TROP DE TECH­NIQUE, PAS AS­SEZ DE COEUR

Ro­bert Ze­me­ckis avait entre les mains une his­toire en or ( A Ch­rist­mas Ca­rol, de Charles Di­ckens), un ac­teur en or (Jim Car­rey) et une tech­no­lo­gie en or (l’ani­ma­tion 3D), mais à trop vou­loir en mettre plein la vue, le brillant réa­li­sa­teur a sem­blé oublier

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger

Spec­ta­cu­laire et tech­ni­que­ment très im­pres­sion­nant, Un conte de Noël, qui prend l’af­fiche ce week-end, n’a mal­heu­reu­se­ment pas la charge émo­tive qu’on au­rait pu es­pé­rer d’une adap­ta­tion du clas­sique de Di­ckens.

Ze­me­ckis avait pour­tant l’his­toire par­faite pour y ar­ri­ver, celle qui re­late comment un vieil avare, Ebe­ne­zer Scrooge (Jim Car­rey), trop ai­gri pour se lais­ser ha­bi­ter par l’es­prit de Noël, re­çoit la vi­site de trois es­prits (aus­si in­ter­pré­tés par Car­rey) ayant pour mis­sion d’ou­vrir son coeur.

Ces es­prits, ce sont les fan­tômes des Noëls pré­sent, pas­sé et fu­tur (tous in­ter­pré­tés par Car­rey), qui lui sont en­voyés par son an­cien as­so­cié au­jourd’hui dé­cé­dé, Ja­cob Mar­ley (Ga­ry Old­man), qui erre dans les limbes et veut lui évi­ter le même triste sort.

Le pre­mier fan­tôme ra­mène Scrooge dans le pas­sé, lui rap­pe­lant son en­fance, sa ren­contre avec Belle (Ro­bin Wright Penn) et son di­vorce.

Le deuxième lui étale le pré­sent, no­tam­ment la dif­fi­cile si­tua­tion de la fa­mille de son em­ployé (OId­man aus­si), dont le fils com­bat une ma­la­die grave, ain­si que les mo­que­ries de la fa­mille et des amis de son ne­veu (Co­lin Firth).

En­fin, l’es­prit du fu­tur lui an­nonce le sort qui at­tend Scrooge, qui dé­couvre avec hor­reur une pierre tom­bale sur la­quelle est ins­crit son nom. Le vieux bou­gon de­vra alors s’amen­der s’il veut évi­ter de mou­rir, seul et aban­don­né de tous.

La scène d’ou­ver­ture d’Un conte de Noël est à cou­per le souffle. Le pu­blic est en­traî­né dans un ma­gni­fique bal­let aé­rien dans le Londres du XIXe siècle en ver­sion 3D.

C’est lorsque les fan­tômes de Noël entrent en scène que ça se gâte. Les scènes d’ac­tion se suc­cèdent alors à un rythme dé­bri­dé, à un tel point que ça en de­vient las­sant et un peu étour­dis­sant.

On a l’im­pres­sion que le per­son­nage prin­ci­pal passe la moi­tié du film à vo­ler ou en chute libre. C’est trop! Un peu de rete- nue au­rait per­mis de cen­trer l’at­ten­tion sur l’his­toire et non sur les prouesses tech­niques des concep­teurs du long mé­trage.

D’autres sé­quences, dont celle où l’es­prit de Mar­ley ap­pa­raît à Scrooge, peuvent pro­vo­quer une cer­taine frayeur chez cer­tains spec­ta­teurs. D’ailleurs, le film est dé­con­seillé aux jeunes en­fants.

À no­ter néan­moins le jeu de Car­rey, qui semble taillé sur me­sure pour le per­son­nage du vieil avare. Son corps et son fa­ciès « nu­mé­ri­sés » (avec la même tech­nique uti­li­sée pour créer les per­son­nages de Gé­rard D. La­flaque) sont pro­pre­ment hal­lu­ci­nants. On a par­fois le sen­ti­ment qu’en éti­rant le bras, on pour­rait tou­cher ses rides.

Mais tout comme le coeur des spec­ta­teurs, les rides de Scrooge de­meurent in­tou­chables.

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