plus étroites que vous ayez ja­mais em­prun­tées — par­fois large de seule­ment deux mètres. Au­cune carte n’est utile — c’est un dé­dale par-des­sus un dé­dale.

Vous ver­rez de pe­tits ar­té­facts du très vieux Lis­bonne, quand l’Al­fa­ma était le plus sty­lé de tous les quar­tiers, et des signes de l’opu­lence pas­sée dans les pe­tits « azu­le­jos » (car­reaux ver­nis) bleus et blancs créés par les Maures arabes ou ceux qui sont ar­ri­vés en­suite. Quand les Maures sont par­tis, Al­fa­ma est de­ve­nu un quar­tier de tra­vailleurs, sou­vent des pê­cheurs et des do­ckers.

Mar­chez sur les terres de l’an­cien châ­teau Saint-Georges, au som­met de la plus haute col­line de Lis­bonne. Une pro­me­nade à tra­vers les oran­ge­ries et les phel­lo­den­drons du do­maine du châ­teau est agréable.

Pre­nez le temps de vous ar­rê­ter au Site his­to­rique d’Al­fa­ma, le plus vieux bâ­ti­ment de Lis­bonne, éri­gé au XIIe siècle. En dé­pit de son ex­té­rieur sombre, ça vaut la peine d’en­trer pour voir les tré­sors his­to­riques, dont les fonts bap­tis­maux où, peu après leur créa­tion il y a si long­temps, le vé­né­ré Antoine de Pa­doue, le saint pa­tron du Por­tu­gal, a été bap­ti­sé.

Et re­tour­nez prendre la vue par-des­sus mur du châ­teau. La vue en bas d’Al­fa­ma est presque au-de­là du spec­ta­cu­laire.

UN TRÉ­SOR D’OR PUR

Au dé­but de 1955, Ca­louste Gul­ben­kian re­pose sur son lit de mort à Lis­bonne. Né en Tur­quie de pa­rents ar­mé­niens et ré­sident por­tu­gais de­puis 1942, M. pas­sait pour l’homme le plus riche du monde à l’époque, sur­tout grâce à des in­ves­tis­se­ments dans le pé­trole.

Mais il était aus­si connu comme peut-être le prin­ci­pal col­lec­tion­neur d’art au monde. Jeune homme, il a com­men­cé sa col­lec­tion et on lui at­tri­bue cette phrase sur ses cri­tères de col­lec­tion­neur: « Rien d’autre que le meilleur n’est sa­tis­fai­sant ».

Les ac­qui­si­tions de M. Gul­ben­kian ré­vèlent un homme au goût su­perbe ain­si que de grands ca­deaux de né­go­cia­tion. En son temps, il a été pro­prié­taire de 5000 pièces dans tout type d’art, toute pé­riode et toute culture. Se­lon son tes­ta­ment, une fon­da­tion de cha­ri­té a été éta­blie, ce qui a ren­du son tré­sor ac­ces­sible au pu­blic.

Comme on l’a dit de lui: « Pour le Por­tu­gal, il était un tré­sor d’or pur ».

Au­cune vi­site à Lis­bonne ne fait de sens sans un pas­sage au mu­sée Gul­ben­kian abri­té dans un bâ­ti­ment peu éle­vé, à l’ombre d’un pay­sage sem­blable à un parc sur l’Ave­nue de Ber­na et en­core ac­ces­sible à pied de­puis notre hô­tel. Vous pour­riez pas­ser des jours ici, à voir tant d’ob­jets pré­cieux de toutes sortes et de tous âges. J’ai rem­pli plu­sieurs pages de mon ca­hier de rap­pels comme ceux-ci: su­perbe sta­tue fu­né­raire pré­his­to­rique, un ta­bleau du XVIe siècle re­pré­sen­tant une che­mi­née mau­resque, d’in­croyables pièces grecques gra­vées à l’eau-forte et des chefs-d’oeuvre eu­ro­péens de Mo­net, Rem­brandt, Ru­bens, Van Dyck et d’autres. Ce n’était pas notre pre­mière vi­site au Gul­ben­kian et j’es­père vrai­ment que ce n’est pas notre der­nière.

Vi­brante de vie, Lis­bonne est ain­si une ville de ca­fés. La plu­part de­meurent des lieux fa­mi­liaux sans pré­ten­tion dans d’étroites ruelles, où mère, père et sou­vent fils et filles s’oc­cupent de la cui­sine et de la table de­puis des an­nées, ce qui nous convient bien.

Je suis en­tré dans l’un d’eux — le res­tau­rant « O For­nin­ho Sa­loio » — plu­sieurs fois avec Bar­ba­ra, nos fils, belle-fille et pe­tit-fils. Le ca­fé était le long d’une ruelle étroite — Tra­ves­sa Das Par­rei­ras — et il avait des pan­neaux d’« azu­le­jos » aux murs, une dou­zaine de tables et des clients qui étaient de toute évi­dence des ha­bi­tués. L’un d’eux nous a dit que c’était une bou­lan­ge­rie il y a long­temps, jus­qu’à ce qu’une fa­mille l’achète il y a en­vi­ron 20 ans.

PLAI­SIRS DU VENTRE

Par­fois nous avons eu de la mo­rue — un clas­sique que les Por­tu­gais ap­pellent « ba­ca­lau » en as­su­rant qu’ils savent le cui­si­ner de 365 ma­nières —et quelques fois j’ai pris un « shish ke­bab » goû­teux. Nous avons tou­jours pris une bou­teille de vin, choi­sis­sant vo­lon­tiers le vin mai­son, qui au Por­tu­gal est tou­jours plai­sant et doux, d’ha­bi­tude d’Alen­te­jo, la meilleure ré­gion vi­ti­cole du pays.

Un jour, à notre der­nière pro­me­nade, nous avons trou­vé un res­tau­rant à la dé­co­ra­tion si frap­pante que nous y sommes re­ve­nus pour le dî­ner. C’était le « Trin­dade », un ca­fé sur le site d’un mo­nas­tère bâ­ti il y a huit siècles. (Dans les an­nées 1830, il est de­ve­nu une bras­se­rie.) Ses pièces sont larges et cha­leu­reuses de par leurs cou­leurs, et ses pan­neaux mu­raux, des oeuvres d’art, té­moignent d’une pro­fonde his­toire.

« Dans ces pièces, dit le re­gistre of­fi­ciel, nous pou­vons sû­re­ment dire qu’il n’y a pas eu un seul jour sans vi­si­teur au cours des sept der­niers siècles… »

Na­tu­rel­le­ment, dans une at­mo­sphère pleine de tels échos du pas­sé por­tu­gais, on vous rap­pel­le­ra plus d’une fois que la pro­fon­deur de l’his­toire fait en fait par­tie du pré­sent de Lis­bonne.

1.. À chaque nou­veau coin de rue se trouve un point de vue à cou­per le souffle. 2. Les fu­ni­cu­laires vous évitent d’avoir à gra­vir les pentes raides de la ville à pied 3. Plu­sieurs des vieux bâ­ti­ments d’Al­fa­ma ont été conver­tis en ca­fés qui vibrent de vie. 4. La ville aux sept col­lines est une épreuve d’en­du­rance pour les mar­cheurs. 5. Un ser­veur pré­pare une assiette de shish ke­bab au res­tau­rant fa­mi­liale O For­nin­ho Sa­loio. 6. Les Por­tu­gais pré­tendent sa­voir ap­prê­ter la mo­rue de 365 ma­nières, en voi­ci un exemple.

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