Le golfe du Bé­nin se vide de ses pois­sons

GRAND-PO­PO, Bé­nin | « Le pois­son de­vient rare et il nous faut al­ler de plus en plus loin pour pê­cher », dit Jean-Baptiste.

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

Au fil de la quin­zaine d’an­nées qu’il a dé­jà consa­crées à la pêche, le jeune homme n’a ces­sé de consta­ter la dé­gra­da­tion de la res­source ha­lieu­tique en face de son vil­lage.

La faute en in­combe, se­lon lui, aux gros ba­teaux étran­gers qui viennent dra­guer sys­té­ma­ti­que­ment les fonds non loin de la côte, après avoir payé des droits au gou­ver­ne­ment bé­ni­nois.

Dé­pour­vues de mo­teur, les pi­rogues doivent donc cou­vrir des dis­tances tou­jours plus grandes, sou­vent pour de maigres ré­sul­tats, met­tant de plus en plus à l’épreuve les pê­cheurs.

Le pro­blème n’af­fecte pas seule­ment cette par­tie de la côte. Des pê­cheurs du Ghana, pays si­tué entre le Togo et la Côte d’Ivoire, à dé­faut d’ef­fec­tuer de bonnes prises par chez eux, viennent à pré­sent s’éta­blir à Grand-Po­po pour la sai­son qui dure quelques mois.

Il n’est pas éton­nant, dès lors, de voir de plus en plus de jeunes de Grand-Po­po, de ceux qui ont fait quelques études, se lan­cer dans la « car­rière » de guide tou­ris­tique, en pro­po­sant leurs ser­vices à tout étran­ger qui passe à leur por­tée.

Jean-Baptiste, lui, s’est éga­le­ment pré­sen­té à moi comme « guide tou­ris­tique ». C’est à ce mo­ment qu’il s’est mis à me par­ler de son mé­tier et de la pêche.

Il m’a même pro­po­sé d’em­bar­quer avec lui et ses hommes pour la du­rée d’une pêche. Sans veste de sau­ve­tage ni le moindre équi­pe­ment de sur­vie, j’ai trou­vé l’ex­pé­rience un peu ris­quée à bord d’une telle pi­rogue sur­char­gée fa­ci­le­ment inon­dée par les fortes vagues.

Puis, Jean-Baptiste, pour com­plé­ter ma dé­cou­verte du mé­tier et de la vie des pê­cheurs du vil­lage, m’a in­vi­té sur la plage près de sa case pour man­ger du bar­ra­cu­da, pê­ché dans la ma­ti­née, qu’il a fait griller sur la braise.

Cer­tains soirs, quand le groupe de mu­sique dont il fait par­tie se fait de­man­der par l’au­berge voi­sine du vil­lage de pê­cheurs, Jean-Baptiste re­vêt un ha­bit de sor­tie pour par­ti­ci­per à créer l’am­biance et ame­ner les tou­ristes à se tré­mous­ser sur les rythmes de « l’Afrique pro­fonde ».

Ce plai­sir qu’il s’ac­corde lui ra­bote juste quelques heures de som­meil sur ses courtes nuits qui se ter­minent tou­jours avant deux heures du ma­tin.

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