CON­FI­DENCES d’un so­li­taire

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES - Agence QMI

À la fois co­mé­dien et grand mé­lo­mane, Ed­gar Frui­tier fait par­tie de notre pay­sage cultu­rel de­puis dé­jà près de 50 ans. Comme ses Mé­moires viennent de pa­raître, c’était le mo­ment ou ja­mais de lui par­ler pour en dé­cou­vrir un peu plus à son su­jet.

Comment ce pro­jet de mé­moires s’est-il concré­ti­sé ?

En fait, c’était im­pré­vu. Le réa­li­sa­teur­met­teur en scène Jean Fau­cher m’a sim­ple­ment, un jour, de­man­dé si je vou­lais bien su­bir le sup­plice de la ques­tion. J’ai beau­coup hé­si­té avant d’ac­cep­ter, parce que je ne sa­vais pas si ce genre d’exer­cice pou­vait in­té­res­ser qui que ce soit. C’est Jean qui a fi­ni par me convaincre de me prê­ter au jeu.

De quelle fa­çon Jean Fau­cher s’y est-il pris pour re­cueillir vos pro­pos ?

Il m’a po­sé des ques­tions sur tous les su­jets qu’il a ima­gi­nés et, chaque fois, il a es­sayé de me ti­rer les vers du nez. Les ren­contres se pas­saient chez lui et elles étaient en­re­gis­trées. Et après 10 ou 12 ren­contres, on a fi­ni par faire le tour du su­jet. Je dis à peu près tout en ré­pon­dant avec la plus grande fran­chise. Mais se­lon moi, rien n’est com­pro­met­tant.

Pour­quoi ai­mez-vous tant la so­li­tude ?

C’est un don ex­tra­or­di­naire que j’ai eu as­sez vite. Se­lon ma na­ture, c’est la meilleure fa­çon de vivre. J’ai deux chattes, mais les conver­sa­tions avec elles sont as­sez li­mi­tées. J’ai ma mu­sique et mes livres, alors je ne suis ja­mais seul. Une pré­sence hu­maine me dé­ran­ge­rait.

Ici, on parle de vos mé­moires. Mais qu’en est-il de votre mé­moire ? Comment faites-vous pour ap­prendre vos textes ?

C’est vrai que ça peut sem­bler être un tour de force pour les gens qui ne sont pas ha­bi­tués à ap­prendre des textes par coeur. Mais si j’avais à ap­prendre quelque chose d’autre qu’une pièce de théâtre, j’ap­pren­drais plus la­bo­rieu­se­ment. Je n’ai ja­mais consi­dé­ré que c’était un exer­cice fa­cile. Il faut faire de gros ef­forts de concen­tra­tion pour re­te­nir les phrases après deux lec­tures. Avec le temps, ça de­vient une ha­bi­tude. Mais je ne suis plus un jeune homme et il se peut que ma mé­moire soit plus ca­pri­cieuse.

Trou­vez-vous que le mé­tier de co­mé­dien a beau­coup chan­gé de­puis vos dé­buts, il y a dé­jà près de 50 ans ?

Cer­tai­ne­ment. Il y a une plus grande li­ber­té dans la mise en scène de pièces de théâtre, alors qu’à l’époque, il y avait beau­coup plus de cen­sure, même au ni­veau du lan­gage. Main­te­nant, on peut faire le por­trait de la so­cié­té telle qu’elle est. Il ar­rive aus­si fré­quem­ment qu’il y ait des scènes de nu­di­té, ce qui n’exis­tait pas quand j’étais jeune.

Vous êtes aus­si un mé­lo­mane pas­sion­né et vous pos­sé­dez des mil­liers de disques. Y a-t-il une pé­riode mu­si­cale qui vous at­tire plus qu’une autre ?

Un jour, je me suis ins­tal­lé pour écou­ter de la mu­sique et, sans au­cune ré­flexion, j’ai sor­ti une cen­taine de disques. Je me suis dit: « Tiens, voyons ce qui en res­sort. » C’était lar­ge­ment le XXe siècle qui l’em­por­tait, avec Ar­nold Schön­berg, El­liott Car­ter, Pierre Boulez, Igor Stra­vins­ki, Bé­la Bartók, etc.

Comment se fait-il que vous n’ayez ja­mais pas­sé votre per­mis de conduire ?

Ça ne m’a ja­mais in­té­res­sé. Quand j’étais jeune, tous mes ca­ma­rades s’em­pres­saient de le pas­ser, et je n’avais pas en­vie de faire comme tout le monde. À ce­la s’ajoute le fait que je n’ai pas de très bons yeux, et il me semble que j’au­rais été un dan­ger pu­blic.

Quelle est la ques­tion qu’on vous a le plus sou­vent po­sée au cours de votre car­rière ?

Ce n’est pas tant une ques­tion qu’une re­marque: « Vous, vous ne vieillis­sez pas! » En vé­ri­té, je vieillis, comme tout le monde. La meilleure preuve, c’est que je vais tran­quille­ment sur mes 80 ans.

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