Jean-Baptiste, pê­cheur à Grand-Po­po

GRAND-PO­PO, Bé­nin | À l’âge de 29 ans, Jean-Baptiste compte dé­jà dix­sept an­nées d’ex­pé­rience comme pê­cheur cô­tier. Sa poigne ferme et sa so­lide car­rure té­moignent du rude mé­tier qu’il exerce, lui, tout comme la plu­part des hommes de cette côte.

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Son ou­til de tra­vail, c’est une grosse pi­rogue de 10,50 m, taillée dans un tronc, pro­ve­nant du Ghana où l’on pos­sède à la fois les arbres adap­tés et le sa­voir-faire pour ce type de construc­tion na­vale.

L’équi­page se com­pose de huit hommes, dont de jeunes ap­pren­tis âgés de 12 ans à 17 ans. Pas de mo­teur, il n’en a pas les moyens, pas plus que tous les autres pê­cheurs de ce sec­teur de la côte.

À LA FORCE DES BRAS

Quand le vent est fa­vo­rable, on se contente de his­ser une voile fa­bri­quée et te­nue par des moyens de for­tune. Ce­la aide les pa­gayeurs qui doivent, à chaque sor­tie, neuf heures du­rant, af­fron­ter l’océan At­lan­tique.

La jour­née de tra­vail, à deux heures du ma­tin, com­mence par la mise à l’eau de la lourde pi­rogue que l’on fait pi­vo­ter à la force des bras sur le sable, puis l’on em­barque une sé­rie de fi­lets longs de 300 m cha­cun.

La pre­mière épreuve consiste à fran­chir la barre, cette suc­ces­sion de re­dou­tables rou­leaux qui rend ce lit­to­ral si dan­ge­reux. Le bar­reur est à son poste, tout comme cha­cun des sept ma­te­lots mu­nis de leur pa­gaie.

La pi­rogue gagne le large. Si le vent est fa­vo­rable, on tend la voile car­rée entre deux perches. Il faut en­vi­ron deux heures pour at­teindre les fonds de pêche, sans ins­tru­ment, sans ba­lise, sim­ple­ment en se re­pé­rant avec les étoiles.

« Il n’y a au­cune lu­mière et pour­tant on voit de loin grâce à la brillance de l’eau », ra­conte Jean-Baptiste.

Pour dé­tec­ter la pré­sence de leurs proies avant de lar­guer les fi­lets, le ca­pi­taine plonge sa pa­gaie dans la mer et écoute les vi­bra­tions que pro­voquent les bancs de pois­son.

Puis, l’équi­page s’ac­corde une heure et de­mie de som­meil, avant de se pré­pa­rer un casse-croûte. Vers 7 heures du ma­tin, on en­tre­prend de re­le­ver les fi­lets qui sont ra­mas­sés, avec les prises, dans des sacs faits de mailles. Ce tra­vail prend deux autres heures, puis c’est le re­tour, tou­jours à la force des bras.

TOUT LE MONDE AU TRA­VAIL

Il est en­vi­ron 11 heures quand les pi­rogues mettent le cap sur la plage. Hommes, femmes et en­fants s’y trouvent ras­sem­blés. Dès que les fi­lets sont dé­bar­qués et que la pi­rogue se trouve his­sée au sec, cha­cun se met à la tâche.

Les hommes du bord ex­traient les prises des fi­lets, les femmes trient le pois­son. Ce sont ces der­nières qui se chargent de la com­mer­cia­li­sa­tion.

Elles paient au pê­cheur 2000 francs CFA (en­vi­ron 5 $) la qua­ran­taine de fausses sar­dines qui se­ront soit re­ven­dues fraîches, soit fu­mées avant d’être ex­po­sées au mar­ché.

Cer­taines femmes amènent avec elles leurs tout jeunes en­fants, qu’elles placent à l’ombre dans une pi­rogue le temps qu’elles s’ac­quittent de leur tâche. D’autres mettent à contri­bu­tion leurs jeunes, qui ap­prennent ain­si le mé­tier.

Au mois d’avril, les fi­lets à pe­tites mailles per­mettent de cap­tu­rer les fausses sar­dines et les faux ca­pi­taines. Au mois de juin, des es­pèces de pois­sons d’une autre taille ar­rivent sur la côte, dont le tarpon, le bar et le bar­ra­cu­da.

1. Une pi­rogue, huit hommes et une voile de for­tune. 2. Le fran­chis­se­ment de la barre, suc­ces­sion de gros rou­leaux, est tou­jours dé­li­cat. 3. Ce sont les femmes qui s’oc­cupent de vendre le pois­son. 4. Jean-Baptiste, un jour de re­pos. 5. Au re­tour des ba­teaux, tout le monde du vil­lage s’ac­tive sur la plage. 6. Jean-Baptiste en com­pa­gnie de son ami Yvan Le­blanc (de Sainte-Adèle). PHOTOS LE JOUR­NAL

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