Une cé­lé­bri­té très dis­crète

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

L’ani­ma­teur, jour­na­liste, écri­vain, pro­duc­teur et spé­cia­liste des têtes cou­ron­nées, Sté­phane Bern ne chôme pas ces jours-ci. Quelques jours après la sor­tie en France d’Une vie de chien, un al­bum illus­tré consa­cré aux chiens des grands de ce monde, il re­vient avec Ou­bliez-moi, son tout nou­veau ro­man. Un livre lé­ger qui se lit d’une traite dans le­quel le ro­man­cier aborde la cé­lé­bri­té et le be­soin de se faire oublier pour re­trou­ver une vie « nor­male ».

Sté­phane Bern a choi­si de plan­ter le dé­cor de son ro­man à Pa­ros, une pe­tite île grecque aux eaux tur­quoise. Un pe­tit pa­ra­dis pour les sur­feurs et pour les fa­milles qui en­va­hissent l’île à la belle sai­son. Mais les tou­ristes, Noëlle Ro­bert en a hor­reur. « Chaque an­née, elle vi­vait ain­si l’in­tru­sion sai­son­nière comme une agres­sion per­son­nelle. Une at­teinte à sa quié­tude. Au­cun spec­tacle ne l’af­fli­geait comme ces géants des mers, les Blue Star Ferries ou les High Speed hy­dro­glis­seurs, ac­cos­tant au port pour y vo­mir des grappes de tou­ristes, les uns aha­nant sous le poids de leur sac à dos, les autres ti­rant des va­lises à rou­lettes der­rière des files com­pactes de voi­tures sur­char­gées d’en­fants et de ba­gages. »

C’est pour­quoi Noëlle Ro­bert, sur­nom­mée I Xe­ni (l’Étran­gère) ou la « dame de Tsou­ka­lia » par les ha­bi­tants de l’île, se ré­fu­gie dans l’ar­rière-pays pen­dant cette pé­riode de l’an­née. Celle qui a quit­té la France voi­là plus de 20 ans alors qu’elle brillait sous les feux de la rampe mène au­jourd’hui une vie ano­nyme et trouve le re­pos dans l’ou­bli. La gloire, les paillettes du monde du ci­né­ma, ses liai­sons et ses amours cé­lèbres, Noëlle les a re­mi­sés dans de pe­tites boîtes à sou­ve­nirs.

Comme tous les étés, Noëlle a donc loué sa belle villa à des tou­ristes. Mais à la veille de l’ar­ri­vée de la fa­mille de Fran­çais, elle fait une mau­vaise chute et se re­trouve im­mo­bi­li­sée. Im­pos­sible donc, pour la vieille dame, de quit­ter sa villa. Elle s’ins­talle alors dans le pe­tit stu­dio au fond du jar­din pour lais­ser la place à la fa­mille de va­can­ciers. Mais ce­la contra­rie évi­dem­ment Isa­belle Ber­lan­ger, la mère de fa­mille, qui ne se gêne pas pour le mon­trer ou­ver­te­ment à la vieille dame. Pour son ma­ri et pour leurs trois en­fants tou­te­fois, cette co­ha­bi­ta­tion leur im­porte peu. Mais le ton est don­né.

Ces va­cances en fa­mille, qui de­vaient entre autres per­mettre au couple de re­vivre la pas­sion de leurs 20 ans, se­ront plu­tôt agi­tées. Pen­dant que les pa­rents se font la gueule, que l’aî­né surfe et sort en boîte et que la pe­tite der­nière s’oc­cupe des chats er­rants, la ca­dette, Ca­mille, une jeune étu­diante de 17 ans, pas­sion­née par les stars, se lie d’ami­tié avec Noëlle. La vieille dame par­ta­ge­ra alors son jar­din se­cret avec la jeune fille.

TOUCHE D’IRO­NIE

Ou­bliez-moi fait par­tie de ces ro­mans qui se lisent fa­ci­le­ment, sans prise de tête. On se dé­sole par­fois de cer­tains évé­ne­ments pré­vi­sibles et de quelques cli­chés, mais on ne s’en for­ma­lise pas trop puisque Sté­phane Bern nous rat­trape avec sa touche d’iro­nie. Avec sa des­crip­tion des lieux, de la nour­ri­ture et des com­merces, il ar­rive à nous trans­por­ter sur l’île le temps de notre lec­ture.

On passe un mo­ment agréable, en somme, et on se dit que Ou­bliez-moi est peu­têtre aus­si un pré­texte pour l’au­teur de faire une dé­cla­ra­tion d’amour à cette pe­tite île grecque et à ses ha­bi­tants.

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