Quand la connais­sance ren­contre l’in­ex­pé­rience

Aus­si étrange que ce­la puisse pa­raître pour quel­qu’un qui gagne son beurre prin­ci­pa­le­ment avec sa voix, l’hu­mo­riste-imi­ta­teur Marc Du­pré en était à sa pre­mière ex­pé­rience de dou­blage lors­qu’il a prê­té ses cordes vo­cales à l’as­tro­naute Chuck Ba­ker, dans la

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Cé­dric Bé­lan­ger

mais ils m’ont dit : “Non, ce n’est pas ce film-là qu’on est en train de tour­ner!” » ajoute-t-elle en riant.

« Alors, j’ai dû le jouer ici, dans ce ton, ce que je trou­vais dif­fi­cile au dé­but parce que, na­tu­rel­le­ment, je pré­fère par­ler dans ce re­gistre », ex­plique-t-elle en mo­du­lant sa voix.

Dans le film, le per­son­nage de Nee­ra est la femme de rêve du hé­ros, Lem, un as­tro­nome un peu ta­tillon dont le monde d’ori­gine res­semble à s’y mé­prendre à l’Amé­rique idyl­lique, mais xé­no­phobe, des an­nées 50. Ce monde se­ra bou­le­ver­sé par l’ar­ri­vée d’un as­tro­naute hu­main plu­tôt van­tard joué par Dwayne John­son dans la ver­sion ori­gi­nale an­glaise. Bien que cette co­mé­die, qui est un clin d’oeil aux films de monstres de sé­rie B des an­nées 50, soit clai­re­ment des­ti­née aux en­fants, le film fait tout de même écho au cô­té plus pa­ra­noïaque de cette époque, car l’as­tro­naute Ba­ker n’est pas ac­cueilli cha­leu­reu­se­ment, mais plu­tôt avec crainte et hos­ti­li­té.

« L’idée der­rière ce film, c’est de res­ter ou­vert à la dif­fé­rence, ex­plique Biel. De toute évi­dence, notre monde est en plein chan­ge­ment, comme ce monde-là. »

« Il faut ac­cep­ter le chan­ge­ment afin de pou­voir en pro­fi­ter plei­ne­ment, car c’est seule­ment ain­si que vous pou­vez évo­luer et en ap­prendre plus sur vous­même, que vous soyez hu­main ou ex­tra­ter­restre. »

« J’avais dé­jà dou­blé des films por­nos », blague Du­pré, avant de sta­tuer, plus sé­rieu­se­ment, « qu’il au­rait dû com­men­cer ça bien avant ».

« C’est une ques­tion de ti­ming. Je connais­sais quel­qu’un qui tra­vaillait sur le film et qui m’a of­fert de pas­ser une au­di­tion. J’y suis al­lé, mais je ne me suis pas trou­vé bon. Mais, à ma grande sur­prise, ils m’ont of­fert le rôle. »

Père de trois en­fants de quatre, six et huit ans, Marc Du­pré a avoué avoir d’abord ac­cep­té la pro­po­si­tion pour eux.

« Nous sommes tous ma­niaques de films d’ani­ma­tion. Nous les avons tous vus. C’était donc cute que pa­pa fasse un per­son­nage. Mais, en fin de compte, je me suis fait prendre à mon propre jeu », dit ce­lui qui se dit main­te­nant prêt à re­com­men­cer n’im­porte quand.

LA PI­QÛRE

Idem pour Pa­trice Bé­lan­ger (Lem), qui en était aus­si à son pre­mier dou­blage et qui avoue can­di­de­ment avoir eu la pi­qûre.

« J’ai beau­coup de res­pect pour cet art », ré­vèle-t-il, ajou­tant qu’il a dé­cou­vert que pour prê­ter sa voix à un per­son­nage ani­mé, il fal­lait presque jouer comme si on se re­trou­vait de­vant une ca­mé­ra.

« Quand mon per­son­nage de­vait être es­souf­flé, je fai­sais du jog­ging sur place pen­dant 30 se­condes pour m’es­souf­fler. S’il fal­lait qu’il soit dé­pri­mé, je m’em­mer­dais pen­dant quelques mi­nutes pour le rendre cré­dible. »

PAS FA­CILE POUR JEAN-CARL

Pre­mière ex­pé­rience aus­si pour le jeune Jean-Carl Bou­cher (Eckle), que l’on a pu ré­cem­ment voir dans 1981. Hum­ble­ment, il avoue que c’était « plus dif­fi­cile qu’il ne le pen­sait ».

« Quand le per­son­nage pro­nonce un mot plus long dans la ver­sion ori­gi­nale, il faut quand même réus­sir à le ren­trer dans le même temps dans la tra­duc­tion. Et moi, je ne suis pas bon là-de­dans. Mais j’ai­me­rais en re­faire. Ça me semble une belle in­dus­trie et je veux de­ve­nir meilleur. »

DES PROS

Con­trai­re­ment à leurs confrères de Pla­nète 51, Xa­vier Do­lan (Skiff) et Ka­rine Va­nasse (Nee­ra) ne sont pas des néo­phytes dans l’art du dou­blage. Tous deux ont com­men­cé à en faire dans leur jeu­nesse.

« J’en fais ré­gu­liè­re­ment. Quand je suis dis­po­nible, j’ac­cepte ce qu’on me pro­pose », dit Do­lan, qui a, comme d’autres dou­bleurs, ses clients fi­dèles.

« C’est moi qui suis Tay­lor Laut­ner, qui joue Ja­cob dans Twi­light, ain­si que Ha­ley Joel Os­ment, qui avait joué dans Le sixième sens. »

Pour sa part, Ka­rine Va­nasse es­time que dou­bler un film d’ani­ma­tion est « un gros ca­deau pour les ac­teurs qui font sou­vent du dou­blage ».

« Quand tu doubles un ac­teur réel, tu dois col­ler ton in­ter­pré­ta­tion à lui, tu ne peux pas mo­di­fier des choses tant que ça. Dans l’ani­ma­tion, t’as da­van­tage de la­ti­tude. Tu peux ajou­ter ton grain de sel un peu plus », lance l’ac­trice, qui a elle-même gran­di en re­gar­dant les films de Walt Dis­ney.

« J’au­rais vou­lu faire la voix de la pe­tite si­rène. J’avais cinq ou six ans à l’époque de la sor­tie du film. Mes cou­sines ne vou­laient plus le re­gar­der avec moi parce que je chan­tais toutes les chan­sons et que je connais­sais toutes les ré­pliques par coeur. J’étais pas mal fa­ti­gante. »

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