Ac­teur, réa­li­sa­teur, hu­mo­riste et ve­dette po­pu­laire. Il y a un titre qui avait échap­pé à Pa­trick Huard: c’était ce­lui de pre­mier mi­nistre du pays. Or, Les Par­le­men­te­ries 2009 qui dé­mé­nagent cette an­née à Ottawa lui ont don­né les clés du Ca­na­da sur un plat

Le Journal de Montreal - Weekend - - SOMMAIRE› - Mi­chelle Cou­dé-Lord

Et il en­tend bien en abu­ser un peu sur un ton drôle et pro­vo­cant à la Huard. En en­tre­vue au Jour­nal de Mon­tréal, Pa­trick Huard s’est confié avec gé­né­ro­si­té et au­then­ti­ci­té.

Est-ce qu’un ar­tiste de­vrait se pro­non­cer po­li­ti­que­ment?

« Je ne crois pas que c’est le de­voir des ar­tistes de le faire, mais faut res­pec­ter ceux qui le font. Nous, les ar­tistes, avons un droit de pa­role ex­tra­or­di­naire, mais il ne faut pas en abu­ser. J’ai tou­jours été très à l’aise d’émettre des opi­nions so­ciales, mais ja­mais j’ai été as­so­cié à un par­ti po­li­tique. C’est aux gens de dé­ci­der qui sont les meilleures per­sonnes. Pas à moi. Je me suis tou­jours te­nu loin de ces as­so­cia­tions-là. »

LA MAU­VAISE FOI AU REN­DEZ-VOUS

Il en­tend être un pre­mier mi­nistre de « mau­vaise foi. »

« Nos po­li­ti­ciens aiment s’au­to-flat­ter, ils font tou­jours de très grandes choses, ont les meilleures idées. Je crois bien que ce ton-là tein­te­ra mon per­son­nage. »

Pa­trick Huard aime s’im­pli­quer so­cia­le­ment. Il dé­fend la cause du Club des pe­tits dé­jeu­ners, s’in­té­resse au sort de notre eau po­table, mais c’est la cause des jeunes et de notre sys­tème d’édu­ca­tion qui le pré­oc­cupe le plus.

« Nos ti-culs sont iso­lés, po­gnés de­vant des or­di­na­teurs, les classes sont en­core pa­que­tées, le dé­cro­chage chez les gar­çons est dra­ma­tique et pour­tant on dé­fend en­core cette ré­forme-là qui ne fonc­tionne pas. Je trouve ce­la com­plè­te­ment ab­surde, et ça me choque ter­ri­ble­ment », sou­ligne sur un ton sans équi­voque le père d’une fille de 12 ans, Jes­sie.

NOS SYS­TÈMES PO­LI­TIQUES

Il croit que les pre­miers mi­nistres de­vraient faire des man­dats de quatre ans.

« Après quatre ans, on leur dit: voi­là, tu as fait ton pos­sible et on passe à un autre pro­gramme. Ac­tuel­le­ment, le sys­tème po­li­tique est mal­sain. Ils font le bi­lan après les pre­miers 100 jours, fessent sur tout ce qui bouge dans les pre­miers 18 mois; vers la fin de leur man­dat, ils com­mencent à mettre de l’eau dans leur vin et la der­nière an­née c’est ca­deau, ca­deau, ca­deau pour se faire ré­élire. Or, un bon pre­mier mi­nistre pour moi ac­cep­te­rait un man­dat de quatre ans. C’est tout. »

Il en veut plus au sys­tème po­li­tique qu’aux po­li­ti­ciens eux-mêmes.

« Les po­li­ti­ciens ont sou­vent de bonnes in­ten­tions, mais sont man­gés par la ma­chine; ils sont po­gnés avec les lob­byistes qui se fau­filent dans toutes les craques du par­le­ment. C’est là qu’il est le vrai pou­voir, au­tour de cette table de 15, 30 per­sonnes qui prennent les vraies dé­ci­sions. Moi, comme ar­tiste ce pou­voir-là, je ne l’ai pas », af­firme Pa­trick Huard.

OUI À LA SCÈNE, DE NOU­VEAU

Le jour où il re­vien­dra sur scène - et il croit que ce mo­ment ap­proche - il pré­fé­re­ra par­ler de choses plus per­son­nelles que de po­li­tique. Ar­ri­ver avec son Ro­ga­tien est plus tri­pant sur scène que de jouer au pre­mier mi­nistre.

« La pré-ado­les­cence de ma fille m’in­ter­pelle comme père mo­no­pa­ren­tal plus que le monde po­li­tique. Sur scène, j’aime me mouiller, y al­ler à fond. C’est pour­quoi, le concept des Par­le­men­te­ries me plaît beau­coup. Ça me per­met d’al­ler sur un ter­ri­toire où je ne vais pas. Et, en plus, j’af­fron­te­rai Mar­tin Matte comme chef de l’Op­po­si­tion. En­fin, si on peut par­ler d’af­fron­te­ment. » Pour­quoi dire oui aux Par­le­men­te­ries? « Un trip de tra­vailler en groupe. Heu­reu­se­ment, il n’y a pas juste Mar­tin Matte, il y a Sté­phane Rousseau, Laurent Pa­quin, Lise Dion et tous les autres. »

HOM­MAGE À L’HUMOUR AU QUÉ­BEC

L’humour au Qué­bec va bien? « On est en avance, d’avant-garde. Les Matte, Louis-Jo­sé Houde, des ventes in­croyables, ce n’est pas pour rien. Nous avons une pa­lette in­croyable de ta­lents. Oui, ça évo­lue bien. Et en plus, je suis obli­gé de dire que les hu­mo­ristes, ça reste la seule af­faire qui ré­siste à tout. Un jour, les gens des autres mi­lieux au­ront l’hu­mi­li­té de re­gar­der le mo­dèle des hu­mo­ristes, et de vou­loir les imi­ter et trou­ver la re­cette. Moi, je leur dis que c’est le tra­vail. Ces gens-là savent tra­vailler et ils ar­rivent fin prêts. Je viens de le vivre avec Laurent Pa­quin et André Sau­vé qui sont ve­nus faire des per­son­nages pour mon film Fi­lière 13. Or, toute l’équipe a été im­pres­sion­née par eux, et ils ont dit qu’ils sont bien prêts quand ils ar­rivent. Mieux que plein d’ac­teurs. Leur suc­cès n’est pas un ha­sard. Un hu­mo­riste, ça tra­vaille, ça re­com­mence, ça ré­flé­chit et ça prend des notes. Ce sont des tra­vaillants ,et c’est la seule ma­nière de réus­sir dans ce mé­tier », conclut Pa­trick Huard. Les Par­le­men­te­ries 2009 du 10 au 15 no­vembre au Théâtre St-Denis

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