Non, Az­na­vour n’a rien ou­blié

Le Journal de Montreal - Weekend - - NEWS -

Il est le la­pin Ener­gi­zer de la chan­son. Charles Az­na­vour a 85 ans et il re­fuse tou­jours de prendre sa re­traite mal­gré ses nom­breuses tour­nées d’adieu. Et il vient de sor­tir une au­to­bio­gra­phie pas­sion­nante, une le­çon de dé­ter­mi­na­tion que de­vraient lire tous ceux qui rêvent de faire car­rière dans le show-bu­si­ness.

Dans À voix basse (édi­tions Don Qui­chotte) Az­na­vour ra­conte sa vie par pe­tites touches, mais on y dé­couvre plu­sieurs as­pects in­té­res­sants de sa per­son­na­li­té.

As­sez surprenant de dé­cou­vrir à quel point cet homme, qui a ga­gné sa vie en écri­vant des chan­sons, a souf­fert de ne pas avoir dé­pas­sé l’école pri­maire. Az­na­vour est un au­to­di­dacte qui n’a fré­quen­té ni le ly­cée ni l’uni­ver­si­té, qui a tou­jours été ha­bi­té de doutes sur ses ca­pa­ci­tés et ses connais­sances et qui parle dans son livre de son « manque pro­fond d’ins­truc­tion ». Il s’est fait sa propre édu­ca­tion en se plon­geant dans les livres, parce qu’il a dé­ci­dé que ceux qui lui pré­di­saient l’échec n’au­raient pas le der­nier mot.

Il ne manque pas de sou­li­gner à quel point la presse qué­bé­coise était cha­leu­reuse à son égard alors qu’en France il a été si sou­vent dé­mo­li.

Il écrit des lignes très dures sur le mas­sacre des Ar­mé­niens par les Turcs, qui a coû­té la vie à plus d’un mil­lion de per­sonnes, dont toute la fa­mille de sa mère. Et il s’in­surge de voir que les au­to­ri­tés turques re­fusent de re­con­naître ce que plu­sieurs consi­dèrent comme le pre­mier gé­no­cide du XXe siècle.

Il ne se gêne pas pour dé­non­cer les pa­ra­sites qui ne se sont in­té­res­sés à lui que quand il avait du suc­cès et af­firme qu’il n’a eu que quatre ou cinq vrais amis dans le mi­lieu.

Il s’est fait dire tel­le­ment sou­vent dans sa car­rière qu’il n’avait pas ce qu’il fal­lait pour faire car­rière comme chan­teur, qu’il avait un phy­sique in­grat ou une voix dé­faillante, que n’im­porte qui d’autre au­rait aban­don­né bien avant. Mais au­jourd’hui, c’est lui qui rit pen­dant que ses dé­trac­teurs sont soit morts, en­ter­rés… ou ou­bliés.

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