L’ÉTRANGE VIE D’UNE MA­MIE

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

Après avoir pu­blié un ro­man dans le­quel elle s’in­té­res­sait à sa li­gnée ma­ter­nelle ( La mère de ma mère), Va­nes­sa Sch­nei­der ex­plore cette fois-ci l’étrange des­ti­née de la mère de son père. Tâche de ne pas de­ve­nir folle est l’oc­ca­sion pour l’au­teure de re­mon­ter dans l’his­toire de sa li­gnée pa­ter­nelle à tra­vers le per­son­nage hors du com­mun de sa grand-mère. Une his­toire fa­mi­liale qui ne manque pas de ro­ma­nesque.

Pour ses pe­tits-en­fants, elle s’ap­pe­lait Ohé. Elle était celle chez qui l’au­teure, son frère et ses pa­rents ren­daient vi­site dans sa mai­son de re­traite. Une vieille femme à la peau grise qui avait du mal à se dé­pla­cer, à voir et qui se par­fu­mait à l’eau de Co­logne. « L’odeur m’écoeu­rait », ra­conte l’au­teure, « mais je l’ai­mais, c’était ma ma­mie ».

À la mort d’Ohé, Va­nes­sa Sch­nei­der avait 14 ans. « Je garde de l’en­ter­re­ment un sou­ve­nir étrange. Il n’y avait pas beau­coup de monde au­tour du cer­cueil d’Ohé. Je me sou­viens des frères de mon père, le vrai et les faux, de sa soeur, de quelques pa­rents que nous ne fré­quen­tions pas. Je voyais la plu­part d’entre eux pour la pre­mière fois. Au­tour du ca­veau fa­mi­lial (…) je dé­vi­sa­geais ces gens, ma fa­mille, cette “fa­mille de fous” comme di­sait mon père et dont il nous avait te­nus à l’écart. Il y en avait de toutes sortes: le my­tho­mane, les al­coo­liques, la nym­pho­mane, le sui­ci­daire, les dro­gués. »

Les pe­tits-en­fants d’Ohé n’ont pas connu celle qui s’ap­pe­lait en réa­li­té Marthe. Cette femme née d’une mère de la grande bour­geoi­sie rou­maine et d’un père mé­de­cin is­su d’une fa­mille d’ou­vriers. Marthe a vu le jour en 1904 à Paris, mais a vé­cu ses pre- mières an­nées en Rou­ma­nie, dans sa fa­mille ma­ter­nelle, avant que sa mère ne re­vienne la cher­cher.

En­fant, Marthe avait par­fois un com­por­te­ment étrange. Elle par­lait aux oi­seaux et avait pris l’ha­bi­tude d’écrire de courtes phrases sur de pe­tits bouts de pa­pier qu’elle dis­si­mu­lait dans les moindres re­coins de la mai­son. « Tu es folle ma fille », lui ré­pé­tait sou­vent sa mère. Chose que Marthe com­men­çait à pen­ser.

Lorsque Marthe a eu 15 ans, à l’âge où les jeunes filles peuvent se ma­rier se­lon la tra­di­tion rou­maine, sa mère lui a re­mis une icône. Un ta­bleau qui se trans­met­tait de mère en fille de­puis des gé­né­ra­tions. Quelque temps après, les pa­rents de Marthe lui ont trou­vé un ma­ri. Un bel hé­ri­tier, riche, mais dis­tant et ho­mo­sexuel. Marthe par­tait donc se conso­ler dans les bras de nom­breux amants avec qui elle a eu plu­sieurs en­fants. Des en­fants qu’elle n’a pas tou­jours su bien ai­mer, entre ses crises de larmes, ses cris et ses drames.

SOU­VE­NIRS D’EN­FANCE

À tra­vers l’his­toire de sa grand-mère et de ses propres sou­ve­nirs d’en­fance, Va­nes­sa Sch­nei­der nous trans­porte à tra­vers les époques et l’his­toire. L’his­toire de France, certes, mais aus­si et sur­tout celle du pays de sa li­gnée pa­ter­nelle, la Rou­ma­nie.

L’au­teure ar­rive à faire de son his­toire per­son­nelle une his­toire ponc­tuée de re­bon­dis­se­ments avec des per­son­nages forts et ja­mais ano­dins. Un ro­man qui ne tombe pas dans le piège d’une gé­néa­lo­gie de fa­mille égo­cen­trique et sans in­té­rêt.

Tâche de ne pas de­ve­nir folle réus­sit à al­ler au-de­là d’une his­toire fa­mi­liale ba­nale pour nous plon­ger tout sim­ple­ment dans le ro­ma­nesque.

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