Prendre des risques

Trans­po­ser au théâtre un ro­man de science-fic­tion à grand dé­ploie­ment comme 20 000 lieues sous les mers ne peut pas se faire sans prendre de gros risques.

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noît Au­bin

Dans le ro­man de Jules Verne, Ned Lang, un har­pon­neur canadien à bord d’une fré­gate amé­ri­caine, coule à pic après une épique ba­taille contre un monstre ma­rin. Ils sont recueillis par l’énig­ma­tique ca­pi­taine Ne­mo (une es­pèce d’éco­lo mi­san­thrope qui veut dé­truire l’hu­ma­ni­té pour pré­ser­ver l’en­vi­ron­ne­ment ma­rin) et qui les re­tient à bord de son sous-ma­rin, le Nau­ti­lus.

Alors, comment fait-on pour trans­po­ser l’his­toire au théâtre ?

« On n’est pas au Cirque du So­leil, ici, on n’a pas 20 mil­lions $ pour bâ­tir un vrai sous-ma­rin sur scène », se dé­sole Jean-Guy Le­gault, qui a adap­té le ro­man, et signe la mise en scène, au théâtre De­nise-Pel­le­tier.

« Alors, on va ris­quer, on va es­sayer des choses. »

Le­gault n’est pas un grand fan de ce qu’il ap­pelle le « théâtre réa­liste, qui ex­plore la vie quo­ti­dienne dans une langue quo­ti­dienne ».

Pour lui, le théâtre doit se dé­mar­quer, en mo­bi­li­sant l’ima­gi­na­tion du spec­ta­teur. « Tu n’as pas be­soin de mon­trer un banc de pois­sons au théâtre. Il suf­fit de dire qu’il y a un banc de pois­sons. Les gens ima­gi­ne­ront les pois­sons qu’ils veulent. »

LE HU­BLOT

Le théâtre n’est pas un trompe-l’oeil. Au contraire, c’est un jeu, un jeu qui doit im­pli­quer le spec­ta­teur. « Je ne cache pas les ar­ti- fices au théâtre, dit Le­gault. Mon es­thé­tique est as­sez bâ­tarde à cet égard. » Alors, ce sous-ma­rin sur scène ? « Un élé­ment qui nous per­met de re­gar­der à l’in­té­rieur du Nau­ti­lus comme à l’ex­té­rieur, qui re­pré­sente son as­pect ac­cueillant au­tant que son as­pect me­na­çant, c’est le hu­blot. Le hu­blot, c’est un oeil qui scrute, et c’est aus­si une cible. »

De ce fait, une pièce cen­trale du dé­cor se­ra une pas­tille de mé­tal et de plexi, qui monte, bouge et des­cend. « On en fait toutes sortes d’usages, on fait nau­frage, on com­bat la pieuvre géante, on entre dans l’eau et on en sort avec ça. »

En ré­su­mé, « il faut que les spec­ta­teurs soient im­pres­sion­nés, si­non, le théâtre, c’est platte », plai­sante Le­gault. C’est pour ça qu’il faut prendre des risques. « Le pire qui puisse ar­ri­ver c’est que ça ne marche pas et que je me pète la gueule. Mais ce n’est pas grave. On ne fait pas de chi­rur­gie car­diaque, ici, juste du théâtre. »

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