HOM­MAGE à la to­lé­rance

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

C’est lors d’un voyage au Sé­né­gal que l’au­teur qué­bé­cois Rey­nald Can­tin ren­contre la fa­mille N’Diaye. Au contact de cette fa­mille mé­tis­sée, née de l’union d’une femme blanche avec un Afri­cain, Can­tin ap­prend à ap­pri­voi­ser sa peur de l’in­con­nu et à sur­mon­ter le choc des cultures. Il en re­vient gran­di, avec en poche une source in­ta­ris­sable d’ins­pi­ra­tion pour son pro­chain ro­man. Un peu plus d’un an après son pé­riple sur le con­tinent afri­cain, l’au­teur pu­blie Mes pa­rents sont gen­tils mais… tel­le­ment peu­reux.

Jus­tin n’est ni hy­per­ac­tif, ni cas­se­gueule, ni même vé­ri­ta­ble­ment tur­bu­lent. Mal­adroit peut-être, mais qui pour­rait l’en blâmer ? Ses pa­rents, évi­dem­ment ! Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’ils le sur­nomment Just’un. Au cours des 13 pre­mières an­nées de sa vie, le com­por­te­ment gaf­feur de Jus­tin a tel­le­ment exa­cer­bé l’an­goisse de ses pa­rents que ceux-ci ont dé­ci­dé qu’il res­te­rait fils unique. De­puis sa nais­sance, Pau­line et Al­fred couvent leur fils sous une tonne d’aver­tis­se­ments, de re­com­man­da­tions et de règles de conduite. Jus­tin en a plein les oreilles. Pas surprenant donc que celles-ci soient si grandes, à force de se les faire ra­battre par les conseils sur­pro­tec­teurs de ses gé­ni­teurs.

Or, si Jus­tin a de grandes oreilles, ce sont pour­tant ses yeux qui s’em­ballent ces jours-ci, chaque fois qu’il aper­çoit la pe­tite nou­velle de sa classe, Ané­mone. Il la trouve si jo­lie avec ses che­veux cré­pus et son teint d’ébène. Tou­te­fois, quelque chose lui dit que ses pa­rents n’ap­pré­cie­ront pas au­tant que lui la cou­leur de la peau de sa nou­velle co­pine. Au­tant dire qu’il a la puce à l’oreille. Et avec rai­son : Pau­line et Al­bert sont sur le point de dé­cou­vrir (mais à quel prix ?) que la cou­leur noire n’est pas for­cé­ment sy­no­nyme d’obs­cu­ri­té.

ORI­GI­NAL

Mes pa­rents sont gen­tils mais… tel­le­ment peu­reux ! est un hom­mage à la to­lé­rance et à l’ou­ver­ture d’es­prit, mais aus­si à la culture afri­caine qui est dé­voi­lée par bribes dans un dé­fer­le­ment d’exo­tisme. De plus, les nom­breuses pe­tites trou­vailles sty­lis­tiques de Rey­nald Can­tin, son humour fluide et son ai­sance à jouer sur les mots confèrent à ce pe­tit ro­man lé­ger une belle ori­gi­na­li­té.

Si la vo­lon­té ex­ces­sive qui est dé­ployée par les pa­rents de Jus­tin pour le sur­pro­té­ger peut pa­raître quelque peu exa­gé­rée, on com­prend ra­pi­de­ment qu’il ne s’agit là que d’une as­tuce de l’au­teur pour ac­cen­tuer la dé­route dans la­quelle il en­traîne ses lec­teurs au fil du ro­man.

Mes pa­rents sont gen­tils mais… tel­le­ment peu­reux ! ,

Rey­nald Can­tin Pu­blié aux Édi­tions Foulire. 155 pages. À par­tir de 10 ans.

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