LA DES­TRUC­TION DU MONDE

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Agence QMI

Ro­land Em­me­rich, réa­li­sa­teur de nom­breux films-catastrophe tels que In­de­pen­dence Day, God­zilla et The Day Af­ter To­mor­row avoue avoir été très ré­ti­cent à l’idée d’en­tre­prendre le tour­nage d’un autre film du genre, ins­pi­ré cette fois-ci de la nou­velle pa­ra­noïa à la mode, soit la fin du monde pré­dite par le ca­len­drier maya le 21 dé­cembre 2012.

C’est alors qu’il a com­pris que c’est avec ce film qu’il pour­rait en­fin par­ve­nir à sa fin : la des­truc­tion to­tale du monde.

« Je me suis dit que puisque je de­vais le faire une der­nière fois, je le fe­rai de fa­çon gran­diose, comme ça, je m’en exor­ci­se­rai peut-être fi­na­le­ment. »

Avant d’ajou­ter : « Je crois qu’il ne faut ja­mais dire ja­mais, mais je ne pense pas que je re­fe­rai quelque chose du genre. »

Pour ceux d’entre vous qui se­raient ten­tés de prendre ces croyances au sé­rieux, il y a plu­sieurs fa­çons d’in­ter­pré­ter la fin du ca­len­drier maya, al­lant des scé­na­rios pré­di­sant l’Ar­ma­ged­don à cause de l’hy­per­ac­ti­vi­té des taches so­laires jus­qu’aux scé­na­rios du genre Nou­vel-Âge qui pré­disent que le monde en­tre­ra dans une nou­velle ère de conscience se rap­pro­chant de la « conver­gence har­mo­nique », dont Shir­ley MacLaine se fai­sait la porte-pa­role dans les an­nées 80.

« C’est in­té­res­sant parce que 2012 est une date au­tour de la­quelle flottent de nom­breuses concep­tions. Et nous avons choi­si l’ap­proche la plus des­truc­tive parce que la des­truc­tion fonc­tionne bien au grand écran », ex­plique le réa­li­sa­teur.

À vrai dire, Em­me­rich et le scé­na­riste Ha­rald Klo­ser ont vé­ri­ta­ble­ment fait des pieds et des mains pour in­clure tous les angles des­truc­tifs ima­gi­nables, in­cluant les plus im­pro­bables, par exemple les dé­pla­ce­ments de croûte ter­restre, une théo­rie mar­gi­nale qui pré­dit que les plaques tec­to­niques de la Terre peuvent se dé­pla­cer sou­dai­ne­ment, voire sau­ter les unes par-des­sus les autres.

« Nous avons trou­vé cette théo­rie qui était suf­fi­sam­ment ca­tas­tro­phique pour en­traî­ner toutes ces inon­da­tions. Mais, avant même que nous com­men­cions à ré­di­ger le scé­na­rio, nous avons ren­con­tré un pro­fes­seur des sciences de la Terre à l’Uni­ver­si­té de la Ca­li­for­nie du Sud, et nous lui avons de­man­dé comment un tel scé­na­rio se dé­rou­le­rait. Il a dit que la seule fa­çon par la­quelle ce­la pour­rait se pro­duire se­rait si des neu­tri­nos ar­ri­vaient à mu­ter. À par­tir de ce mo­ment, j’ai sen­ti que nous avions carte blanche parce qu’au­cun scien­ti­fique ne pour­rait plus dire que notre scé­na­rio était to­ta­le­ment im­pos­sible parce que ça ne s’était ja­mais pro­duit au­pa­ra­vant. Ce genre de scé­na­rio doit avoir un mi­ni­mum de cré­di­bi­li­té. »

Donc, le scé­na­rio de fin du monde ima­gi­né ici est que les taches so­laires en­traînent des mu­ta­tions dans les neu­tri­nos qui à leur tour font bouillir le noyau ter­restre, ce qui en­traîne toutes les ca­tas­trophes se­mi-plau­sibles ima­gi­nables à se pro­duire si­mul­ta­né­ment : l’érup­tion du vol­can de Yel­lows­tone, le glis­se­ment dans l’océan Pa­ci­fique de la Ca­li­for­nie, et même des tsu­na­mis en­glou­tis­sant l’Hi­ma­laya.

HYMNE À LA VIE

Les ru­meurs ont prê­té un bud­get de près de 200 mil­lions $ à la réa­li­sa­tion de ce film, et pour cause : on a sou­le­vé tout un pâ­té de mai­sons pour pré­sen­ter la fin du monde pas uni­que­ment par des ef­fets gé­né­rés à l’or­di­na­teur. Puis, évi­dem­ment, il y a la des­truc­tion de tous ces en­droits connus

comme la Mai­son Blanche et de la ba­si­lique St-Pierre de Rome.

Étran­ge­ment, bien que le nombre de morts se cal­cule en mil­liards dans l’en­semble de ses films, Em­me­rich aime dire de ses films qu’ils sont « un hymne à la vie ». « Dans de telles si­tua­tions, les gens or­di­naires se trans­forment en hé­ros, et je crois que la plu­part des gens peuvent s’iden­ti­fier à de tels com­por­te­ments. »

Pour lui, ce n’est même pas vendre la mèche que de dire que cer­taines per­sonnes sur­vivent à la fin de son film. « Vous ne pou­vez pas faire un film où tout le monde est mort à la fin. Vous de­vez trou­ver un moyen d’in­clure des sur­vi­vants, car il s’agit tout de même d’une ver­sion mo­derne de l’Arche de Noé. »

MANQUE DE CONFIANCE

Mais bien en­ten­du, il y a aus­si un autre mes­sage : ne faites pas confiance au gou­ver­ne­ment. Dans le film, les gou­ver­ne­ments du monde en­tier sont au cou­rant de l’im­mi­nente apo­ca­lypse et conspirent à sau­ver la vie des quelques cen­taines de mil­liers de leurs meilleurs (et plus riches) ci­toyens. « Tout re­vient à une ques­tion simple : qu’est-ce qui vaut la peine d’être sau­vé et comment de­vrions-nous pro­cé­der. Di­sons que je ne compte pas sur nos gou­ver­ne­ments et ce film est une ex­pres­sion de ce manque de confiance. »

Alors, main­te­nant que Ro­land Em­me­rich nous a dé­crit le pire scé­na­rio pos­sible, comment compte-t-il pas­ser la soi­rée du 21 dé­cembre 2012 ?

« Je compte bien al­ler skier, puisque ce se­ra la sai­son du ski, et je choi­si­rai la plus haute mon­tagne pos­sible. Comme ça, si le monde tire à sa fin, même si je n’y peux rien, au moins je se­rai en train de faire ce que j’aime le plus. »

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