Des murs im­pré­gnés de sou­ve­nirs

Son coup de foudre pour Rio­pelle est res­té in­ébran­lable. Sept ans après le dé­part du cé­lèbre peintre, le quo­ti­dien de sa der­nière com­plice de vie de­meure en­tiè­re­ment im­pré­gné de son oeuvre. Pour une rare fois, Hu­guette Va­chon ac­cepte de par­ta­ger sa pas­sio

Le Journal de Montreal - Weekend - - NEWS - Pierre O. Nadeau

Hu­guette Va­chon a ac­cueilli Le Jour­nal à sa de­meure tri­cen­te­naire de l’île aux Grues, là où elle a vé­cu « des mo­ments mer­veilleux » avec le pit­to­resque per­son­nage, jus­qu’à son décès en 2002. En ar­ri­vant sur l’île, on re­marque cet im­mense do­maine. De­vant la ré­si­dence prin­ci­pale, on aper­çoit cette vieille voi­ture blanche deux-che­vaux; tout près se trouve l’an­cien four à pain ayant ser­vi d’ate­lier à l’ar­tiste qué­bé­cois qui a ac­quis une re­nom­mée in­ter­na­tio­nale.

En en­trant dans le ma­noir sei­gneu­rial du XVIIe siècle, le coup d’oeil est spec­ta­cu­laire. Dans le sa­lon, où les fe­nêtres d’époque offrent un coup d’oeil im­pres­sion­nant sur le fleuve et, ce jour-là, sur une im­po­sante vo­lée d’oies blanches, trône un im­po­sant foyer. Dans la cui­sine, le vieux poêle à trois ponts dé­tonne, tout comme l’im­mense table de la salle à man­ger.

Mais notre re­gard s’ac­croche à tous ces ta­bleaux de Jean-Paul Rio­pelle. Mo­ment de grande émo­tion pour le pro­fane qui a la chance de pas­ser quelques heures dans l’antre du peintre en com­pa­gnie de celle qui a été sa com­pagne et sa com­plice du­rant plus de 15 ans.

Ici, sur les murs mêmes de la de­meure où il a vé­cu et créé, l’oeuvre de Rio­pelle prend une di­men­sion sur­réa­liste.

« Je ne pour­rais pas vivre sans ses ta­bleaux au­tour de moi », laisse tom­ber avec émo­tion Hu­guette Va­chon. Lors­qu’on lui de­mande si, sept ans plus tard, le deuil est tou­jours aus­si in­tense, elle ré­pond par un si­lence, puis en ver­sant quelques larmes.

COUP DE FOUDRE

En­suite, elle conti­nue de par­ler avec abon­dance de son com­pa­gnon avec un re­gard sans cesse pé­tillant d’ad­mi­ra­tion. « La toute pre­mière fois que je l’ai aper­çu, ce fut le coup de foudre. C’était lors d’un Sa­lon des ga­le­ries d’art, à Mon­tréal. En­suite, je l’ai ren­con­tré à la bou­tique d’en­ca­dre­ment où je tra­vaillais, rue Saint-Laurent. Le len­de­main, j’ai re­çu un bou­quet de fleurs... et j’étais sûre qu’il pro­ve­nait de lui. »

La femme ori­gi­naire de l’Abi­ti­bi était fas­ci­née au­tant par l’homme que par l’ar­tiste. Elle re­con­naît que son homme « bour­ru » n’était pas tou­jours fa­cile à vivre. « C’était un so­li­taire, qui avait be­soin de ses mo­ments de si­lence, ce que je res­pec­tais. » En sou­riant, elle ajoute: « C’était un ar­tiste plu­tôt pa­res­seux, mais très dis­ci­pli­né et bien struc­tu­ré dans son tra­vail. » Hu­guette Va­chon, qui l’as­sis­tait à l’ate­lier dans l’ap­pli­ca­tion de feuilles d’or, dit avoir été tou­jours at­ti­rée par « l’as­pect dra­ma­tique » de l’oeuvre de Rio­pelle.

Dé­ten­trice d’une for­ma­tion en his­toire de l’art, cette femme, qui consacre en­core tout son temps à l’oeuvre de Rio­pelle, s’adres­se­ra aux ama­teurs d’art, lun­di, à 19h30, au Mu­sée na­tio­nal des beaux-arts du Qué­bec, pour trai­ter par­ti­cu­liè­re­ment de la re­la­tion de Rio­pelle avec l’hi­ver. Elle ex­plo­re­ra son rap­port avec le Grand Nord, les Inuit, le har­fang des neiges, tout en cer­nant plu­sieurs oeuvres phares en lien avec l’hi­ver, dont la sé­rie des ice­bergs.

PHOTO PIERRE O. NADEAU

Hu­guette Va­chon consacre en­core tout son temps à l’oeuvre de Rio­pelle.

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